Marc Tertre
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Education en pratiques

Suivi par 33 abonnés

Billet de blog 31 oct. 2018

Le Genepi, principale association agissant en prison, privé de sa convention

Le Génépi, associations d'étudiants oeuvrant en prison pour des missions d'ordre éducatifs et culturel vient de se voir refuser la signature de la convention qui la lie avec l'administration pénitentiaire. C'est clairement une menace immédiate de fin d'activité pour la principale association œuvrant dans les centres de détentions (plus de 900 bénévoles)

Marc Tertre
Education populaire (science et techniques), luttes diverses et variées (celles ci qui imposent de "commencer à penser contre soi même") et musiques bruitistes de toutes origines
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le Génépi  a été créée en 1976 à la suite des grandes mutineries du début des années 1970, sous le nom de Groupement étudiant national d'enseignement aux personnes incarcérées .c'est la principale association intervenant en prison. Depuis 40 ans, elle propose des activités éducatives de formation aux détenus assurés par des étudiants volontaires sur la base du bénévolat (cette année, plus de 900 bénévoles ont réalisés plus de 5825 heures d'atelier pour plus de 2000 détenus) . Plus récemment, elle avait fait évoluer ses missions en prenant en compte la présence de plus en plus importante de l'éducation nationale vers des actions plus globales Elle avait aussi fait évoluer ses missions de l'effort de réinsertion qui était au coeur de ses missions à un combat en faveur du décloisonnement des institutions carcérales par la circulation des savoirs entre les personnes incarcérées, le public et ses bénévoles. 

Cette évolution n'a pas plus en haut lieu et à entrainé le refus par l'administration pénitentiaire de signer la convention qui la lie au Génepi. C'est clairement l'avenir même de la structure qui est menacée, non seulement par la fin de la subvention octroyée par l'administration pénitentiaire mais surtout par le fait que cette convention est également nécessaire à la légitimité de la présence de l'association dans les lieux d'enferment. Depuis ce refus (le 20 septembres) plusieurs établissements ont cessé

Le communiqué du Génépi rendant compte de cette situation :

Le Genepi est une association étudiante œuvrant auprès des personnes incarcérées depuis 42 ans. Le 20 septembre 2018, la direction de l’administration pénitentiaire (DAP) a mis fin de manière brutale à son partenariat avec le Genepi. Suite à cette décision, des bénévoles se sont déjà vus refuser l’accès à plusieurs établissements pénitentiaires dans toute la France. Le Genepi réclame le renouvellement de sa convention et réaffirme l’indépendance de l’association.

Depuis 1976, le Genepi et la DAP étaient liés par une convention régissant le cadre du partenariat national grâce auquel près de 2 000 personnes incarcérées ont bénéficié chaque année d’activités scolaires et socio-culturelles mises en place par les 900 bénévoles de l’association. Cette convention est essentielle pour cadrer et homogénéiser les actions en détention du Genepi sur tout le territoire, et pour assurer la formation des bénévoles, nécessaire à la qualité de ces actions.

Après plusieurs mois d’absence de dialogue, cette convention a été unilatéralement rompue le 20 septembre. Cette décision remet en cause la capacité du Genepi à poursuivre ses activités et menace la raison d’être de l’association.

Déjà en 2017, la DAP tentait de baisser drastiquement la subvention perçue par l’association, mais l’intervention du ministre de la Justice avait permis de résoudre la situation.

Le fond du désaccord repose sur des positions prises par des groupes locaux du Genepi pour dénoncer les conditions de vie indignes des personnes incarcérées auxquelles ces bénévoles ont été confrontés. Le Genepi est une association indépendante et revendique la liberté de parole de ses membres et leur droit de témoignage, tel qu’inscrit dans ses statuts.

Depuis la suspension de la convention nationale, nos bénévoles voient leurs actions en détention annulées par l’administration pénitentiaire, toujours sans dialogue aucun : c’est le cas pour le Centre Pénitentiaire Sud Francilien (Réau, 77), la Maison centrale de Poissy (78), le Centre pénitentiaire de Fresnes (94). Le Genepi voit également ses interventions en détention suspendues dans les régions Nord, Rhône-Alpes-Auvergne et menacées en Provence-Alpes-Côte-d’Azur-Corse.

La décision de la DAP revient à nous fermer les portes des prisons malgré la volonté des bénévoles de poursuivre leurs actions auprès des personnes détenues. Nous souhaitons maintenir ce lien entre l’intérieur et l’extérieur, si nécessaire pour leur futur retour à la société. Ces actions sont d’autant plus primordiales que l’administration pénitentiaire n’est pas en mesure d’assurer le nombre d’heures d’activités en prison auxquelles elle est légalement tenue”, affirme Maxime Boyer, président du Genepi.

Dans le contexte d’une surpopulation carcérale record et d’un durcissement des conditions de vie des personnes détenues qui ont valu à 37 prisons de France une condamnation par la justice française et/ou européenne, les bénévoles du Genepi doivent pouvoir continuer à intervenir en détention et témoigner de leurs expériences.

Le Genepi conteste la décision de la direction de l’administration pénitentiaire qui met en péril l’association, son indépendance et sa raison d’être.

Le bureau national du Genepi a été reçu ce jour par Mme Bochenek-Puren et M. Heuman du cabinet de la garde des Sceaux auprès de qui l’association sollicite un renouvellement de la convention. Les conseillers de la ministre ont confirmé la décision de la DAP. Nous sommes choqués de voir qu’une décision qui remet en cause 42 ans de partenariat et menace l’existence de notre association ait pu être prise sans aucun dialogue. Le Genepi demande à Madame la Garde des Sceaux d’intervenir au plus vite pour rétablir notre convention nationale, seule capable d’assurer le bon déroulement des actions de nos bénévoles auprès des personnes détenues.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
À l’Assemblée, le RN s’installe et LFI perd la partie
Les députés ont voté mercredi la répartition des postes de gouvernance de l’Assemblée nationale, offrant deux vice-présidences au parti de Marine Le Pen. Privée de la questure qu’elle convoitait, La France insoumise a dénoncé les « magouilles » de la majorité, qu’elle accuse d’avoir pactisé avec la droite et l’extrême droite.
par Pauline Graulle, Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani
Journal — Violences sexuelles
Les contradictions de la défense de Damien Abad
Damien Abad est visé par une enquête pour « tentative de viol ». Questionné par BFMTV sur le témoignage de la plaignante, l’avocat du ministre a affirmé que son client ne la connaissait « absolument pas », ne sachant pas de « qui il s’agit ». Ce que contredisent plusieurs éléments obtenus par Mediapart. Contacté, Me Benoît Chabert revient sur ses propos.
par Marine Turchi
Journal — Santé
Gynécologues accusés de viols : le dialogue est rompu entre médecins et patientes
La secrétaire d’État et gynécologue Chrysoula Zacharopoulou est accusée de « viol » et de « violences » par des patientes, à la suite du professeur Daraï, qui fut son chef de service. Les gynécologues rejettent le terme de viol en cas d’examen gynécologique. Les militantes fustigent un déni des violences.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Inflation : en France, grèves partout, augmentations nulle part
Depuis des semaines, des arrêts de travail éclatent dans toute la France, et dans tous les secteurs. Le mot d’ordre est toujours le même : « Tout augmente sauf nos salaires. » Après des négociations décevantes, les travailleurs se mobilisent pour obtenir des augmentations à la hauteur de l’inflation.
par Khedidja Zerouali

La sélection du Club

Billet de blog
Innovation et Covid : demain, rebelote ?
La quiétude retrouvée dans nos pays n’est pas de bon augure. S’il y a résurgence du Covid, tout est en place pour revivre ce qui a été si cruellement vécu: l’injustice dans l’accès aux vaccins à l’échelon mondial et le formatage de la gestion de la pandémie au gré des priorités économiques des pays riches et intérêts financiers des firmes pharmaceutiques ... Par Els Torreele et Daniel de Beer
par Carta Academica
Billet de blog
Hôpital public : lettre ouverte à Monsieur le Président
A l’orée de cet été, la situation de l’hôpital public est critique. Nous sommes à la croisée des chemins. Depuis des mois l'hôpital public est sur le devant de la scène, après les 2 années de pandémie cet été s'annonce difficile. Nous adressons aux responsables politiques un point de vue de cadres et de soignants de proximité, investis dans l'hôpital, un bien commun, qu'il faut préserver, quoi qu'il en coûte.
par Fabienne dubeaux
Billet d’édition
Covid-19, 7ème vague : l'État se rend encore « fautif »
Une septième vague de contaminations au COVID-19 frappe la France. Alors que le tribunal administratif de Paris a reconnu l'État « fautif » pour son impréparation lors de la première vague, le gouvernement ne semble pas tenir compte des remarques passées ni des alertes de la société civile.
par Mérôme Jardin
Billet de blog
Pour un service public de santé territorial 3/3
Publié sur le site ReSPUBLICA et écrit avec Julien Vernaudon, le premier volet de cet article donnait le contexte historique, le second une analyse de la situation actuelle des professionnels de santé de premier recours et de leur évolution. Ce troisième et dernier volet propose la création d'un vaste et nouveau service public se santé territorial.
par Frédérick Stambach