Pour comprendre le sens de la manifestation pro-ours du 4 juillet 2020 à Toulouse

Deux ours protégés des Pyrénées tués depuis le 1er janvier, la coupe déborde pour 21 associations de défense de l'environnement, d'autant que le juge catalan garde la nécropsie secrète. Malgré des indemnisations record, les éleveurs sont également remontés contre un gouvernement et le président qui soufflent le chaud et le froid.

Le 4 mars 1997, Jean-Jacques Camarra, naturaliste, biologiste et spécialiste de l’ours originaire de Maubourguet, était interviewé par le journal Libération :

« Le scientifique calcule que l'ours pourrait être rendu moins prédateur sur les versants nord de la montagne que les hommes ne lui disputent pas.

[…] L'ours des Pyrénées est même le plus vieux des ours européens, 600 000 ans peut-être. Mais Jean-Jacques Camarra s'est impatienté, l'été dernier, de ne rien voir venir en matière de repeuplement. «J'ai repris mes notes de voyages.» Ça a donné Boulevard des ours, une compilation un peu naïve où les montagnes sont forcément «somptueuses» et le retour à la nature «régénérant». La bonne nouvelle est tombée le 19 décembre dernier : les élus du haut Béarn ont voté la réintroduction à titre expérimental d'une ourse dans le courant de l'été prochain. Jean-Jacques Camarra se sentira mieux quand ses chers ours seront au moins vingt-cinq dans le département. »

https://www.liberation.fr/france/1997/03/04/touchez-pas-au-grizzli_200814

 

Des allers-retours politiques

« Mardi dernier, à Pau, Emmanuel Macron a promis qu’il n’y aurait plus de réintroduction d’ours dans la chaîne des Pyrénées avant la fin de son mandat. Un an après s’être déclaré favorable à "maintenir la présence de l’ours". Un an et demi après avoir autorisé le lâcher de deux femelles dans le Béarn. "Les réintroductions d’ours, c’est terminé. C’est acté et je vais l’écrire noir sur blanc", a-t-il déclaré. »

https://www.ladepeche.fr/2020/01/20/ours-dans-les-pyrenees-les-reintroductions-cest-fini,8673243.php

 

« Emmanuel Macron a confirmé en janvier la suspension du programme de réintroduction qui devait se prolonger jusqu’en 2028 : “Je ne suis pas opposé à la réintroduction d’ours mais cela ne me semble pas être une priorité. La population actuelle ne fait pas craindre une disparition à court terme, comme c’était le cas au milieu des années 90, avant l’arrivée des ours slovènes. La priorité est au dialogue avec les populations locales et les bergers qui ressentent les prédations. Il ne faut pas forcer la main mais convaincre. Je regrette qu’il n’y ait pas de médiateur de l’Etat sur le sujet et que la fonction soit assurée par les préfets et sous-préfets qui font ce qu’ils peuvent. Les locaux ont besoin d’être rassurés, aidés et d’exprimer ce qu’ils ressentent. Les seuls agents administratifs qu’ils rencontrent sont ceux qui expertisent les pertes en bétail après une attaque. Difficile que les deux partis se fassent confiance.” »

https://www.liberation.fr/terre/2020/04/10/mort-de-cachou-dans-les-pyrenees-l-ours-rassure-l-homme_1784876

 

Ceci vient en contradiction totale avec le Plan Ours mis en place en 2018 par Nicolas Hulot pour dix anshttp://webissimo.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/brochure_du_plan_ours_2018-2028_cle63eb44.pdf

On peut y lire la volonté européenne de protéger une toute dernière population de 50 ours minimum dans les Pyrénées, afin que l’espèce ne disparaisse pas ni ne soit victime de consanguinité, d’où les introductions périodiques prévues.

On y apprend également que « L’Espagne a par ailleurs élaboré un plan en 2006 nommé “estratégia para la conservación del Oso Pardo en los Pirinéos” pour définir, en complémentarité avec la France, les modalités de gestion de la population. 

Enfin, en 2013, un projet LIFE+ intitulé PIROSLIFE a été proposé par la Generalitat de Catalunya à la Communauté Européenne qui l’a validé. L’objectif de PIROSLIFE est de mettre en œuvre une série de mesures visant à améliorer l’état de conservation de l’espèce. » 

Et que des réunions « transfrontalières de coopération avec l’Espagne et l'Andorre » se sont tenues.

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La factualité scientifique

Le biologiste Camarra, interviewé par Libération, a mis « au point le goutte-à-goutte qui huile à la térébenthine les troncs d'arbre contre lesquels les ours préféreront venir se frotter. Et il y a cloué du grillage fin pour recueillir les poils qui s'y accrochent. Il a appris à calculer l'endroit exact où l'ours posera la patte pour installer un piège à empreinte. «Ce n'est pas sorcier. Il suffit de savoir que la bête préfère toujours marcher sur un peu de pelouse que sur des ronces ou des cailloux pointus. Faut pas oublier qu'il marche pieds nus"» Ses méthodes s'exportent maintenant jusqu'au Canada. »

« «Les montagnards et les ours ont vécu ensemble pendant des siècles dans ces vallées» et Jean-Jacques Camarra se dit qu'il lui revient en partie de faire perdurer cette harmonie naturelle. »

https://www.liberation.fr/france/1997/03/04/touchez-pas-au-grizzli_200814

 

https://www.info-ours.com/events

422 renseignements factuels sur les indices de présence de l’ours (empreintes, poils, crottes…), les déclarations de constat de dommage et leur conclusion sur la responsabilité de l’ours. (info officielle)

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Une autre vision politique et environnementale partagée

Dans la cordillère Cantabrique, une population d'environ 250 ours cohabite avec les habitants. 

Pour ces derniers, la coexistence pacifique des ours dans cette région est un atout touristique. 

Depuis le braconnage pratiqué dans les années 1980, l'Espagne a mis en place une politique volontariste de protection des ours à l'aide d'associations actives. 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cordillère_Cantabrique

 

vidéo de deux oursons jouant dans la neige ici : https://www.20minutes.fr/planete/2511667-20190506-video-pyrenees-deux-jeunes-ours-filmes-alors-batifolent-neige

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 En 2019, sur l’ensemble des Pyrénées, l’effectif minimum détecté est de 52 ours : 

  • 6 ours en Pyrénées Occidentales (Béarn, Navarre, Aragon) 
  • 46 ours en Pyrénées Centrales (Comminges, Couserans, Val d'Aran, Catalogne, Andorre, Pyrénées Orientales, Aude).

Structure de la population - 2020 l'hécatombe © AB Structure de la population - 2020 l'hécatombe © AB

https://www.paysdelours.com/fr/ours/ours-pyrenees/point-population-ours-pyrenees.html

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Ours des Pyrénées : le trombinoscope

https://www.paysdelours.com/fr/ours/ours-pyrenees/trombinoscope-ours-pyrenees.html

Bulle, Fifonet et Fosca (nés en 2015) © Pays de l'ours.com Bulle, Fifonet et Fosca (nés en 2015) © Pays de l'ours.com

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Canelle est abattue en 2004

 

Déjà, il y a une quinzaine d'années,  « le 1er novembre 2004, un groupe de chasseurs lance une battue aux sangliers en Vallée d'Aspe. Vers midi, l'un d'entre eux abat l'ourse. « Légitime défense » assure-t-il. L'animal, suitée, c'est-à-dire suivie par un ourson, l'aurait menacé, craignant pour sa progéniture…

 

Cette nouvelle est un coup de tonnerre. Elle résonnera dans toute la France. Même le Président de la République exprimera son émotion. 

Tout un symbole : Cannelle était la dernière ourse de souche pyrénéenne et avec elle, c'est tout un pan de la biodiversité des Pyrénées qui a été effacé d'un coup de fusil.

Il sera le déclencheur du processus de la réintroduction des plantigrades slovènes en 2006.

Quelques jours plus tard, le tireur sera mis en examen pour destruction d'espèce menacée,. Une ordonnance de non-lieu sera rendue en 2007, aussitôt attaquée par les associations devant la Cour d'Appel de Pau, laquelle le renverra devant le tribunal correctionnel.» https://www.ladepeche.fr/article/2008/03/12/441496-proces-pourquoi-chasseur-tue-ourse-cannelle.html

« Mais, malgré l'atteinte portée à une espèce protégée, celui-ci fut relaxé par le tribunal correctionnel de Pau en avril 2008. En effet, considérant que le chasseur sétait retrouvé dans la nécessité de tirer pour se protéger, ce dernier avait alors été dégagé de toute responsabilité pénale.

Mais le récent arrêt du 10 septembre 2009, rendu par la Cour dappel de Pau, a opéré un revirement de situation. Partant du constat qu'en tant que chasseur averti, [il] savait que toute battue doit nécessairement être suspendue en cas de présence dours, et qu'il navait pas su adopter le comportement adéquat lors de sa confrontation avec le plantigrade, la justice a donné raison aux associations s'étant portées partie civile. Accusé de « faute aggravée », l'homme se voit donc condamné à verser 11 000 [€] d'indemnisations aux associations, dont France Nature Environnement (FNE).»

http://www.univers-nature.com/actualite/societe-lois-politique/mort-de-l%C2%92ourse-cannelle%C2%A0-le-chasseur-condamne-en-appel-56391.html

 

2019 Le nouveau Plan Ours ne satisfait personne

 

Le 6 juin 2019, le gouvernement, lors du “nouveau plan ours”, décidait « qu'il n'y aurait pas de nouvelle réintroduction d'ours dans les Pyrénées » suite à celles de « de deux femelles slovènes en 2018 et « l'augmentation sensible des dommages sur l'ensemble de la chaîne », notamment en Ariège, [lesquels] « renouvellent les termes de l'équilibre » entre activités pastorales et présence de l'ours, estiment les ministères de la transition écologique et de l'agriculture dans une nouvelle feuille de route.

 

Le plan ours prévoit en outre deux types de mesures :

         • « un service d'alerte gratuit par sms est mis en place « dès aujourd'hui » pour être informé de la localisation des plantigrades, a précisé le préfet d'Occitanie, coordonnateur pour le pastoralisme et l'ours, après une réunion à Toulouse avec les parties prenantes. Des radio téléphones portatifs seront également financés dès 2019 pour les zones blanches à risque, dans l'attente du renforcement de la couverture par téléphone portable. »

         • « Un « dispositif d'effarouchement graduel » doit être mis en place « pour les estives qui font l'objet d'une prédation » d’ours :

un effarouchement simple (moyens sonores, lumineux, olfactifs) 

-  »puis si besoin un effarouchement renforcé (tirs non létaux réalisés par des personnes qualifiées)

 

Pour Franck Watts, du Syndicat ovin : « Le gouvernement n'a toujours pas pris la mesure du problème et de ses obligations ».»

 

« Côté défenseurs du plantigrade, la quinzaine d'associations de la Coordination Associative Pyrénées pour l'Ours (Cap Ours) ont boycotté la réunion de jeudi notamment en raison des mesures d'effarouchement. « L'Etat décide de taper sur les ours en espérant leur faire comprendre qu'il ne faut pas attaquer les troupeaux. Mais c'est illusoire », a dénoncé Alain Reynes, directeur de Pays d'ours. »

http://www.web-agri.fr/actualite-agricole/politique-syndicalisme/article/un-nouveau-plan-ours-qui-ne-satisfait-ni-les-eleveurs-ni-les-ong-1145-148802.html

 

Le 24 octobre 2019, la préfecture de région a tenté une nouvelle rencontre entre les bergers éleveurs et associations environnementales mais le dialogue paraît rompu.

 

Le 2 juillet 2020, se sont réunis  « des représentants de l’Association des chambres d’agriculture des Pyrénées, de la FDSEA, des Jeunes agriculteurs et de la Fédération nationale ovine  pour expliquer pourquoi ils refusaient de participer à ces réunions.

« le pastoralisme et la prédation sont incompatibles. L’Ariège compte entre 60 et 80 ours : les attaques sont permanentes, 1 100 brebis ont été tuées et blessées en 2019 ». 

« Dans les Pyrénées-Atlantiques, on n’oubliera jamais l’humiliation infligée aux montagnards avec la réintroduction des deux ourses. On ne veut surtout pas vivre ce que subit l’Ariège maintenant  » »

https://www.larepubliquedespyrenees.fr/2020/07/02/des-federations-d-eleveurs-boycottent-la-reunion-du-plan-ours,2713825.php

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INDEMNISATIONS des ÉLEVEURS

Arrêté du 9 juillet 2019 pris pour l'application du décret n° 2019-722 du 9 juillet 2019 relatif à l'indemnisation des dommages causés aux troupeaux domestiques par le loup, l'ours et le lynx 

(et tableau chiffré des montants d'indemnisations)

https://www.legifrance.gouv.fr/eli/arrete/2019/7/9/TREL1908566A/jo/texte

 

nouveau dispositif d’indemnisation unifié pour les dommages dus aux grands prédateurs


Communiqué du 23/07/2019


«  Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire, et Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, mettent en place un nouveau dispositif d’indemnisation unifié pour les dommages dus aux grands prédateurs.

Le nouveau dispositif comporte un barème unique pour tous les dégâts quel que soit le prédateur (loup, ours, lynx). Ce barème unique sera fixé sur le plus élevé des trois anciens dispositifs d’indemnisation. Il confie l’indemnisation de ces dommages à l’Agence de services et de paiement (ASP). Désormais, toutes les pertes directes (animaux tués lors de l’attaque), les animaux disparus et les pertes indirectes consécutives à l’attaque (perte de poids des animaux, perte de lactation liées au stress) seront indemnisées.

Ce nouveau dispositif s’inscrit par ailleurs dans le cadre juridique européen qui autorise le versement d’une indemnisation sous réserve de la mise en place de mesures préalables de protection des troupeaux. Ainsi, dans les territoires où la prédation du loup ou de l’ours est constatée depuis 2 ans au moins, les éleveurs devront avoir installé des moyens de protection (clôtures, chien de protection ou présence d’un berger) pour pouvoir être indemnisés au-delà de la troisième attaque sur les troupeaux d’ovins et de caprins au cours d’une année, sauf si le troupeau a été reconnu comme non-protégeable. » 

https://agriculture.gouv.fr/grands-predateurs-le-gouvernement-sengage-pour-une-meilleure-indemnisation

 

Conditions de l’indemnisation et montants ici : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000038746710&categorieLien=id

incluant 

(art. 2) :

"l'indemnisation des animaux disparus est fixée à 20 % du montant de l'indemnisation des animaux tués.

Après un épisode d'attaques importantes ou en fin de saison, lorsque les conditions d'exploitation ou la topographie exposent à ce risque, le préfet de département peut déroger à cette indemnisation forfaitaire des animaux disparus, sur demande du bénéficiaire, pour prendre en compte les pertes d'animaux manifestement exceptionnelles, sur la base d'éléments probants […] » 

(art. 3) :

"le montant de l'indemnisation des pertes indirectes est proportionné aux coûts directs. Il est fixé à :

- 100 € pour les troupeaux de 2 à 100 animaux ;  - 260 € pour les troupeaux de 101 à 300 animaux,
auxquels s'ajoute un montant de 0,40 € par animal, jusqu'à 1 200 bêtes lorsque le nombre de victimes constatées est inférieur ou égal à 5 pour une attaque et n'est pas plafonné lorsque le nombre de victimes constatées est supérieur à 5 pour une attaque.

(art. 4) : 

« Les soins légers réalisés par l'éleveur ou le berger sont indemnisés de manière forfaitaire à hauteur de 100 euros par an."

(art. 8) : 

« A titre transitoire et jusqu'au 31 décembre 2020, pour les dommages dus à l'ours, il est versé une prime forfaitaire de 160 euros à la personne ayant subi le dérangement et présente pendant la réalisation du constat. »

 

Mais les éleveurs de la Vallée d’Aspe contestent le nouveau montant :

« Le berger Pierre Larraillet a rendu son chèque d’indemnisation de 1 212 € au Parc national des Pyrénées à Bedous, soutenu ce mardi matin par une cinquantaine de collègues. "C’est pratiquement trois fois la valeur réelle", confirme l’éleveur. » https://www.larepubliquedespyrenees.fr/2019/10/08/bedous-le-berger-rend-son-cheque-d-indemnisation-indecent-au-parc-national-des-pyrenees-video,2611229.php

 

Fac-similé de la lettre d’indemnisation reçue par l’éleveur pour un dégât d’ours. © Repro PP

 

20190913 Dossier d'indemnisation pour un ovin mort © larepubliquedespyrenees.fr 20190913 Dossier d'indemnisation pour un ovin mort © larepubliquedespyrenees.fr

 

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Le point de vue des scientifiques

 

« Tous les ours vivant dans les Pyrénées sont descendants d’individus slovènes et plus aucun n’a de parenté avec l’ours autochtone, à l’exception de Cannellito, le fils de Cannelle [la femelle tuée accidentellement par un chasseur en 2014, ndlr]. Mais sur les 800 ours en Slovénie, on relève des patrimoines génétiques différents. Cachou présentait des gènes éloignés de la plupart des autres ours. Le risque, c’est qu’à force de consanguinité, les animaux deviennent sensibles aux mêmes pathogènes et puissent être décimés d’un coup. C’est la forte diversité génétique qui les rend résistants. »

https://www.liberation.fr/terre/2020/04/10/mort-de-cachou-dans-les-pyrenees-l-ours-rassure-l-homme_1784876

 

« Il faut dire que Cachou n'était pas n'importe quel ours. Ce mâle de 5 ans avait une importance toute particulière pour les Pyrénées : unique descendant de l'ours Balou, lâché en 2006 à Arbas (Haute-Garonne), il portait un patrimoine génétique différent du reste de la population et constituait un grand espoir pour l'avenir de l'espèce dans les Pyrénées.»

« Par Victor Fortunato

Le 12 mai 2020 à 10h55
La bataille fait rage entre les défenseurs de la cause animale et la justice catalane. La juge d'instruction de Vielha, dans le Val d'Aran, située en Catalogne espagnole, a décrété le « secret des travaux » de la justice autour de l'ours Cachou, retrouvé mort le 9 avril dernier, rapporte La République des Pyrénées.
Le rapport d'autopsie, bouclé fin avril, qui devait notamment déterminer si Cachou avait été empoisonné ou bien s'il avait été victime d'un combat avec un congénère, ne sera pas divulgué.»

https://www.leparisien.fr/faits-divers/mort-de-l-ours-cachou-la-justice-catalane-ne-veut-pas-divulguer-le-rapport-d-autopsie-12-05-2020-8315454.php

 

FR3 Régions indique que «Le Conseil général du Val d'Aran a publié cette information sur son site et son compte Twitter :

https://www.conselharan.org/era-necropsia-de-cachou-apunte-de-manera-preliminar-que-poirie-auer-estat-atacat-per-un-aute-os-e-que-queiguec-duns-40m/   abriu 14, 2020

« L’ours présente un bon état corporel et n'ont été observés ni de lésion macroscopique ni d'altération d’un organe vital. À la fin de ce processus, d'autres tests seront effectués, afin d'éliminer les causes infectieuses ou autres. Maintenant, à cause de la situation de confinement causée par le COVID-19, le laboratoire ne travaille pas à son rythme habituel et les résultats analytiques peuvent être retardés de quelques semaines.»

(traduction automatique puis libre de l'original ci-après) :

« Er os mostraue un bon estat corporau e non s’a observat cap lesion macroscopica ne organ vitau alterat. A despièch d’açò, se realizaran pròves complementàries entà descartar causes infectocontagioses o d’autes. Degut ara situacion de confinament provocada peth COVID-19, es laboratòris non trabalhen ath ritme abituau e es resultats des analitiques pòden endarrerir-se quauques setmanes. »

Pourtant, la photo ci-dessous semble bien démentir le texte précédent !

 

necròpsia de Cachou © conselharan.org necròpsia de Cachou © conselharan.org

NB : ne nécropsie est une autopsie pour un animal.

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Quatre éléments complémentaires d’importance :

 

1️⃣ « Dans un rapport publié le mardi 14 avril, le Conseil général du Val d'Aran souligne que "l'autopsie a permis de constater la présence de blessures perforantes avec hémorragies sur la partie gauche du crâne". Repris par le quotidien local Heraldo de Aragon, le rapport préliminaire d'autopsie précise également que l'ours Cachou "présentait un état corporel normal, qu'aucune lésion microscopique n'a été observée et aucun organe vital altéré».»

 

2️⃣ « Un ours pesant plus de 200 kilos et chutant dans un dénivelé de 40 mètres aurait dû subir, à coup sûr, de nombreuses fractures aux extrémités, ce qui n'est pas le cas lorsqu'on observe le bon état de la dépouille de Cachou sur les photos - Ipcena-EdC, Seo Birdlife Catalunya, FAPAS et la Federació Ecologistes de Catalunya »

 

3️⃣a) « Dans une interview accordée à Catalunya radio, Joan Vázquez, le porte-parole de l'association Ipcena, met l'accent sur l'expression de la gueule de l'ours Cachou lorsqu'il a été retrouvé mort : "j'ai parlé à des vétérinaires et des biologistes qui m'ont affirmé que cette sorte de sourire sardonique que l'on note sur Cachou est significatif des animaux morts par empoisonnement. Les muscles se crispent, se rétractent vers le haut et laissent apparaître les incisives ».»

 

3️⃣b) « "Des analyses toxicologiques complètes" c'est également ce que demandent les associations pro-ours. Pour Gérard Caussimont, le président du FIEP (Fonds d'intervention éco-pastoral), "il n'est pas impossible que Cachou ait déroché après une altercation avec un autre ours, mais pour dissiper tous les doutes il faut de la part du gouvernement catalan une transparence totale ». 

Des deux côtés des Pyrénées, les associations environnementales s'accordent à dire que la question essentielle est celle du fongicide utilisé, par le gouvernement catalan,  sur les carcasses d'animaux pour détourner les plantigrades de la viande. Ce fongicide utilisé comme répulsif-vomitif serait également susceptible d'empoisonner la faune sauvage. »

 

https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/pyrenees-atlantiques/bearn/pyrenees-gros-doutes-premieres-hypotheses-mort-ours-cachou-1816618.html

Au 14 mai, si « une autopsie de l'ours Cachou, 5 ans, retrouvé mort début avril dans le Val d'Aran dans les Pyrénées espagnoles. a été réalisée, le juge catalan en charge du dossier refus[ait] pour l'instant de rendre publiques les conclusions de cet examen. Un secret sur lequel s'interrogent les associations de défense de l'ours.»

https://www.ladepeche.fr/2020/05/14/mort-de-lours-cachou-les-resultats-de-son-autopsie-gardes-secrets,8887302.php

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La radicalité de certains mène à un contentieux durable

« Le cadavre d'un ours tué par balles a été découvert en Ariège ce mardi 9 juin. La ministre de la transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne, annonce que l'Etat va porter plainte. Les associations pro-ours demandent le remplacement de l'animal tué.»

L'association Pays de l'Ours annonce le 25 juin que 20 associations déposent plainte et exigent le remplacement immédiat [par l'État de l'ours abattu]

«Le 9 juin 2020, un ours a été retrouvé tué par balles. Il s'agit de la destruction illégale d'une espèce protégée, acte passible de 3 ans de prison et 150 000 € d’amende. En cas de destruction « en bande organisée »(*), la sanction peut aller jusqu’à 7 ans d’emprisonnement et 750 000 € d’amende.

(*) Constitue une bande organisée au sens de la loi « tout groupement formé ou toute entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d’une ou de plusieurs infractions. » (art. 132-71 du code pénal)

Les 20 associations déposant plainte : Altaïr Nature, Animal Cross, ASPAS, Association Charles Flahault,  Comité Ecologie Ariégeois (CEA), FERUS (Groupe Loup France/ARTUS), FIEP Groupe Ours Pyrénées,  France Nature Environnement (FNE), France Nature Environnement Hautes Pyrénées (FNE 65), France Nature Environnement Midi- Pyrénées (FNE Midi-Pyrénées), Humanité et Biodiversité, Ligue de Protection des Oiseaux (LPO), Mountain Wilderness, Nature En Occitanie, Pays de l'Ours - Adet(Association pour le Développement Durable des Pyrénées), Société d’Etude de Protection et d’Aménagement de la Nature dans le Sud Ouest – Pyrénées-Atlantiques (SEPANSO 64), Société Française pour l’Etude et la Protection des Mammifères (SFEPM), Société Herpétologique de France, Société nationale de protection de la Nature (SNPN), WWF France. »

Sur un autre site, c'est une lettre ouverte au Président de la République qui est publiée le 19 juin (extrait) :

« 21 associations, dont France Nature Environnement, la Fondation Nicolas Hulot ou encore WWF, ont écrit une lettre ouverte au président Emmanuel Macron. Elles y dénoncent "un double langage" et estiment que "l'application du Plan ours 2018-2028 n'est pas incompatible avec le soutien de l'Etat à un pastoralisme extensif".

"Monsieur le Président de la République,

En multipliant les déclarations en faveur de la biodiversité tout en continuant de déconsidérer la faune sauvage et ceux qui se battent pour la préserver, votre stratégie du "en même temps" vient de montrer ses limites.

Le 9 juin, un ours a été retrouvé mort dans l'Ariège, abattu par arme à feu. Cet acte imbécile et stérile s'inscrit dans un contexte d'impunité que nous dénonçons depuis des années. Il n'est pas admissible dans un État de droit que quelques uns cherchent à imposer par la violence et la menace un point de vue qu'ils n'ont pas réussi à faire valoir par des voies démocratiques et légales. Vous savez pourtant comme nous qu'avec une population estimée à une cinquantaine d'individus dans toutes les Pyrénées, la viabilité de ce plantigrade emblématique de notre patrimoine naturel n'est en rien garantie aujourd'hui*. Chaque vie compte! »

La photo de l'ours tué par balle dans l'Ariège, tweetée par Elisabeth Borne © francebleu.fr La photo de l'ours tué par balle dans l'Ariège, tweetée par Elisabeth Borne © francebleu.fr

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La position de la Commission Européenne

 

Le 13 décembre 2012, La Commission européenne a envoyé à la France une lettre de mise en demeure pour avoir manqué à ses obligations de protection de l'ours brun dans les Pyrénées (sud-ouest), ont annoncé jeudi les associations de défense du plantigrade dans un communiqué, dont les associations Ferus, qui ont déposé plainte auprès de la Commission européenne pour non conservation de l'ours.


Il s'agit de la première étape d'une procédure qui pourrait aller jusqu'à la saisine de la Cour de justice de l'Union européenne, selon les associations Ferus, FIEP Groupe Ours Pyrénées, Pays de l'Ours-Adet et Sepanso Pyrénées-Atlantiques. D'après elles, ces obligations sont contenues dans la directive européenne dite Habitats Faune Flore.

Les ours, qui écumaient autrefois le massif pyrénéen en grand nombre, n'y [étaient fin 2012] plus qu'une vingtaine. Huit ours slovènes ont été introduits dans les Pyrénées depuis 1996. Mais la France n'a plus de plan de restauration depuis celui qui a pris fin en 2009.

https://www.20minutes.fr/planete/1063851-20121213-ours-pyrenees-mise-demeure-commission-europeenne-a-france

 

Le 25 janvier 2016, le Commissaire Européen en charge de l’Environnement a écrit aux autorités françaises afin « qu’elles clarifient leur position quant au calendrier d’adoption d’un volet ours de la stratégie pyrénéenne de valorisation de la biodiversité (SPVB) » et qu’elles fournissent « les éléments de fond sur les mesures concrètes » qu’elles envisagent d’adopter.

https://www.ferus.fr/actualite/ours-pyrenees-la-commission-europeenne-remet-la-pression

 

Quelle sera la position de la Commission après la décision de stopper le Plan Ours dès la 1e année alors qu’il doit se poursuivre jusqu’en 2028 ?

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Conclusion du Plan Ours 2018-2028

 

« La préservation durable de l’ours repose sur une mobilisation collective. 

Sa réussite sera à porter au crédit des populations et des responsables pyrénéens, 

démontrant leur capacité à prendre en compte la biodiversité dans son ensemble, 

sans choisir entre des espèces souhaitables et des espèces indésirables parmi la faune et la flore pyrénéennes.» 

          Nicolas Hulot

 

Alors que la chute effarante de la biodiversité préoccupe de plus en plus les citoyen·ne·s, le manque de transparence sur les conditions de la mort de Cachou, les résultats de l'enquête en cours à propos de l'autre ours abattu dans l'Ariège et le renforcement de points de vue incompatibles, font que la manifestation en faveur de l’ours organisée demain à Toulouse apportera sans nul doute des éléments probants quant à la sensibilité de la population pyrénéenne sur le sujet.

Sans nul doute non plus, une inspiration apaisante pourrait venir de nos voisins du sud, dans la Cordillière Cantabrique, qui ont su s’adapter à sa présence et en tirer un argument touristique durable :

 

« Las ONG llevan años realizando propuestas concretas para el mantenimiento de la ganadería extensiva en compatibilidad con la presencia de oso y lobo, susceptibles de recibir financiación de la UE: fomento de agrupación y vigilancia de rebaños (mastines), ayuda a la contratación de pastores, mejora de las instalaciones en puertos de verano (mangas, bebederos, techados, cabañas) y indemnizaciones justas y rápidas.»

[traductions libres]

"Depuis des années, les ONG font des propositions concrètes pour le maintien de l'élevage extensif en compatibilité avec la présence d'ours et de loups, susceptibles d'être financés par l'UE: promotion du regroupement et de la surveillance des troupeaux (animaux de compagnie), aide au recrutement des éleveurs, amélioration des installations dans les estives (aménagements de tri (?), abreuvoirs, abris, cabanes) et indemnisations équitables et rapides."

 

« Para ello, es necesaria una voluntad por parte de los gobiernos autonómicos y de las organizaciones agrarias para trabajar conjuntamente, con una actitud responsable y constructiva para resolver problemas concretos del ganadero sin utilizar al oso como moneda de cambio.»

“Pour ce faire, il faut une volonté des gouvernements autonomes et des organisations agricoles de travailler ensemble, avec une attitude responsable et constructive pour résoudre les problèmes concrets de l'éleveur sans utiliser l'ours comme monnaie d’échange.”

 

« La pesada y burocratizada Administración urbana aragonesa, en muchos casos lenta e ineficiente en la resolución de conflictos, debería empatizar con la realidad rural arbitrando mecanismos eficientes, impulsando medidas y acciones para la convivencia y así reducir los incidentes, ya sea con fauna silvestre u otros usos (turísticos), además de cumplir la legalidad en materia de conservación de especies amenazadas que debemos cumplir todos los ciudadanos europeos, incluyendo a los gobiernos que democráticamente hemos elegido. »

«L'administration urbaine aragonaise lourde et bureaucratique, souvent lente et inefficace dans la résolution des conflits, devrait s'adapter à la réalité rurale en instaurant des mécanismes efficaces, en encourageant des mesures et des actions de cohabitation, afin de réduire les incidents, qu'ils soient liés à la faune sauvage ou à d'autres usages (touristiques), et en respectant la légalité de la conservation des espèces menacées que doivent respecter tous les citoyens européens, y compris les gouvernements que nous avons démocratiquement élus. "» https://simientedisidente.com/ganaderia-y-oso-convivir-es-posible/

 

Et pour ouvrir la réflexion, je reprendrai la conclusion du rapport de Stéphane Carbonnaux de 2008 pour l'association FERUS, qui écrit en l'espèce :

IX Pour des ours sans puce ni collier électroniques p 143      [et l'on pourrait y ajouter, douze ans après, le traçage par les portables]

Dans notre société de plus en plus normalisée, l’animal sauvage doit être fermement défendu pour la liberté qu’il incarne. N’oublions pas que les animaux sont des bancs d’essai de futurs traitements pour les hommes…

https://www.yumpu.com/fr/document/view/40330222/rapport-historique-et-prospectif-sur-la-protection-de-lours-dans-les-

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