Béhanzin, Beauregard, Marajo, Marny, Chalvet par Édouard Glissant - 28 mars, 19h

Reprise du Séminaire de l'Institut du Tout-Monde, avec la séance inaugurale de la session 2018-2019 (« Présences d'Édouard Glissant »), mercredi 28 mars, 19h Paris, Maison de l'Amérique latine. Loïc Céry, « Béhanzin, Beauregard, Marajo, Marny, Chalvet : référents et archétypes de l'histoire martiniquaise dans le roman glissantien ». Lecture des textes par Sophie Bourel.

« Peu l'ont vraiment compris. Beaucoup l'ont admiré. Voici venu le temps de le lire ! » Aux lendemains de la mort d'Édouard Glissant en 2011, c'est par cette formule lapidaire d'Ernest Pépin qu'a certainement été le mieux résumée la situation de l'œuvre glissantienne, autant quant à sa réception critique que quant à sa diffusion. Cette situation qui peut sembler paradoxale pour un écrivain tant célébré de son vivant est d'ailleurs en soi canonique du rapport contradictoire et inversé, entre la notoriété d'une part et la connaissance intime d'une œuvre et d'une pensée d'autre part. Car on peut effectivement le dire, sans exagération : alors même que certains de ses concepts-clés (la Relation, le Tout-Monde, la créolisation, pour ne citer que ceux-là) ont pu connaître du vivant même de l'écrivain une fortune considérable, il demeure que l'œuvre protéiforme à laquelle s'adossent ces idées est encore aujourd'hui largement méconnue. En fin de compte, cette fortune même fut à double tranchant, car elle aura suffi aussi à réduire notre rapport à l'œuvre à une suite de mots-concepts finalement vidés de leur intime densité (celle de la littérature et celle de la pensée), à force d'être brandis et détachés du flux et du reflux des textes, infiniment plus riches qu'un simple corpus notionnel.

 Conscient de cette sorte de hiatus, Édouard Glissant aura pourtant poursuivi jusqu'au bout la patiente édification du massif des essais, des romans, de la poésie et du théâtre en se souciant à peine du « diffèrement » qui concernait aussi la lecture de son œuvre. Il avait finalement résolu la question en proclamant que ses lecteurs seraient futurs. Aujourd'hui où la patine du temps commence à jouer son rôle dans notre rapport à ces textes nombreux et exigeants, le paradoxe s'amplifie encore en prenant en compte le regain considérable des études spécialisées que suscite une pensée qui semble elle-même devancer nos relectures, être en amont de toutes les exégèses. Et c'est certainement en prenant la pleine mesure de cette nouvelle vie d'une œuvre réputée pour sa complexité qu'il faut dépasser l'apparent paradoxe, en constatant comme le fit Edwy Plenel toujours en 2011 : « Loin de s'achever avec sa mort, le siècle de Glissant ne fait donc que commencer. »

Les voies sont nombreuses, indéniablement, pour suivre aujourd'hui les linéaments de ce nouveau siècle de l'œuvre qui commence tout juste. Parmi ces pistes porteuses de traces, s'annonce une lecture approfondie, qui ne soit plus tributaire de la glose mais soucieuse d'un éclairage qui situe son office au plus près des textes, de leur puissance intrinsèque, de la structuration des genres et des intenses dialogues qu'ils tissent entre eux. Autant de voies de lectures renouvelées qui seront empruntées à la faveur de cette session 2018-2019 du Séminaire, ouvert au renouvellement des approches critiques.

« Rien n'est vrai, tout est vivant » : tel fut le dernier apport d'Édouard Glissant en 2010 au Séminaire de l'Institut du Tout-Monde qu'il avait fondé. Aujourd'hui sans doute avec plus de netteté qu'auparavant, cet ultime credo nous apparaît aussi comme la clé décisive, le sésame à la fois fugace et tangible, la pierre philosophale intimidante et accueillante, de toute son œuvre. À nous de pouvoir nous saisir à vif de ces relectures propitiatoires à l'éclat en nous de cette puissance vitale de l'œuvre, « Levée de tous dans l'œuvre et de l'œuvre dans tous » aurait dit Perse, de ce kairos des nouvelles présences d'Édouard Glissant.

Loïc Céry, pour l'ITM

Voir le programme des séances en détail, sur la rubrique du Séminaire, site de l'ITM

 

PREMIÈRE SÉANCE : Mercredi 28 mars 2018, 19h (Paris, Maison de l'Amérique latine, 217, Bld. Saint-Germain, M° Solférino)

Loïc Céry - « Béhanzin, Beauregard, Marajo, Marny, Chalvet : référents et archétypes de l'histoire martiniquaise dans le roman glissantien »

À la faveur de cinq cas emblématiques de l'insertion de l'histoire contemporaine de la Martinique dans le corpus romanesque d'Édouard Glissant, il est possible d'examiner à la fois certaines lacunes des lectures critiques effectuées jusqu'alors à son endroit, et de formuler de nouvelles propositions en la matière. Car c'est autant en prenant en compte une certaine relégation longtemps réservée dans le discours critique à ces référents pourtant cruciaux, que par une attention renouvelée et minutieuse à leur transposition archétypale qu'opère Glissant dans ses romans, qu'on peut être à même de mesurer l'écart entre une vision généralistrice de son écriture fictionnelle de la part d'une certaine doxa, et un souci de l'ancrage dans le réel qui n'a jamais abandonné le romancier comme le penseur. En suivant les pistes de ces transpositions, on pourra accompagner l'écrivain dans certains de ses questionnements fondamentaux : qu'est-ce qu'un événement historique ? qu'est-ce qu'une communauté en devenir ? qu'est-ce que le colonialisme au XXe siècle ? qu'est-ce qu'une représentation du lieu, du monde et du temps ?

Lecture des textes par la comédienne Sophie Bourel / Diffusion d'archives vidéos.

ENTRÉE LIBRE, DANS LA LIMITE DES PLACES DISPONIBLES.

 

 

 

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