L'ignorance érigée en principe

Le Président de Tours Métropole, Philippe Briand, et son vice-président, Cédric de Oliveira, Maire de Fondettes, ont maintenu le programme du grand Festival du cirque qui comprend plusieurs numéros avec animaux sauvages - et qui a lieu en ce moment à Tours - malgré toutes les alertes qu'ils ont reçues, de la part des défenseurs de la cause animale et d'un collectif de vétérinaires de la région.

En mai dernier, j'avais moi-même alerté MM. Briand et de Oliveira pour qu'ils remettent en question leur projet de vouloir faire de Tours la Métropole du Cirque (avec animaux sauvages), étant donné toutes les connaissances que nous avons acquises depuis des décennies, sur les animaux en général et, ici en particulier, sur les animaux sauvages dans les cirques. J'exprimais l'intérêt qu'ils auraient à se mettre au diapason des mentalités naissantes, exigeantes au regard de nos attitudes à leur égard.

La réponse du maire de Fondettes que j'ai reçue est très décevante. Malgré sa jeunesse, l'homme élu a bien appris à se radicaliser en termes de langue de bois. On se sent pris pour une enfant qui ne connaît rien du  monde qui nous entoure... 

Non découragée, je lui ai répondu en lui adressant des documents d'une enquête réalisée en 2014 sur les conditions de vie des animaux sauvages dans les cirques et les extraits d'un dossier de Code animal sur les cirques, avec les voix d'éthologues et de zoologues qui ne prêtent à aucune confusion en ce qui concerne la souffrance immense que vivent ces animaux. Après, silence radio...

Le service "communication" de la ville de P. Briand a sorti un dossier sur le sujet. Un article donne la parole à Emmanuel Horwood, le directeur artistique du festival international du cirque en Val de Loire, qui n'a pas eu peur de dire que le numéro qu'il préférait était celui des éléphants : "quatre tonnes domestiquées, c'est formidable!" (sic). Pour rassurer les gens, un petit encart signale qu'une Charte sur le bien-être animal a été signée qui, comme tout le monde le sait, n'est que de la poudre aux yeux.

Un collectif de vétérinaires a écrit à P. Briand lui rappelant que "bien-être animal et cirque sont deux notions incompatibles pour les animaux sauvages, quelles que soient l'attention et la bonne volonté de leurs soigneurs. En effet, leurs exigences physiologiques, mentales et sociales de base ne peuvent pas être respectées à cause des conditions de vie et des numéros contre nature qui leur sont imposés."

De nombreuses manifestations de L214, 269 Life et de simples citoyens ont agi pour démontrer la honte que cela serait pour la Métropole de se trouver en contradiction avec les prises de conscience qui se font de manière exponentielle (autant sinon plus chez les enfants que chez les adultes) et d'être à la traîne parmi tous les pays d'Europe qui ont déjà interdit sur leur territoire les cirques avec animaux sauvages. Quelques membres de L214 ont demandé une audience au maire de Fondettes qui leur a été refusée.

Pour nuire encore plus à cette prise de conscience essentielle et inéluctable, les médias se sont fait l'écho d'un autre collectif, "le collectif des cirques" qui est intervenu pour mettre à bas notre soi-disant "acharnement" en mettant en avant qu'ils avaient "l'autorisation préfectorale pour faire ce type de spectacle et que les dresseurs avaient un diplôme d'Etat comme celui des vétérinaires". Comme si cela suffisait...

Le Journal gratuit "La Tribune", dans sa rubrique "Flops" (ou l'art de banaliser/ridiculiser quelque chose de grave et important) titre : "Une guerre sans merci" entre les défenseurs de la cause animale et le collectif des cirques...  Quand on sait que les premiers n'agissent aucunement pour leur intérêt personnel et qu'ils ne feraient pas de mal à une mouche et que les seconds du collectif des cirques n'agissent, à l'inverse, que pour l'intérêt financier de leur entreprise et qu'ils sont capables de fermer les yeux sur des réalités pourtant bien connues, on comprend mieux l'idée de "guerre" insufflée par un média partisan...

Bref, pour terminer, je reste curieuse de savoir comment se passe, sur la Gloriette, ce fameux Festival du cirque décidé par Philippe Briand qui aura raté son concours d'entrée dans le monde des Grands, de ceux qui refusent l'ignorance. La dernière représentation a lieu demain soir dimanche 1er octobre.

BG

 

 

 

 

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