un paysage de l'éducation

Comme annoncé le 5.3, quelques mots sur le premier point évoqué : "les intérêts"

-la vie est d'abord tournée vers elle-même : perdurer, se répandre, se reproduire, s'inventer de nouvelles formes.. Le petit d'homme veut d'abord vivre ...

- pour vivre, il doit prendre possession de son corps et de ses relations corporelles avec son environnement proche. Toute une éducation perceptivo-motrice lui est nécessaire, très bien décrite, par exemple  par Piaget. Maîtrise de l'espace immédiat : se retourner, saisir, diriger son regard, entre autres. Puis la grande aventure des déplacements autonomes : ne plus avoir besoin d'être porté pour aller où il veut. Rampers, quadrupédies, grimpers, et la victoire extraordinaire de la marche debout, qui l'émerveille et émerveille aussi les siens. Tout cela, d'autres êtres vivants le conquièrent aussi dans les premiers temps de leur vie, souvent plus vite que le bébé humain.

-mais il est une forme de vie très complexe, capable d'interactions très riches avec son environnement. Des spécialistes affirment que, même avant sa naissance, encore in utero, il mémorise déjà , et sait reconnaître, les voix de son entourage le plus proche. On sait, par ailleurs, qu'il élimine de son babillage, dès trois mois, les phonèmes étrangers à sa future "langue maternelle", ce qui implique un "intérêt social" beaucoup plus complexe que les phénomènes "d'attachement" étudiés par Konrad Lorenz. Très tôt aussi, il devient capable de conduites d'amadouement : il découvre le pouvoir du sourire. Et la conquête du langage, ce pouvoir spécifiquement humain,il la réalise en même temps que celle de ses pouvoirs corporels. . Et, encore, il lui faut découvrir et/ou inventer des repères dans le monde humain qui l'entoure, le protège et s'impose à lui. "Le monde de l'adulte s'impose à l'enfnat; mais l'enfant s'en empare à sa manière propre", écrit Henri Wallon (de mémoire).Ce qui suppose toute une trame complexe d'"avec-contre" (expression dûe à Michel Bouet) ; c'est-à-dire, d'innombrables coopérations et oppositions, plus ou moinsbien identifiées, et encore traitées "idéologiquement" (entrer en rage contre le pied de table qui vous a cogné).. Un progrès important naît de ces avec-contre : la conscience de soi, de l'autre, et du "monde extérieur" (que déjà, manifestent chimpanzés et bonobos).

Les intérêts de ce premier âge sont, on le voit, multiples et puissants. Ils édifient le complexe réseau des "affects" qui sera remanié toute la vie, et coiffe en quelque sorte les mobiles de primates qui sont toujours les nôtres, les cache et peut aller jusqu'à les contrarier. Les affects sont orienteurs et déclencheurs des actes. Ils correspondent, dynamiquement, au "domaine" affectif distingué par Henri Wallon (avec le perceptivo-moteur, déjà évoqué ici, et le cognitf).. Ils mobilisent les intérêts proprement humains., découverts et élaborés au cours de l'élargissement toujours poursuivi du monde de l'enfant.

Jacqueline Marsenach a proposé un repérage d'intérêt croissant pour une activité donnée.. Voir cette activité s'exercer, directement ou par l'image, peut être considéré comme un premier pas. Les êtres vivants dotés de la vue ne "voient"pas ce qui n'est, ni à prendre ou rechercher, ni à rejeter ou fuir. Ce qui n'est pas directement lié à des besoins vitaux, à des réactions innées ou acquises, "n'existe pas". "Regarder" représente un degré d'intérêt plus élevé , et peut mener à "avoir du goût pour..". et rechercher des occasions de voir ce que l'on aime voir.Souhaiter essayer monte encore d'un cran, et va jusqu'à "se lancer". "Choisir" et "pratiquer" ; bâtir un projet lié à l'activité choisie ; prendre des décisions de vie qui intègrent cette activité ; peut-être, l'élire comme préférée, ou lieu de vocation. Voilà une échelle conjecturale de degrés d'intérêt qui peut  se révéler utile pour mener des observations, construire des situations éducatives.

Tous les jeunes cherchent à voir, explorer, essayer, faire et réussir, "se donner une idée" , comprendre. Avec plus d'ingénuité, mais aussi, plus de force que les seniors. Une insatisfaction ou une insécurisation modérées peuvent ajouter du piment à ce que l'on fait. Mais, si l'on se sent trop perdu, en danger, en échec, on abandonne. Les éducateurs doivent gérer les intérêts, veiller à leur diversification, à leur montée en puissance, dans les directions où ils sont convaincus qu'il en résultera un accroissement des pouvoirs des éduqués, quii sont aussi des "s'éduquant".

     Si l'on pense, comme je le fais, que les humains s'éduquent et contribuent à éduquer autrui leur vie durant, l'étude des intérêts, de leurs croisements, de leur évolution en fonction des démarches d'entrée en activité et d'organisation est un sujet important.

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