Est-ce l'heure des Lib-Dems ?

Jusqu'à présent le système politique britannique a toujours été défini, décrit et enseigné comme étant, au sein de la monarchie constitutionnelle, unrégime parlementaire bi-partite, c'est-à-dire avec une alternance au pouvoir des deux partis politiques les plus importants, le parti travailliste et le parti conservateur.

Jusqu'à présent le système politique britannique a toujours été défini, décrit et enseigné comme étant, au sein de la monarchie constitutionnelle, unrégime parlementaire bi-partite, c'est-à-dire avec une alternance au pouvoir des deux partis politiques les plus importants, le parti travailliste et le parti conservateur. S'il est peu probable que le régime change et que la monarchie disparaisse, il semble, à l'occasion de la campagne électorale qui vient de s'engager en vue des élections législatives du 6 mai, que le rythme de cette tranquille alternance entre Labour et Tories puisse être enrayé.

 

Il y a plusieurs raisons à cela : tout d'abord la persistance des sondages, depuis plusieurs semaines, à annoncer un parlement bloqué, comme nous l'avions évoqué dans un précédent billet, a hung parliament? ; le désenchantement, ensuite, de l'électorat britannique, à travers ces mêmes sondages, vis à vis des conservateurs et de leur leader, David Cameron, qui, en raison de prises de position particulièrement réactionnaires et démagogues sur la santé et l'éducation notamment, n'a pas pu faire fructifier son label fraîcheur et jeunesse ; enfin la résistance inattendue du premier ministre Gordon Brown, qui, s'il ne suscite toujours pas un enthousiasme délirant dans l'opinion publique,a fait l'objet de compliments polis pour sa gestion en temps de crise. Mais à tous ces paramètres il convient d'en ajouter un de taille : l'émergence du chef de file des libéraux-démocrates, Nick Clegg.

 

Très franchement jusqu'à la déconfiture annoncée des deux grands partis, Nick Clegg ne tenait pas le haut du pavé. Elu eurodéputé en 1999, Nick Clegg est devenu député Lid-Dem en 2005, à la faveur des élections générales, en remportant la circonscription de Hallam, quartier de Sheffield, dans le South Yorkshire, qui était auparavant un bastion conservateur imprenable. La biographie de Clegg est une profession de foi pour l'internationalisme et l'esprit d'ouverture sur le monde. Né d'un père russe et d'une mère hollandaise, Nick Clegg est marié avec une avocate espagnole, spécialiste du droit international, Miriam Gonzalez Durantez, qui a gardé sa nationalité espagnole.

 

Pur produit de Cambridge,où il s'est spécialisé dans l'archéologie et l'anthropologie, Nick Clegg a continué son cheminement universitaire aux Etats-Unis, à l'Université du Minnesota. Il y a soutenu une thèse sur la philosophie politique du mouvement écologiste. Il est ensuite devenu fonctionnaire international à Bruxelles avant d'être élu eurodéputé. On notera qu'outre l'anglais, il parle couramment le français, l'espagnol, le hollandais et l'allemand, ce qui le place loin devant ses deux concurrents en la matière. Il est le plus jeune des trois prétendants, 43 ans, un an de moins que David Cameron.

 

Mais s'il est au centre de toutes les conversations aujourd'hui, c'est surtout parce qu'il a littéralement crevé l'écran à l'occasion du premier débat télévisé du15 avril, dans lequel il était confronté à David Cameron et Gordon Brown. Que ce face-à-face contradictoire ait été le premier de l'histoire politique du Royaume-Uni a quelque chose de déconcertant. En effet la vie politique britannique aura donc attendu 2010 pour adopter ce que la plupart des démocraties occidentales font depuis belle lurette. En vérité, en 1964, Harold Wilson, très impressionné par le débat Kennedy-Nixon de 1960, avait lancé la proposition à son adversaire conservateur Ted Heath, lequel refusa. Puis l'idée n'est plus jamais revenue sur le tapis jusqu'à ce15 avril 2010. Les mentalités ont certainement évolué dans ce domaine en raison de l'impact et de la popularité de l'excellente émission mensuelle de la BBC, Question Time, fondée sur un débat contradictoire, avec intervention du public pour des questions non préparées et non soumises à accord préalable, contrairement à ce qui se fait dans la toute nouvelle ORTF de la monarchie française.

 

A cette occasion et dans cet exercice, Nick Clegg a été brillant, simple et direct. Il a évité la langue de bois et a surclassé ses deux concurrents à tel point que les sondages, depuis ce débat, donnent une montée colossale des intentions de vote pour les Lib-Dems, ce qui a complètement décontenancé les ténors des deux partis majeurs. Donc, Nick Clegg et les Lib-Dems sont passé d'une position d'arbitre à celle de leader potentiel. Mais le chemin sera encore long jusqu'au 6 mai.

 

Les Libéraux Démocrates sont nés en 1988, de la fusion entre le parti libéral, dirigé alors par David Steel, et le parti social démocrate, créé par des transfuges du parti travailliste, the gang of four,Roy Jenkins, David Owen, Bill Rodgers et Shirley Williams, qui refusaient notamment la main mise des syndicats sur le parti travailliste. Leur crédo repose sur le libéralisme social, c'est-à-dire la défense des libertés, l'augmentation des impôts pour la sauvegarde du service public et la réforme constitutionnelle. Dans l'histoire politique du Royaume-Uni, le parti libéral a eu son heure de gloire à la charnière du 19ème et du 20èmesiècle,de Gladstone à Lloyd George, avant l'émergence du parti travailliste en1920. Il a aussi connu une période moins glorieuse, avec le Lib-Lab pact de 1977 entre James Callaghan et David Steel, où le parti libéral servit essentiellement de béquille aux travaillistes qui n'avaient plus de majorité parlementaire.

 

C'est peut-être l'heure des Lib-Dems, qui ont été longtemps des victimes du scrutin uninominal à un tour qui broie les partis secondaires. Pour mémoire en 2005, en nombre de voix le parti conservateur et les Lib-Dems étaient pratiquement à égalité, mais en nombre de sièges à Westminster, à l'arrivée, les Tories ont obtenu 192 sièges contre 93 aux libéraux-démocrates, très loin derrière les travaillistes avec 349 sièges. Les électeurs britanniques ont-ils vraiment envie de chambouler leur représentation parlementaire ? Let's wait and see !

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