Poker menteur à Westminster

Lorsque le premier ministre Gordon Brown a annoncé, au milieu de l'après-midi du lundi 10 mai, son intention de se retirer, les media britanniques ont commencé à présenter des rétrospectives de sa carrière qui ressemblaient à autant de nécrologies. La page semblait tournée, mais la réalité est un peu plus complexe, à travers ce qui apparaît comme une dernière grosse manoeuvre du présumé sortant. En effet, il y a sans doute eu emballement excessif, car Brown n'a rien dit d'autre que son intention de stand down as Labour leader. Donc Gordon Brown se pare d'une fausse magnanimité en partant, mais, à bien écouter son intervention il promet de partir, certes, mais de la direction du Labour, avant le prochain congrès travailliste, c'est-à-dire début octobre, et non pas de Downing Street dans l'immédiat.

Le but de ce qu'il faut bien appeler un coup est de forcer la main aux Lib-Dems, dont les négociations avec les Tories sont clairement dans une impasse, pour l'heure. Or chacun sait que la base de libéraux-démocrates se sent plus proche des travaillistes que des conservateurs. Donc Gordon Brown se sacrifie, en quelque sorte, puisque Nick Clegg n'a jamais fait mystère des convergences possibles avec le Labour, ni de sa réticence totale à travailler avec l'autoritaire premier ministre battu. Noble geste qui cache une réalité qui l'est moins, c'est-à-dire que Brown a bien l'intention de conduire d'éventuelles négociations avec les Lib-Dems et donc rester au pouvoir.

Comme une surprise ne vient jamais seule, le spécialiste de politique intérieure à BBC News, Nick Robinson, a affirmé, hier également, que parallèlement aux tractations entre libéraux et conservateurs, des contacts ont été établis, dès vendredi par l'intermédiaire de Peter Mandelson, afin de faire renaître le célèbre Lib-Lab Pact. Dans cette gigantesque partie de poker désormais engagée, et qui donne, tout à coup, aux élus britanniques une allure très continentale, il est difficile de savoir qui dit vrai et quelle sera l'issue.

Pour ne pas être en reste, les Tories ont immédiatement sorti un atout de poids, pour convaincre les libéraux, à savoir l'organisation d'un référendum sur l'adoption de la proportionnelle. Quel que soit le côté où les Lib-Dems vont basculer, ces négociations de coulisses posent plusieurs questions de légitimité. Brown et le Labour peuvent-ils rester au pouvoir alors qu'ils ont été battus et désavoués ? Si d'éventuels accords Lib-Lab interviennent et que Brown laisse sa place, est-il cohérent que le prochain premier ministre soit choisi par les membres du parti travailliste et non pas par les électeurs ? Un député travailliste écossais, John Mann, a commencé à répondre à ces questions, hier, en direct sur BBC News : we are not in a presidential system, we are a parliamentary democracy. A suivre, donc.

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