Gordon Brown tente de travailler son image

Samedi 24 avril The Guardian a publié un entretien, avec le premier ministre britannique Gordon Brown, réalisé par la journaliste Rosanna Greenstreet. Dire qu’il ne restera pas dans les mémoires est faible par rapport à ce que l’on peut ressentir à la lecture de ce qui apparaît comme un affligeant et fâcheux exercice de complaisance dont la profession de journaliste en général et le Guardian ne sortent pas grandis.

 

Quant à Gordon Brown, on peut se demander quelle mouche l’a piqué ou à quel conseil il a cédé (s’agirait-il de Mandelson dont tous les observateurs disent qu’il est devenu le deus ex machina travailliste ?), pour sombrer dans une telle mièvrerie. Les questions n’ont rien de politique et relèvent plutôt d’un voyeurisme que l’on aurait plutôt imaginé dans un tabloïd, The Sun, par exemple, fleuron du groupe News International du sinistre Rupert Murdoch. Dans cette série d’ineptes interrogations surgit de nulle part : How often do you have sex?, précédées par les très consternantes : What is your favourite word ?, réponse Dad, et what do you owe your parents?, réponse : Everything. Donc tous ceux qui comptaient savoir quelle stratégie le premier ministre sortant allait adopter, alors que son parti est bon dernier dans les sondages, en seront pour leurs frais.

 

Supplice suprême, la très docile journaliste demande à Brown s’il a une blague à raconter. Et l’autre austère qui se marre de s’exécuter : How do you call a dinosaur in for its dinner? Tea, Rex ! Ce qui signifie, Comment commande-t-on à un dinosaure de manger ? A table Rex ! Fichtre ! Au-delà du fait que chez les Brown, au 10 Downing Street, ce doit être la poilade permanente, on se prend à penser que c’est encore plus grave qu’on ne le pensait. Le Guardian considérait-il qu’il avait à se faire pardonner son poisson d’avril, (lien) qui exploitait les colères et la mauvaise humeur permanente du premier ministre, telles qu’elle sont décrites dans le livre du journaliste de l’Observer, Andrew Rawnsley ?

 

L’ex-ministre de Tony Blair, Frank Field, avait coutume de reprocher à son mentor l’excès de liberté qu’il accordait à Brown, en utilisant cette métaphore très littéraire : You can’t let Mrs. Rochester out of the attic, référence faite au roman de Charlotte Bronte, Jane Eyre, dans lequel l’héroine est amoureuse de son précepteur, Mr. Rochester, mais ne peut l’épouser puisqu’il est marié à une femme devenue folle et qui est enfermée au dernier étage de la demeure de Thornfield Hall. Si Mrs. Rochester est vraiment sortie du grenier, ni le Guardian, ni le Labour ne pourront en tirer profit, mais pour les Lib-Dems et les Tories, ce sera différent.

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