Billet de blog 5 novembre 2025

Sophie-Anne Bisiaux

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Les ONG de secours en mer ne communiqueront plus avec les garde-côtes libyens

Communiqué : Après des années de violations incessantes des droits humains par les soi-disant garde-côtes libyens en Méditerranée, treize organisations de recherche et de sauvetage en mer prennent une décision radicale : elles fondent une nouvelle alliance et suspendent leurs communications opérationnelles avec le Centre conjoint de coordination des secours libyen (JRCC).

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Bruxelles, le 5 novembre 2025

"Les treize organisations annoncent la création de la Justice Fleet, soutenue par le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR) et l’organisation Refugees in Libya. En réponse à la coercition exercée par les États européens pour les contraindre à collaborer avec des acteurs violents en mer, cette alliance vise à défendre de manière cohérente les droits humains et le droit maritime international. En conséquence, la Justice Fleet a décidé de mettre fin à toute communication opérationnelle avec le JRCC de Tripoli, en Libye. Conformément aux décisions officielles, les organisations classent les soi-disant garde-côtes libyens comme un acteur illégitime en mer. Le JRCC de Tripoli, qui coordonne les actions de ces derniers, ne saurait être considéré comme une autorité compétente.

La Libye n’est pas un lieu sûr pour les réfugiés. De plus, le JRCC de Tripoli ne répond pas aux normes internationales : il n’est pas joignable 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, manque de capacités linguistiques et ne dispose pas d’une infrastructure technique adéquate pour coordonner les opérations de sauvetage.

Depuis des années, les organisations de recherche et de sauvetage documentent les violences systématiques commises par les soi-disant garde-côtes libyens, un réseau décentralisé de milices armées équipées et formées grâce à des fonds européens, notamment italiens.

Les réfugié.es sont intercepté.es violemment en mer et emmené.es de force dans des camps où la torture, le viol et le travail forcé sont pratiqués de manière systématique. Les tribunaux européens ainsi que les institutions des Nations unies reconnaissent depuis longtemps cette violence organisée, qui, selon les expert.es juridiques, constitue un crime contre l’humanité.

La cessation de toute communication opérationnelle avec le JRCC libyen pourrait entraîner des amendes, des détentions, voire la confiscation par l’État italien des moyens de sauvetage des ONG faisant partie de l’alliance. Ce, en violation du droit international. Depuis 2023, le gouvernement italien d’extrême droite a illégalement détenu plusieurs navires de sauvetage en vertu du décret dit “Piantedosi”.

« Nous n’avons jamais reconnu ces acteurs comme une autorité de sauvetage légitime – ils font partie d’un régime violent soutenu par l’Union européenne », déclare Ina Friebe, porte-parole de CompassCollective. « Aujourd’hui, nous subissons une pression croissante pour communiquer avec ces acteurs. Cela doit cesser. Mettre fin à toute communication opérationnelle avec le soi-disant Centre de coordination des sauvetages libyen est une nécessité tant juridique que morale – une ligne à tenir contre la complicité européenne dans les crimes contre l’humanité. »

« Ce n’est pas seulement notre droit, mais aussi notre devoir, de traiter les milices armées comme telles dans nos communications opérationnelles, et non comme des acteurs légitimes des opérations de recherche et de sauvetage », déclare Giulia Messmer, porte-parole de Sea-Watch. « Celles et ceux qui sauvent des vies agissent conformément au droit international. Celles et ceux qui organisent ou financent ces crimes violent le droit. »

« Toutes les organisations de sauvetage ont conjointement sauvé plus de 155 000 personnes de la noyade au cours des dix dernières années. Nous refusons d’être forcé.es de partager notre position opérationnelle avec des milices armées financées par l’UE, qui tirent à la fois sur des personnes qui fuient pour chercher refuge, et sur nos équipes de sauvetage », souligne Janna Sauerteig, responsable du plaidoyer chez SOS Humanity.

La Justice Fleet se décline en des stratégies juridiques, politiques et publiques pour défendre les personnes en quête de sécurité, et, à travers des opérations de recherche et de sauvetage, s’oppose aux refoulements illégaux et à la répression mise en place par les Etats. Les tribunaux européens – des juridictions italiennes à la Cour européenne des droits de l’Homme – ont confirmé à plusieurs reprises que les expulsions en mer vers la Libye violent le droit international.

Un aperçu complet des actes de violence extrême commis par les soi-disant garde-côtes libyens, ainsi que le premier récapitulatif des procès gagnés par les organisations de recherche et de sauvetage depuis 2023, sont disponibles sur le site justice-fleet.org.

Membres de l’alliance (Allemagne, France, Italie, Espagne) : CompassCollective, Louise Michel, Mediterranea Saving Humans, Mission Lifeline, Pilotes Volontaires, RESQSHIP, r42 – sail and rescue, Sea-Eye, Sea Punks, Sea-Watch, Salvamento Marítimo Humanitario, SOS Humanity et Tutti gli occhi sul Mediterraneo (TOM)."
Site internet: justice-fleet.org 

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