idéologie diffuse 3

Après les deux articles consacrés à une première approche  d'une idéologie diffuse de l'enseignement(30 avril, 1er mai 2012) nous allons passer en revue sept points sur lesquels beaucoup de gens ne s'interrogent jamais, sont convaincus de savoir ce qu'il en est ...et sont dans l'ignorance, alors que leur responsabilité d'humain et de citoyen, éventuellement de parent, est en jeu.

1/l'enseignement fondé sur une logique d'imitation : le langage ordinaire signale cette attitude. Ne dit-on pas "Montrez-moi;, ou même "Faites-moi voir.", au lieu de "enseignez-moi." (vu comme "vieux", prétentieux), ou "Apprenez-moi." (le demandeur s'infériorisant) ? "C'est vu!" sous-entend : "j'ai compris." Il s'ensuit, tout naturellement, que "reproduire", c'est apprendre ; que des répétitions fixent cet appris. Et qu'il suffiut de savoir quelque chose pour être capable de l'enseigner. En somme, qu'enseigner n'est pas un métier, seulement une tâche ; au mieux, une mission. Symétriquement, être élève n'est pas non plus un métier...(ce point sera développé ultérieurement)

2/une logique d'apprentissage par réduction d'écart au modèle s'ensuit : on va fonctionner par "corrections " successives (le mot n'est pas anodin) . Et, inévitablement, le conformisme sera payant. Non moins inévitablement, on ne s'interrogera pas sur le chemin, parfois long, complexe et difficile, qui a conduit à l'élaboration du modèle. Un exemple frappant est la performance sportive. On cherche à reproduire le geste du champion, sans penser qu'il est l'aboutissement d'un long travail de tâtonnements;, de remise en question de façons de faire par ce même athlète et ses entraîneurs, d'analyse du jeu complexe des contraintes et des ressources, de recherche de solutions innovantes.

3/on évalue les productions, non les actions productrices : c'est la performance, la "copie" (mot révélateur, encore) qui seront "notées".. La note est censée mesurer, ou repérer, l'écart au modèle (cf supra). Le  maître sera poussé vers une attitude de "patron", exigeant une "conformité" du travail "rendu" (révélateur, toujours , le rendement), du "produit" fourni par l'élève. Parenthèse: si la note est un repère, non une mesure, les "moyennes" sont une aberration. Je repère ma position par deux données, de longitude et de latitude ; la moyenne des deux n'a aucun sens.

4/on parle de "transmission" des savoirs et savoir-faire...et même des "valeurs": le mot symétrique est "réception". Sournoisement, on est porté à considérer l'élève comme "un vase vide" dans lequel "déverser" du savoir. Il s'ensuit que ce vase doit "ne pas bouger", pour s'assurer qu'on ne verse pas "à côté". Une certaine passivité de l'élève est la bienvenue, il devra être soumis, se comporter comme un objet. vase vide ou bloc informe "sculpté" par le maître. C'est un autre avatar du conformisme...

5/ignorance de la spécificité des rôles et tâches de l'élève et du maître : on ne voit pas qu'il s'agit de "métiers", qui comportent des compétences propres, à acquérir, développer, combiner. Des compétences d'"apprendre à apprendre" vues dans les deux sens, de l'élève vers le maître autant que du maître vers l'élève. Les thèmes évoqués ci-desuus rendent claire l'origine de cette méconnaissance : si apprendre est pure mécanique d'imitation ou de reproduction, chacun dispose des capacités nécessaires de manière "innée"...

6/cloisonnements divers : de l'école, lieu à part, coupé et protégé de la société "large" ; des "disciplines" : ce qu'on "déverse" est bien défini, produit "pur"; des "examens et concours", lieux et moments de certification de la capacité de "production-reproduction" des élèves, hors de leur lieu habituel, donc, "objectivée". L'éducation n'est ps un tout, mais une mosaïque que la vie professionnelle complètera et assemblera d'autre manière.

7/confusions et ambiguïtés : des mots comme "instruction", "formation", "enseignement", "éducation", sont à peu près interchangeables, dans les discours approximatifs qui foisonnent , tant triviaux que prétendument soutenus, politiques, pédagogiques, psychologiques, sociologiques, etc...Avec d'autres erreurs et illusions telles que celles dénoncées ci-dessus, on aboutit à penser que l'enseignant doit disposer de "savoirs" et de "qualités morales" (patience, dévouement, impartialité , entre autres) plus que de compétences proprement professionnelles (à définir...). Et, symétriquement, qu'il suffit à l'élève d'être "discipliné", "attentif, "persévérant" pour réussir...sauf s'il "n'est pas doué" (autre thème idéologique qui a remué le paysage éducatif...)

Saans les développer davantage, ni y ajouter d'autres thèmes, signalons que ces éléments d'une idéologie diffuse de l'éducation procèdent de soubassements idéologiques très anciens et plus généraux,, qui feront l'objet d'un prochain article.

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.