Jamais dans une élection présidentielle l’Education n’a été autant au cœur des débats !

Au moment de composer cet article nous avions en tête de dénoncer l’absence récurrente, dans cette campagne présidentielle, de l’éducation. Mais est-ce si sûr ?

Oui, si on place les débats et la réflexion du côté de l’Education Nationale. Vous savez, celle qui est censée apporter à tous les enfants et les jeunes les connaissances de fonds et les savoir –être pour se construire, devenir des citoyens responsables, auteurs des choix des décisions collectives à prendre, par et dans la Cité. Certains disent « égalité des chances, réussite scolaire, les plus hardis allant même jusqu’à utiliser le vocable de « réussite éducative ».

D’autres, dont nous sommes, poussent l’outrecuidance jusqu’à prétendre placer l’enfant ou le jeune au cœur de ses apprentissages. Nous affirmons, pour l’avoir mis en œuvre dans nos pratiques professionnelles et dans nos vies personnelles, la prédominance de l’enfant acteur, concepteur de ses propres acquisitions fondées sur ses besoins, ses propres réponses aux défis du monde et de la vie quotidienne. Pour nous en convaincre, nous invitons tous les adultes, au premier rang desquels les élus de la Nation chargés de mettre en œuvre les choix collectifs dans l’intérêt de chacun, de tous : -c'est-à-dire dans l’intérêt général- à observer leurs enfants lorsqu’ils manipulent l’ordinateur. Comme par hasard, dans ce cas de figure l’adulte demande à son enfant de lui expliquer les manipulations techniques. Qui est le maître de l’autre ? Cette posture respectueuse de la confiance que met le peuple en ses élus pour qu’ils agissent dans cette voie est depuis longtemps passée par pertes et profits.

 Pensez donc, il y a la « crise » ! Alors nos élus au suffrage universel pour justement empêcher les crises économiques, sociales, existentielles, se gardent bien d’expliquer comment naît et vit la crise. Ce choix explicatif, en direction de tous, non seulement serait des plus normal et juste mais devrait être une priorité si le Peuple et ses élites considéraient l’Education tout au long de la vie comme une valeur cardinale adossée au principe philosophique de Liberté.

 De ce point de vue nous sommes davantage dans le déni qui occulte toute nécessité de faire un bilan. Mais sommes-nous sots ? Il ne peut pas y avoir de bilan, puisque d’une part il n’y a pas de projet, ni d’intention, juste une soumission plus ou moins active, et que d’autre part, une fois désigné par les citoyens, le statut d’élus du peuple constitutionnellement le rend seul maître des ses décisions et de ses engagements. On comprend mieux, en prenant conscience de cette Loi, que «  le choix électif n’engage que ceux qui y croient ! » En l’occurrence : nous sommes doublement bernés. Notre voix n’a absolument plus d’importance, une fois désigné celui qui arrivera en tête, fusse avec une très large minorité des suffrages comptabilisés. Nous observons, que le choix de plus en plus de concitoyens, quelque soit le type de désignation, législative, syndicale, associative…- indiquant une autre voie que celles proposées, en ne retenant aucune des propositions soumises, est lui aussi dénié. Est-ce juste ? Oui car c’est la règle de cette Loi ?  Est-ce pertinent ? Non, car cette modalité de la démocratie, autorisant chaque personne à participer à construire son avenir et le devenir collectif en prenant des voies adaptées, selon elle, explicitées puis ingurgitées acceptées, adoptées  par  la communauté sociale nie le fondement même de citoyenneté positionné du point de vue de l’Education tout au long de la vie.

 Comment est-ce possible ? Comment pouvons-nous non seulement accepter cette injustice, et même nous en accommoder ? Parce que l’Education fait son œuvre ! En effet, ce qui n’est jamais décliné, quelque soit les candidats, c’est l’explicitation, claire, intelligible par chacun(e) de leur conception de l’éducation. Qu’est-ce qu’ils proposent de mettre en œuvre collectivement, en associant en permanence les premiers concernés, toutes les personnes, enfants et jeunes, ceux en pleine force de l’âge ou entrées dans le troisième âge.

L’Education n’est rien d’autre que le projet de vie tout au long de celle-ci décidé individuellement et collectivement.

 Cette voie royale, pour plagier André Malraux, est paradoxalement détournée par le pouvoir du langage. Nous pensons que l’utilisation de la rhétorique est aujourd’hui un choix d’éducation du peuple qui n’a très majoritairement pas accès aux codes de compréhension. Mâtinée par le registre émotionnel et la séduction des images, la pédagogie de communication utilisée pour informer, former les citoyens à être capables de choisir par eux-mêmes les formate à penser selon le discours de la classe dominante qui passe en boucle. Don, qui s’imprime dans nos consciences comme étant la vérité. Une telle « pédagogie » empêche de se poser des questions, repousse à l’extrême le doute pour le transformer en certitude.

Nous sommes convaincus, qu’une véritable éducation dès l’enfance, tout au long de la vie, celle qui développe, l’esprit critique, la compréhension et le respect des autres, qui met au dessus de tout, les différences dans l’Humanité comme une richesse considérable à développer et non à supprimer jusqu’à l’extrême est une révolution à vivre.

Ce vocable, car nous pensons qu’il ne suffit pas de changer, de transformer, mais de découvrir de nouveaux modèles d’Education, de vie sociale à l’échelle de notre planète, surtout pas pensés, à partir des seuls territoires car cette Education tout au long de l’Enfance sera alors modélisée. Redonnons au langage ses lettres de noblesse, c’est-à-dire, dans une perspective démocratique, sa capacité à nuancer, son pouvoir d’explicitation, au lieu d’en faire un instrument sectaire face auquel on est totalement d’accord ou totalement pas d’accord. Participer, c’est aussi comprendre, s’approprier, s’exprimer, répondre et… agir, beaucoup plus que réagir.

Dés les Législatives, il est un impératif d’interpeller les candidats uniquement sur leur conception de la place des personnes dans un Projet Collectivement réfléchi, arrêté, puis en cours de mandat évalué, ajusté selon les aspirations de la population ?

Une révolution tout au long de la vie ?

 Philippe WALQUEMANE et Jean-Gabriel BUSY

 

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