Une rentrée, des bonnes notes et des « cas soss »

On a cartonné au brevet. 77,8%. Un record sur 20 ans. On était les plus nuls du district depuis longtemps, même du département. Le collège voisin à fait 62. Un chiffre auquel on ne rêvait même pas il y a 15 ans. Hourra ?

Les chiffres du brevet sont comme ceux du bac : archi truqués d’au moins 10 points. Les corrections des profs sont très orientées, les barèmes sont faits pour atténuer problèmes d’orthographe, de rédaction, etc. Ensuite il y a des commissions et là on repêche à la louche.

Mais ces chiffres pour nous sont relatifs et à comparer aux autres établissement ZEP. Donc comparativement au moins nous avons progressé. Depuis environ cinq ans, nous accueillons les élèves d’une troisième école primaire: c’est une école plutôt classes moyennes. Les deux autres sont l’école de la cité et une autre école classes moyennes.

Malgré un fort taux d’évitement par le privé et quelques dérogations dans des villes voisines, le collège est plus calme et c’est sans doute ce qui explique les progrès au brevet.

Nous avons du latin, une classe bilingue allemand/anglais, et une section euro. Des voyages sont organisés dans les trois cas. Les bons élèves y trouvent leur compte et les parents le savent. La FCPE est très active et impliquée.

Malgré tout le « cru » de 6èmes de l’an dernier a été calamiteux, avec une forte proportion d’élèves très faibles, des cas sociaux lourds, de nombreux élèves ayant besoin d’aide psychologique voire psychiatrique. Les 6èmes de cette année s’annoncent aussi durs et faibles.

Le principal m’en a parlé aujourd’hui en me disant: c’est le grand écart dans ce collège, pour les bons ça roule, et puis les « cas soss » c’est de pire en pire.

Il y avait pourtant une autre bonne nouvelle en cette rentrée : tous nos élèves ont été affectés : c’est notre gros soucis de fin d’année pour nos 3èmes : les savoir affectés pour qu’ils n’aillent pas traîner dans la rue et très souvent finir en prison. Et pour qu’il ne reviennent pas déprimer un an de plus en 3ème, ou parfois mettre le bazar.

J’avais prévu à l’origine de raconter pourquoi, alors que c’est ma 15è rentrée, je suis toujours hyper motivé et content d’aller bosser en ZEP et pourquoi je traîne des pieds pour demander « le bon lycée parisien » que mes innombrables points me permettraient d’avoir … ce sera pour une prochaine fois. Aujourd’hui je vais juste conclure sur une info éducative récoltée en vacances à Montréal : dans les média québecois, on s’inquiète de voir de moins en moins de garçons s’inscrire à l’université. La situation économique est tellement bonne qu’ils partent tous en professionnel pour commencer à bosser tôt !

Je compte en parler à mes élèves de 3èmes dès demain, ne serait-ce que pour revaloriser les filières pro. Environ 40 à 50 % de nos élèves y vont.

*TITCHA est professeur d'anglais au collège depuis 15 ans dans une ZEP du Val de Marne, pas trop chaude par rapport aux villes voisines. 

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