De la servitude monétaire

 

De la servitude monétaire

Les passages entre guillemets sont extraits de l’article de Edwy Plenel, « Au pays du journalisme de gouvernement »

« De la servitude volontaire, le cri de liberté d'Etienne de La Boétie (1530-1563), était sous-titré Contr'Un. Autrement dit contre toutes ces unicités dominatrices qui refusent, combattent, épuisent et détruisent nos pluralités, diversités, oppositions et contradictions. Du vivant de l'ami de Montaigne, leur malfaisance était concentrée dans le principe monarchique de droit divin, sous le joug duquel, entre temporel et spirituel, l'ordinaire humanité s'était accoutumée à courber l'échine. Il faudra quelques siècles pour que l'étonnement solitaire de La Boétie devant cette accoutumance à la servitude nous paraisse une évidence. »

Combien de siècles encore « pour que, dans ce pays-ci, journalistes et citoyens, journalistes citoyens, nous sortions de notre torpeur soumise » à la servitude monétaire ? Combien de temps encore à courber l’échine sous le joug d’une création monétaire discrétionnaire au profit d’intérêts banquiers conjugués à ceux des monopoles. Combien de siècles encore pour que l’étonnement minoritaire d’une poignée d’éclaireurs nous paraisse une évidence

Continuons, « L’image plus médiapartienne du cercle ne s’opposera à ce triangle du renoncement que par des cercles qui se recoupent et se croisent, cercle des collaborateurs du journal, cercle des contributeurs du club, cercle des journalistes, cercle des lecteurs, cercle des abonnés, cercle des curieux, cercles sans angles, sans angles morts surtout, sans coins ni recoins, tous cercles ouverts » à un journalisme d’investigation qui osera dire la vérité sur la servitude monétaire cause première de la misère du monde.

Il y a plusieurs milliers d'années, la monnaie, formidable invention pour dépasser les lourdeurs du troc, a opéré un extraordinaire rapprochement entres les hommes en démultipliant les échanges. Une monnaie créée en quantité équivalente aux marchandises produites autorisant jusqu'aux échanges les plus modestes. Une monnaie garantie par les seules productions et dont le support (coquillage, métal, bois...) n’avait intrinsèquement aucune valeur marchande. Une monnaie de lien non confondue avec les biens échangés. Une convention, un langage reconnu par tous. Une monnaie qui, par la mutualisation des techniques et des savoirs qu'elle générait, a puissamment contribué au développement des grandes civilisations dont nous sommes les héritiers.

Mais depuis la Renaissance, les banquiers européens, précédés de la soldatesque, ont imposé à l’ensemble de la planète, une monnaie à intérêts, une monnaie payante, une monnaie d'endettement, une monnaie appauvrissant des populations longtemps autonomes. Une monnaie transformée artificiellement en marchandise, au prétexte qu’elle était garantie par l’or, contredisant une réalité têtue: les réserves de ce métal rare ayant toujours été inférieures, et de beaucoup, à la valeur marchande des échanges. Aujourd’hui, les réserves totales des banques centrales en or ne sont qu’un minuscule îlot dans l’océan des 2500 milliards de dollars échangés chaque jour sur les places financières.

Depuis des centaines d’années, les monnaies autochtones sont interdites, leur usage étant sévèrement réprimé. Les intérêts, le prix de l’argent, réduisent considérablement les échanges marchands. Ecrasés par l’endettement, les petits producteurs indépendants (paysans, pêcheurs, artisans) sont inexorablement réduits au chômage, expropriés par les banquiers qui s’emparent « légalement » de leurs biens. Les intérêts ont rompu le lien. Devenus vagabonds, il ne reste pour ces dépossédés qu'une solution, la réduction à la servitude salariale dans des entreprises financées par les banquiers. Financement provenant tout naturellement du processus de dépossession de ces petits producteurs, auparavant indépendants.

Aujourd’hui, ce mécanisme continue inexorablement, déclanchant, notamment, des émeutes de la faim, conséquence de la destruction de cultures vivrières ancestrales ayant laissé la place à des productions destinées à l’exportation au profit d’intérêts monétaires.

Par le contrôle absolu qu’ils exercent sur les échanges, les banquiers ont un pouvoir de vie ou de mort sur les habitants de la planète. Quantité de productions répondant à des besoins vitaux, et réunissant toutes les conditions de faisabilité, sont purement et simplement interdites de financement car ne rapportant pas aux banquiers des intérêts suffisants. Les productions culturelles, édition, presse, entre autres, n’échappent que rarement à ce chantage.

La rédaction de Médiapart tant attachée au principe d’indépendance a devant elle un grand chantier qu’aucun grand média n’a osé encore ouvrir, le chantier de ces « angles morts » du non-écrit, là, où la servitude monétaire et sa vieille complice, la servitude salariale sont plus vivantes que jamais.

 

Alain Vidal, association « Libérons La Monnaie »

(vidal.mothes@wanadoo.fr http://www.liberonslamonnaie.fr/)

 

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