Éducation : d’un sens à la réalité

L’éducation, depuis ses origines dont le sens approchait de nourrir, dans ses définitions, donc dans ses acceptions, a considérablement évolué. Ainsi, au XVIè siècle, l’éducation se voulait être « l’art d’élever un enfant en favorisant le développement de son corps et de son esprit »[i]. Avant de devenir, à la fin de ce même siècle : « le soin qu’on prend de l’instruction des enfants, soit en ce qui regarde les exercices de l’esprit, soit en ce qui regarde les exercices du corps. Bonne éducation ; mauvaise éducation ; l’éducation des enfants ; prendre soin de l’éducation des enfants ; « il se sent bien de la bonne éducation qu’il a eue »[ii].

Aujourd’hui, l’éducation est une notion complexe et se définit comme « une combinaison d’influences diverses, les unes volontaires, issues d’actes qui se veulent éducatifs, fruits d’une volonté d’éduquer ; les autres involontaires, issues de l’environnement, sans intention éducative. Ces influences peuvent être conscientes ou inconscientes, finalisées ou non, pour l’adulte ou l’éduquant, et subies, inconsciemment provoquées ou consciemment recherchées, pour l’éduqué ou l’enfant. Ponctuelles ou permanentes, ces influences peuvent être convergentes ou contradictoires : l’individu peut les rechercher, les accepter ou les subir ; de natures différentes : physiques, psychologiques, idéologiques… Elles sont aussi d’origines diverses : environnement matériel, environnement humain, environnement institutionnel… Émanation des circonstances ou production des hommes, toutes ces influences sont éducatrices, alors que toutes les situations dont elles émanent ou toutes les actions qui les produisent ne prétendent pas éduquer. Toutes ces influences interfèrent, se complétant, se relativisant ou s’opposant les unes aux autres. Et toutes constituent le bagage individuel et original à partir duquel chacun se construit »[iii].

L’éducation, dans sa globalité comprend donc tant ce qui s’apparente à de l’intentionnel que ce qui relève de l’influence recherchée, non recherchée ou contradictoire. L’éducation est donc à la fois un résultat et un processus vaste, dont les contours sont relativement mal délimités, qu’il est nécessaire de préciser davantage pour l’utiliser. Les concepts d’éducation formelle, d’éducation non formelle et d’éducation informelle vont nous y aider.

L’éducation formelle compte l’ensemble « des activités éducatives structurées dans le cadre des systèmes scolaires et universitaires. Elles se traduisent par des programmes d’études planifiées par un ou plusieurs enseignants et mènent généralement à une reconnaissance officielle des acquis »[iv].

L’éducation non formelle, quant à elle, comprend « les activités structurées, ayant des objectifs éducatifs clairement annoncés, se situant le plus souvent clairement en dehors des systèmes scolaires et universitaires et ne menant pas à une reconnaissance officielle validée par ceux-ci »[v].

L’éducation informelle est « un processus se poursuivant tout ou long de la vie, permettant d’acquérir des comportements, des valeurs, des compétences et des connaissances, en dehors d’un dispositif structuré, à partir d’expériences quotidiennes, d’influences éducatives et d’autres ressources de son environnement »[vi].

Il serait faux, cependant, de croire que ces trois concepts s’excluent mutuellement. En effet, si l’école est le lieu principal de l’éducation formelle, elle est aussi vectrice d’éducation non formelle et informelle. Les accueils collectifs de mineurs[vii], pour être d’abord des structures de l’éducation non formelle, n’en sont pas moins des lieux de l’éducation informelle et, parfois même, de l’éducation formelle. Comme l’a remarqué Philippe Meirieu, « si la famille, en effet, est le lieu de la filiation, l'École le cadre de la transmission systématique, l'éducation non formelle, elle, est l'occasion de la rencontre avec des adultes qui ne disposent ni de l'autorité parentale ni de l'autorité professorale, mais sont néanmoins présents auprès de l'enfant et de l'adolescent pour les accompagner »[viii].

Ainsi, structures de l’éducation non formelle, les centres de vacances et les accueils de loisirs, au-delà de prétendre favoriser la socialisation et l’intégration, sont vecteurs d’apprentissages variés et de natures différentes, depuis les apprentissages les plus modestes, les plus quotidiens, jusqu’aux plus académiques. Certains d’entre eux sont inscrits dans les projets éducatif et pédagogique qui président à l’organisation de ces structures, d’autres pas. L’organisation dans l’espace et dans le temps du centre, l’approche pédagogique développée, l’implication des enfants dans les décisions qui les concernent, la mise en place d’instances de concertation, voire de décision, la composition de l’équipe et le groupe d’enfants génèrent des apprentissages dont la plupart ne sont pas formalisés dans ces projets. De plus, d’une part, les enfants entre eux produisent des effets éducatifs, d’autre part, les enfants sont source de formation pour des adultes, à plus forte raison, pour des jeunes adultes.

Le sens de transmission, de l’adulte vers l’enfant, apparent dans les premières définitions du mot éducation s'est complètement transformé aujourd’hui. D’abord l’éducation se fait tout au long de la vie, ensuite, il est aujourd’hui admis que les enfants apprennent entre eux et apprennent aux adultes.

 

[i] Le dictionnaire du moyen français (DMF) – 1330 – 1500 :

http://atilf.atilf.fr/gsouvay/scripts/dmfX.exe?INIT_SESSION;CRITERE=ACCUEIL;ISIS=isis_dmf2009.txt;OUVRIR_MENU=1

[ii] Dictionnaires d’autrefois, The ARTFL Project, Department of Romance Languages and Literatures, University of Chicago

[iii] De Rosa P. in Restoin A. (dir) (2004), Éduquer pour demain – Des pistes pour agir, Paris, L’Harmattan.

[iv] Jean-François Magnin, ancien directeur général adjoint des Ceméa :

http://www.cemea.asso.fr/IMG/texteJFMagninseminaire1103.pdf

[v] Jean-François Magnin, ancien directeur général adjoint des Ceméa :

http://www.cemea.asso.fr/IMG/texteJFMagninseminaire1103.pdf

[vi] Jean-François Magnin, ancien directeur général adjoint des Ceméa :

http://www.cemea.asso.fr/IMG/texteJFMagninseminaire1103.pdf

[vii] Terme réglementaire pour désigner tant les centres de loisirs que les colonies de vacances.

[viii] Site Internet de Philippe Meirieu :

http://www.meirieu.com/DICTIONNAIRE/education_formelle_non_formelle.htm

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