Le carrosse nucléaire redevient citrouille !

EDF et Areva s'effondrent en bourse, et la thèse de la "renaissance du nucléaire" s'évanouit.

EDF et Areva s'effondrent en bourse, et la thèse de la "renaissance du nucléaire" s'évanouit.

 

Depuis plusieurs années, les innombrables publicités de l'industrie nucléaire, soutenues par les discours des principaux dirigeants politiques, ont entretenu la fiction d'une supposée "renaissance du nucléaire". Nous estimons que cette thèse, déjà bien fumeuse avant la crise financière mondiale, est tout simplement en train se s'effondrer. Areva et EDF sont menacés par le syndrome Airbus : flamboyants jusqu'au jour où la vérité éclate, anéantis le lendemain matin.

 

citrouille.gifIl est toujours risqué de faire des prévisions, et il ne faut pas sous-estimer la capacité des entreprises de l'atome à se faire attribuer, même en période de disette, d'immenses sommes d'argent public. C'est sûrement l'espoir de la présidente d'Areva, Anne Lauvergeon, qui a prétendu à de multiples reprises ces dernières semaines que son entreprise traversait la crise "beaucoup mieux que beaucoup de groupes", et que le secteur de l'énergie était "très résistant".

 

Or, EDF et Areva ont perdu environ 55% de leurs valeurs en bourse depuis le 1er janvier. Certes, beaucoup d'autres entreprises ont laissé des plumes dans la crise mais, dans le même temps, le secteur de l'électricité n'a perdu globalement "que" 45% : les entreprises du nucléaire baissent encore plus que les autres.

 

Il faut dire que les nouvelles du front sont édifiantes : les entreprises d'extraction de l'uranium (le combustible des réacteurs nucléaires), comme le canadien Cameco le 11 novembre, font état d'importantes difficultés. Et Areva a annoncé, le 25 novembre, le report du projet d'exploitation de la mine d'uranium Midwest au Canada, qui devait débuter en 2010.

 

Mieux : les 12 réacteurs qu'Areva "allait" construire en Afrique du Sud sont officiellement annulés depuis le 5 décembre. Nous estimons que ce n'est qu'un début : le château de cartes (radioactives) est en train de s'effondrer. Passons vite sur le ridicule des dirigeants du Brésil qui, le 13 septembre, annonçaient vouloir construire… 60 réacteurs nucléaires. D'autres annonces, un peu moins extravagantes, semblent tout aussi condamnées : Sénégal, Namibie, Turquie, Jordanie, Yémen, etc.

 

Vu leurs imposants budgets, la Chine et l'Inde pourront peut-être se payer quelques réacteurs, mais l'atome n'y couvrira pas 5% de l'électricité, c'est à dire moins de 1% de la consommation totale d'énergie. De toute façon, les Français semblent déjà écartés au profit de leurs concurrents russes et américains. Les cas des marchés des USA et de la Grande-Bretagne sont encore plus cruciaux car EDF et Areva y entretiennent (entretenaient ?) de grands rêves industriels.

 

Aux USA, les agences de notation condamnent le nucléaire : pas à cause des risques ou des déchets, hélas, mais pour de pures raisons financières. Le 14 mai, avant même la crise mondiale, le Wall Street Journal expliquait qu'un réacteur nucléaire coûterait jusqu'à 12 milliards de dollars, soit quatre fois plus que les estimations faites quelques mois auparavant. Aujourd'hui, EDF tente de racheter l'entreprise Constellation qui lui servirait de "cheval de Troyes" en Amérique. Le verdict devrait tomber le 23 décembre, mais il ne peut être que mauvais : soit EDF échoue… soit elle se ruine. En effet, entre temps, le milliardaire Warren Buffet est entré dans la danse et EDF doit désormais surpayer Constellation. Et il faudrait ensuite sortir de très lourdes sommes… pour construire des réacteurs.

 

La situation est assez comparable en Grande-Bretagne où EDF peine déjà à rassembler les sommes nécessaires au rachat de British Energy. La transaction s'est faite avant la crise mondiale, et le prix qu'EDF doit débourser est désormais insensé. Là aussi, la question se pose : où trouver ensuite l'argent pour construire des réacteurs ? Le fait est que le nucléaire nécessite des investissements de départ gigantesques, avec des perspectives de retour sur investissement à 25 ou 30 ans : une éternité pour un marché qui (sur)vit au jour le jour !

 

EDF et Areva sont engagées dans une fuite en avant, continuant contre toute logique à embaucher, à lancer des chantiers et racheter des concurrents. Il est évident que ce sont les citoyens qui vont devoir régler la note, sans oublier celle du démantèlement des installations nucléaires et celle des déchets radioactifs. L'heure de vérité approche : l'industrie de l'atome n'a pas d'avenir, contrairement aux énergies renouvelables qui sont propres et nécessitent des investissements de départ beaucoup plus légers. Il est grand temps de renvoyer le nucléaire, véritable calamité environnementale et économique, aux oubliettes de l'Histoire...

 

Stéphane Lhomme
Porte-parole du Réseau "Sortir du nucléaire"
http://www.sortirdunucleaire.org

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