Le Genepi, principale association agissant en prison, privé de sa convention

Le Génépi, associations d'étudiants oeuvrant en prison pour des missions d'ordre éducatifs et culturel vient de se voir refuser la signature de la convention qui la lie avec l'administration pénitentiaire. C'est clairement une menace immédiate de fin d'activité pour la principale association œuvrant dans les centres de détentions (plus de 900 bénévoles)

Le Génépi  a été créée en 1976 à la suite des grandes mutineries du début des années 1970, sous le nom de Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées .c'est la principale association intervenant en prison. Depuis 40 ans, elle propose des activités éducatives de formation aux détenus assurés par des étudiants volontaires sur la base du bénévolat (cette année, plus de 900 bénévoles ont réalisés plus de 5825 heures d'atelier pour plus de 2000 détenus) . Plus récemment, elle avait fait évoluer ses missions en prenant en compte la présence de plus en plus importante de l'éducation nationale vers des actions plus globales Elle avait aussi fait évoluer ses missions de l'effort de réinsertion qui était au coeur de ses missions à un combat en faveur du décloisonnement des institutions carcérales par la circulation des savoirs entre les personnes incarcérées, le public et ses bénévoles. 

Cette évolution n'a pas plus en haut lieu et à entrainé le refus par l'administration pénitentiaire de signer la convention qui la lie au Génepi. C'est clairement l'avenir même de la structure qui est menacée, non seulement par la fin de la subvention octroyée par l'administration pénitentiaire mais surtout par le fait que cette convention est également nécessaire à la légitimité de la présence de l'association dans les lieux d'enferment. Depuis ce refus (le 20 septembres) plusieurs établissements ont cessé

Le communiqué du Génépi rendant compte de cette situation :

Le Genepi est une association étudiante œuvrant auprès des personnes incarcérées depuis 42 ans. Le 20 septembre 2018, la direction de l’administration pénitentiaire (DAP) a mis fin de manière brutale à son partenariat avec le Genepi. Suite à cette décision, des bénévoles se sont déjà vus refuser l’accès à plusieurs établissements pénitentiaires dans toute la France. Le Genepi réclame le renouvellement de sa convention et réaffirme l’indépendance de l’association.

Depuis 1976, le Genepi et la DAP étaient liés par une convention régissant le cadre du partenariat national grâce auquel près de 2 000 personnes incarcérées ont bénéficié chaque année d’activités scolaires et socio-culturelles mises en place par les 900 bénévoles de l’association. Cette convention est essentielle pour cadrer et homogénéiser les actions en détention du Genepi sur tout le territoire, et pour assurer la formation des bénévoles, nécessaire à la qualité de ces actions.

Après plusieurs mois d’absence de dialogue, cette convention a été unilatéralement rompue le 20 septembre. Cette décision remet en cause la capacité du Genepi à poursuivre ses activités et menace la raison d’être de l’association.

Déjà en 2017, la DAP tentait de baisser drastiquement la subvention perçue par l’association, mais l’intervention du ministre de la Justice avait permis de résoudre la situation.

Le fond du désaccord repose sur des positions prises par des groupes locaux du Genepi pour dénoncer les conditions de vie indignes des personnes incarcérées auxquelles ces bénévoles ont été confrontés. Le Genepi est une association indépendante et revendique la liberté de parole de ses membres et leur droit de témoignage, tel qu’inscrit dans ses statuts.

Depuis la suspension de la convention nationale, nos bénévoles voient leurs actions en détention annulées par l’administration pénitentiaire, toujours sans dialogue aucun : c’est le cas pour le Centre Pénitentiaire Sud Francilien (Réau, 77), la Maison centrale de Poissy (78), le Centre pénitentiaire de Fresnes (94). Le Genepi voit également ses interventions en détention suspendues dans les régions Nord, Rhône-Alpes-Auvergne et menacées en Provence-Alpes-Côte-d’Azur-Corse.

La décision de la DAP revient à nous fermer les portes des prisons malgré la volonté des bénévoles de poursuivre leurs actions auprès des personnes détenues. Nous souhaitons maintenir ce lien entre l’intérieur et l’extérieur, si nécessaire pour leur futur retour à la société. Ces actions sont d’autant plus primordiales que l’administration pénitentiaire n’est pas en mesure d’assurer le nombre d’heures d’activités en prison auxquelles elle est légalement tenue”, affirme Maxime Boyer, président du Genepi.

Dans le contexte d’une surpopulation carcérale record et d’un durcissement des conditions de vie des personnes détenues qui ont valu à 37 prisons de France une condamnation par la justice française et/ou européenne, les bénévoles du Genepi doivent pouvoir continuer à intervenir en détention et témoigner de leurs expériences.

Le Genepi conteste la décision de la direction de l’administration pénitentiaire qui met en péril l’association, son indépendance et sa raison d’être.

Le bureau national du Genepi a été reçu ce jour par Mme Bochenek-Puren et M. Heuman du cabinet de la garde des Sceaux auprès de qui l’association sollicite un renouvellement de la convention. Les conseillers de la ministre ont confirmé la décision de la DAP. Nous sommes choqués de voir qu’une décision qui remet en cause 42 ans de partenariat et menace l’existence de notre association ait pu être prise sans aucun dialogue. Le Genepi demande à Madame la Garde des Sceaux d’intervenir au plus vite pour rétablir notre convention nationale, seule capable d’assurer le bon déroulement des actions de nos bénévoles auprès des personnes détenues.

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