BONNEAU Alain
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En Bigorre

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Billet de blog 7 avr. 2020

Absence d’attestation: encore une garde à vue pour… (Témoignage)

Le témoignage que nous publions ci-dessous, est certes un cas particulier. Un fait divers qui illustre, parmi d’autres, les dérives d’un traitement policier et autoritaire, sans presque aucune limite de la politique de confinement.

BONNEAU Alain
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Le témoignage que nous publions ci-dessous, est certes un cas particulier. Un fait divers qui illustre, parmi d’autres, les dérives d’un traitement policier et autoritaire, sans presque aucune limite de la politique de confinement. « À cause du confinement, nos organisations ne peuvent plus jouer leur rôle d’observateur ni vérifier si les contrôles sont proportionnés ou justifiés », rappelle Pierre-Antoine Cazau de la LDH de Bordeaux (Gironde) à Gaspard d’Allens1.

La privation de liberté, l’abus policier plus encore, sont sources de mal-être, de maltraitance, de souffrances élargies, comme en témoigne Luc Fabre. Comme bien d’autres…

Mais pourquoi au fond ? Parce que le confinement n’a pas été respecté ? Non, mais parce qu’il est “sans papier”. Être dehors devant chez soi brise le confinement ? Est-ce mettre en danger autrui ? Marcher seul·e de nuit, ou dans la campagne, courir dans des espaces peu parcourus plutôt que dans les rues d’une grande ville où il y a quand même toujours un peu de passant·e·s, est-ce le signe d’une irresponsabilité citoyenne ? Et comment comprendre que la promenade du Vallon de Salut à Bagnères-de-Bigorre, parc thermal qui fait le pont entre la campagne et la ville, est interdite alors que la route qui la surplombe de 20 m, est autorisée ? Sur la route est-on moins agent pathogène et plus citoyen que sur la promenade en-dessous ?

Inutile de relever les aberrations, les absurdités des situations qu’entraîne ce texte liberticide, ce texte qui crée une infraction et un délit sans fondement de sécurité sanitaire. Avoir ou pas l’attestation n’apporte rien au confinement ; c’est juste, comme on commence enfin à le lire, à l’entendre de plus en plus, une mesure de contrôle des personnes, partout, tout le temps… Avec la possibilité de la télécharger, nous sommes dans la description par anticipation que Deleuze donnait en 1990 des sociétés de contrôle : « Ce qui compte ce n’est pas la barrière, mais l’ordinateur qui repère la position de chacun, licite ou illicite, et opère une modulation universelle. »2

Suite à l’appel qui a été lancé à désobéir, nous avons eu des demandes de personnes qui veulent faire des actions semblables pour leurs territoires quotidiens, comme ici en Lorraine 3, des témoignages de personnes qui ont été verbalisé·e·s, qui ont été victimes de l’absurdité réglementaire, et aussi comme Daniel Fabre de violences. Il faut accompagner toutes ces personnes, ce n’est pas depuis En Bigorre que nous pourrons le faire… mais nous pouvons relayer, mettre en lien des désobéissant·e·s présent·e·s et à venir, verbalisé·e·s et avocat·e·s. N’hésitez pas à nous contacter (coronattestationrenaud@gmail.com / 07 66 75 36 24).

Mais auparavant, je vous invite à lire le témoignage de Luc Fabre, sur l’absurdité voulue par le gouvernement, avec les dérives qu’elle implique….

Le témoignage de Luc Fabre de Montussan (33)

 Bonjour.

Je me nomme Fabre Luc, j'ai 45 ans et je suis papa de 2 filles de 9 et 12 ans.

Ce mardi 31 mars à 21h10, je suis sorti de chez moi pour fumer une cigarette hors de mon appartement afin de ne pas faire subir a mes filles avec lesquelles je vis seul , les affres du tabac.

J'habite Montussan , un village entre Bordeaux et Libourne ; à 21h les rues sont quasi désertes et je m'autorise une sortie pour fumer une cigarette et me rendre devant l'église pour prier (pas plus de 300 m de chez moi) .

Ce mardi soir alors que je fumais ma cigarette les gendarmes s arrêtent à ma hauteur.

Ils me demandent mon attestation : je ne l'ai pas. Mes papiers, je ne les ai pas. La discussion est aimable de ma part bien que les 2 gendarmes semblent, eux, plutôt agités. J’ai le sourire et leur explique mon adresse, pourquoi je suis sorti fumer à l'extérieur de chez moi.

Ils insistent sur l'attestation et me disent qu'ils veulent procéder à un contrôle d’identité.

Je leur explique que mes deux enfants sont seuls à la maison donc qu'il faut faire vite mais que ça ne me pose aucun souci.

A leur invitation, je monte donc dans leur véhicule Renault Kangoo, ils m'indiquent que je dois m'asseoir dans le fond, là ; debout entre les sièges, je cherche du regard le siège, je n'ai pas le temps de chercher longtemps, un gendarme présent dans la voiture à côté me pousse en disant "Là" !

Mes pieds entravés par la bosse au sol font que je chute sur le côté droit, mon épaule heurte la portière, tandis que ma tête suivant le mouvement tape dans la vitre qui se descelle et tombe au sol.

Le gendarme à l'intérieur va donc m'accuser d'avoir délibérément mis un coup de tête dans la vitre (alors que la situation est calme, que je ne suis pas menotté, qu'il n'y a eut aucun haussement de voix, ni tension).

Les gendarmes vont donc ici me menotter, me maintenir écrasé et me signifier une mise en garde à vue pour dégradation de bien d'utilité publique.

Arrivé à la gendarmerie, 15 kilomètres plus loin, ils vont procéder à une vérification d'identité, contrôle d'alcoolémie, stupéfiant, convaincus de leur propre aveu de trouver "quelque chose"...

Ils feront chou blanc puisque je suis juste un père de famille en instance de divorce, seul avec ses 2 filles depuis que la maman est partie vivre en Corse du sud, salarié chauffeur de bus pour la ville de Bordeaux, non consommateur d'alcool, ni de cannabis, avec un casier judiciaire vierge.

Je me vois donc enfermé en geôle insalubre, accusé à tort de dégradations volontaires.

Les gendarmes vont fouiller mon téléphone pour obtenir le numéro de mon ex-femme, la contacter. Elle indiquera une personne de sa connaissance avec laquelle ils vont se rendre à mon domicile, prendre mes enfants et les envoyer chez cette femme qui m'est inconnue (nous sommes , je le rappelle en plein confinement).

Le lendemain matin je vais être auditionné, et ferai le récit de la veille.

Ce récit est conforme en tout point avec les gendarmes qui m'ont arrêté à la seule différence de la question de la vitre que j 'ai pour eux, sans aucune raison, détériorée à l'aide d'un coup de tête (alors qu'il n'y a aucune tension, alors que j'ai les mains libres, et que je suis calme, détendu, poli voire souriant).

Ma tête par ailleurs n'a aucune sorte de bleu, de bosse : le choc fut mineur et le fait que la vitre se soit descellée reste étrange quand on sait la force qu'il faut pour briser une vitre de voiture.

Après cette audition les gendarmes vont, sous couvert d'un dialogue avec le procureur, faire pression sur moi en m'indiquant que pour sortir et retrouver ma famille il me faut accepter de rembourser la vitre sinon je reste en garde à vue.

Ils me présenteront nombre de papiers à signer, après la nuit blanche passée je signerai les 20 feuillets qui me sont présentés sans même les regarder afin de retrouver mes enfants traumatisés par l'expérience et les propos des personnes (gendarmes, mère, dame les ayant accueillis).

C'est ainsi qu'à 11h du matin le 01/04/20 je vais être libéré et me retrouver seul dehors, crasseux, et à 15 kilomètres de mon village sans moyen de locomotion pour rentrer chez moi, tout ça pour être sorti fumer une cigarette hors de chez moi et ne pas vouloir enfumer mes enfants.

Je ne sais quoi faire, j'ai la sensation d'avoir été broyé par un système où l'humain n'a plus sa place, où la réflexion, l'intelligence n'ont plus cours. Où, quoi qu'il arrive, vous avez tort, vous n'avez aucun droit, aucun recours, aucune dignité, vous n'êtes rien et vous êtes à la merci de n'importe quel "chefaillon", c'est à vous de vous expliquer, même l'inexplicable, quoi qu'il arrive.

Luc Fabre né le 16 avril 1974

Les faits se sont déroulés sur la commune de Montussan (Gironde)

Garde à vue à la gendarmerie de Carbon-Blanc

Montussan le 02/04/20

1https://reporterre.net/Au-nom-du-coronavirus-l-Etat-met-en-place-la-societe-de-controle?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

2Gilles Deleuze « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle », in Pourparlers, 1990, Éditions de Minuit, , p.246. Le texte avait été publié auparavant dans L’autre Journal n°1 de mai 1990.

http://www.enpassantparmalorraine.fr/?p=2306

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