Voilà l’été, enfin l’été...

L’été est, dans le champ des centres de vacances et des centres de loisirs, la période la plus fructueuse de l’année. Même si la météo de ce mois de juillet masque en partie son caractère estival, la conjugaison de plusieurs facteurs conjoncturels la démarque du reste de l’année.

L’été est, dans le champ des centres de vacances et des centres de loisirs, la période la plus fructueuse de l’année. Même si la météo de ce mois de juillet masque en partie son caractère estival, la conjugaison de plusieurs facteurs conjoncturels la démarque du reste de l’année. De ce point de vue, il n’est pas rare que l’été soit, pour les enfants, les jeunes et leurs animateurs, l’occasion d’aller plus loin. Aller plus loin est à prendre ici tant du point de vue de la distance kilométrique, que de celui du grandissement des enfants ou du fonctionnement des structures. Aujourd’hui, nombre de séjours de vacances offrent aux enfants et, surtout, aux jeunes, des destinations toutes plus lointaines les unes que les autres. De leur côté, nombre d’accueils de loisirs profitent de cette période pour sortir de leur fonctionnement habituel, parfois routinier.

Du séjour lointain, en Afrique, en Amérique ou en Asie au centre de loisirs installé dans un préau d’école, en passant par la colonie de vacances, thématique ou non, à la mer, à la montagne ou à la campagne, l’été amène son foisonnement de propositions. Certaines très alléchantes, de prime abord, d’autres moins. Ainsi, le séjour lointain représente, pour nombre de familles, un véritable choix de vacances, tandis que le centre de loisirs se pose, encore aujourd’hui, d’abord comme mode de garde.

Pourtant, l’éloignement géographique, pour séduisant qu’il soit, ne garantit pas, en soi, la qualité du séjour. Pas plus que l’installation du centre de loisirs dans un préau ne permet de préjuger de l’absence de qualité. Dans un cas comme dans l’autre, les participants pourront retenir quelque chose de leurs vacances. Faut-il qu’ils en retiennent absolument quelque chose, demanderez-vous ? Répondre à cette question nous ramènerait au vieux débat, parfois stérile, qui oppose les tenants de « l’éducation populaire » à ceux qui voient les accueils collectifs de mineurs (ACM)[i] comme un marché lucratif. C'est-à-dire, d’un côté, ceux qui ont des objectifs éducatifs, de l’autre, ceux, pour qui ces accueils représentent des occasions de faire du chiffre. Mon propos n’est pas ici de raviver ce débat manichéen, d’autant qu’il est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Sans aller plus loin dans la discussion, je me contenterai de remarquer qu’en termes de démarche, de déroulement ou d’emploi du temps, il est parfois difficile de différencier ceux qui formulent des objectifs de ceux qui n’en formulent pas. Cela nous fait déjà entrer dans le vif du sujet. Mon propos vise tout simplement, à l’occasion d’une période particulière comme l’été, d’apporter un éclairage particulier à un débat trop souvent tronqué.

Pour commencer, il me faut préciser qu’il est évident, pour moi, que les participants doivent retenir quelque chose de leurs vacances dans de telles structures. Contrairement à d’autres formules de vacances et comme cela apparaît, notamment à travers les objectifs formulés dans les projets éducatifs et pédagogiques qui président à leur organisation, les centres de vacances et les centres de loisirs ne se limitent pas à l’instant présent. Ils prétendent participer de la construction de l’individu et peser sur l’avenir des enfants et des jeunes qui les fréquentent. En fait, leur mission est au moins triple : sanitaire, sociale et éducative. Si aujourd’hui, la mission éducative semble l’emporter, les deux autres dimensions ne sont pas à négliger pour autant. L’angle sanitaire remonte à l’origine des colonies de vacances, qui avaient, comme mission principale, à la fin du XIXème siècle, la lutte contre la tuberculose, le rachitisme et les maux d’un prolétariat émergent dans les villes. Au niveau social, centres de vacances comme centres de loisirs ont, depuis leur origine, permis aux enfants, entre autres, issus de milieux défavorisés d’accéder aux vacances, aux loisirs et à la culture. Le plan éducatif est apparu, de manière conscientisée, en dernier. Par contre, sauf à résumer l’éducation à l’action éducative, il n’est pas possible d’affirmer que les colonies de vacances et les patronages n’étaient pas éducatifs auparavant.

Il convient, cependant, de regarder en quoi ces structures sont éducatives, au-delà d’un discours consensuel qui les qualifie comme telles. Complémentaires de l’école, ces structures ne se situent pas qu’au regard de l’école, loin de là. Elles ont leurs propres raisons d’être. Si les apprentissages qui y sont véhiculés servent les objectifs scolaires, ils s’inscrivent dans un cadre beaucoup plus vaste, qui prend en compte l’enfant dans son ensemble, non pas que l’élève. De même que les apprentissages ne se limitent pas à ceux voulus et pensés par les organisateurs et les équipes d’animation. Ils peuvent provenir de sources différentes, pairs, environnement, intervenants, voisins… aller dans le même sens ou, à l’inverse, entrer en contradiction, correspondre à des choix des parents ou non.

De ce point de vue, comme je le faisais remarquer plus haut, il n’est pas certain que le séjour lointain, si attrayant soit-il de prime abord, apporte, in fine, plus qu’un autre séjour. S’il est possible qu’un vol transcontinental, des paysages grandioses, des hôtels confortables et des visites de sites mondialement réputés masquent un vide du côté d’autres apports potentiels, il arrive qu’une carence en termes de clés ou un manque d’ouverture au monde produise l’inverse de l’effet souhaité. Si changer d’environnement, au sens de la culture, des règles ou des traditions est une expérience enrichissante, cela ne va pas de soi pour autant. Le cas échéant, la rupture peut s’avérer brutale, voire l’échec cuisant. À l’inverse, le centre de loisirs, même installé dans un préau d’école, peut, de par un fonctionnement particulier, se révéler d’une très grande richesse. Autant l'éloignement n'engage rien, autant la proximité n’interdit ni la découverte, ni la variété.

 

 


[i] ACM : nom générique et réglementaire pour désigner les centres de vacances et les centres de loisirs.

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