Une rentrée scolaire... « dans le tas ? »

Depuis sa nomination, le ministre de l’Éducation nationale multiplie les annonces de changement. Si certaines propositions semblent montrer une réelle volonté de changement, d’autres s’inscrivent dans la continuité de l’action du gouvernement précédent. Ainsi, les annonces quant à la « création de 1 000 postes en urgence », le retour de l’enseignement, même optionnel, de l’histoire – géographie en terminale S ou l’instauration d’une pause méridienne d’au moins une heure et demie correspondent aux engagements pris avant la campagne présidentielle. Pour autant, il n’est pas sûr que ces mesures suffisent à améliorer les résultats scolaires ni même la qualité de l’enseignement ou l’envie d’apprendre des élèves. En revanche, la proposition ministérielle de vouloir avancer la prochaine rentrée scolaire d’une journée s’inscrit dans la lignée des pratiques unilatérales, autoritaires, imprévisibles autant que méprisantes du gouvernement précédent.

Je ne me prononcerai pas, ici, sur l’intérêt ou le manque d’intérêt de cette proposition, même si je salue le souhait de revenir à la semaine scolaire de neuf demi-journées. Je me contenterai de relever que le ministre la formule à un moment où il est difficile de l’accepter ou d’en discuter. Alors n’en discutons pas. Je vais me contenter, dans ce billet, de remarquer que non seulement ce que j’écrivais précédemment[i] tend à se confirmer, mais que les questions centrales de cette édition participative ne semblent pas figurer à l’ordre du jour des préoccupations gouvernementales. Malgré « sa volonté de restaurer la confiance avec tous les acteurs de l’éducation et de les rassembler autour de la refondation de l’école »[ii], le ministre de l’Éducation nationale semble ne s’intéresser qu’à l’école, au détriment des autres « acteurs de l’éducation ». Si, dans ce nouveau gouvernement, ces questions relèvent d’un autre ministère, je déplore que sa collègue ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Éducation populaire et de la Vie associative, aussi en charge de ces questions, se montre bien plus discrète. Pourtant, il est, aujourd’hui, permis d’affirmer que l’école est à l’éducation ce que l’élève est à l’enfant : un sous-ensemble.

Sur le fond comme sur la forme, de tels discours montrent leurs limites. D’abord, dans leur ignorance même de ce qu’est l’enfant et du rôle des autres acteurs de l’éducation, famille, « tiers lieu éducatif »[iii], temps libres... alors que les apports des temps libres ne sont plus à démontrer. En créant des occasions de découvertes, d’initiations et d’apprentissages variées, ces temps complètent, voire favorisent, les apports de l’école et de la famille. Ensuite, parce que, bien plus que l’école, le secteur de l’éducation non formelle est un terrain d’innovation pédagogique. Enfin, parce que, notamment, depuis la fin du quinquennat précédent, discours ministériel ne signifie plus parole d’expert. De ce point de vue, autoritarisme ne remplacera jamais expertise et les pratiques évoluent. L’époque est à la concertation pour ne pas dire à l’inscription ou à la participation, bien plus qu’à l’injonction. Je ne conteste pas, ici, l’autorité de l’État, mais interroge la légitimité d’une mesure prise  de manière unilatérale dont l’impact s’annonce largement collatéral.

D’autant que celui qui « veut placer la pédagogie et non la gestion comptable au cœur des réformes éducatives », qui « veut soutenir l’innovation pédagogique » propose d’attaquer par la logique du chiffre. Celui qui prétend que « pour refonder l’école, nous avons besoin de tous », semble bien jouer cavalier seul.

 

 


[i] Cf. « Sans l’école on ne peut rien, mais l’école ne peut pas tout ! », 12 mai 2012 : http://blogs.mediapart.fr/edition/eduquer-tout-au-long-de-lenfance/article/120512/sans-l-ecole-ne-peut-rien-mais-l-ecole-

[ii] Le blog de Vincent Peillon : http://www.vincent-peillon.fr/ ; consulté le 24 juin 2012.

[iii] Cf. Petit dictionnaire de pédagogie de Philippe Meirieu : http://www.meirieu.com/DICTIONNAIRE/education_formelle_non_formelle.htm ; consulté le 24 juin 2012.

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