Plus de 27000 manifestants soutiennent l'Ours des Pyrénées ce 4 juillet

La manifestation devant la préfecture de Toulouse fait suite à la mort par balles de deux ours dans les Pyrénées depuis le début de l’année, en Catalogne puis en Ariège. Elle a réuni sur place environ 200 personnes et en ligne, durant le délai concomitant de deux heures fixé par les associations, plus de 27000 (chiffre constaté par huissier).

0- Les manifestant·e·s sur la place de la Préfecture de Toulouse © AB 0- Les manifestant·e·s sur la place de la Préfecture de Toulouse © AB

Cette première manif ubiquitaire en temps réel 1 organisée par de nombreuses associations environnementales — chacun·e étant mobilisé·e en simultané devant son ordi — a démontré la forte sensibilisation des Français·es à la cause de l’ours dans les Pyrénées et leur volonté de s’impliquer, même sur un temps extrêmement limité de deux heures. Constaté par un huissier choisi intentionnellement hors de la région, le nombre impressionnant de 28 735 signataires.

FERUS © AB FERUS © AB
ASPAS © AB ASPAS © AB
FIEP © AB FIEP © AB
Pyrénées, Pays de l'Ours © AB Pyrénées, Pays de l'Ours © AB

Le dossier complet comprenant cette liste, son comptage attesté et le rapport des associations a été transmis au Gouvernement français qui doit maintenant, selon l’engagement écrit de l’État dans le Plan Ours 2018-2028, annoncer sa décision de “remplacer” l’ours victime de l’action humaine en juin dernier.

L’État avait par ailleurs annoncé, par la voix de la ministre de la transition écologique, qu’il allait porter plainte, ce qui est également le choix de l’association Pays de l’Ours.

« Le procureur de la République de Foix a précisé que l’enquête avait été ouverte pour “destruction non autorisée d’une espèce protégée”, une infraction passible de trois ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende. »

discours du Président de la FNE Midi-Pyrénées © AB discours du Président de la FNE Midi-Pyrénées © AB

Sur place, à Toulouse, le président de la FNE Midi-Pyrénées, Thierry De Noblens, a réclamé des mesures efficaces pour éviter d’autres destructions. Il a invité les élus locaux à ne pas cautionner, par leurs propos, des actes délictueux.

On me tue. On les laisse faire ? © AB On me tue. On les laisse faire ? © AB

Les associations présentes exigent le “remplacement”, c’est-à-dire la réintroduction immédiate d’un autre ours, afin de ne pas donner raison aux braconniers.

La FNE déconseille vivement les effarouchements en cours en France, inutiles et dangereux pour les ours.

Elle critique « la démagogie des indemnisations laxistes sans véritable preuve de la responsabilité de l’ours. »

« Une politique enfin claire et ferme de restauration de la population d’ours est indispensable, comme l’imposent les lois européennes et nationales. »

M. De Noblens a invité chacune et chacun « à un rassemblement pacifique, en conservant une attitude et des propos respectueux. »

des propos respectueux © AB des propos respectueux © AB

Gérard Caussimont 2, président du Fonds d’Intervention Écopastoral, a dénoncé la mortalité de l’ours par cause humaine.

Le tir à l'Ours continue ! © AB Le tir à l'Ours continue ! © AB

Mais, « dans la mesure où il n’est pas certain que l’enquête aboutisse — d’autres, avant celle-ci n’ont pas abouti et la liste est longue des exactions, voire des délits commis par des opposants à l’ours pour lesquels personne n’a comparu devant un tribunal comme ce serait normal — il est fondamental de remplacer cet animal comme l’État s’y est engagé 3 sous la présidence actuelle avec le Plan Ours 2018-2028 qui est toujours en cours. Si l’État ne respecte pas sa parole, le Plan Ours est mort.

Et il est à rappeler que c’est ce plan qui a permis de lever les contentieux avec la Commission Européenne. »

L'État doit remplacer les ours braconnés © AB L'État doit remplacer les ours braconnés © AB

Ce Plan Ours détaille en effet l’histoire fragile de l’espèce :

« Avec un effectif estimé de 150 ours au début du XX° siècle, la population a été en baisse constante jusqu’à ne plus représenter qu’un noyau résiduel de 5 individus, localisé en Béarn, en 1995.

Une opération de réintroduction de trois individus en Pyrénées Centrales en 1996 et 1997, puis le renforcement de ce nouveau noyau par 5 individus en 2006, ont permis d’établir à ce jour [2016] une population d’une quarantaine d’individus (voir Les résultats du suivi), population qui croît lentement mais naturellement depuis 2006. Cette population reste cependant l’une des plus menacées d’Europe du fait de son isolement.

Le suivi technique et scientifique de la population a été confié à l’office national de la chasse et de la faune sauvage, qui s’appuie sur des partenaires tels que les fédérations des chasseurs, le parc national des Pyrénées, l’office national des forêts, des éleveurs, des bergers, des associations… »

Accessible en ligne, le document contractuel de 84 pages introduit la philosophie générale ainsi :

«  Cet engagement de reconquête d’une biodiversité emblématique et remarquable des Pyrénées s’inscrit dans une politique européenne environnementale, qui s’attache aussi à prendre en compte les enjeux économiques et de développement de ce territoire de montagne.

L’État a depuis toujours soutenu l’agriculture de montagne et en particulier les acteurs du pastoralisme notamment par la mise en place dès 2006 d’un plan de soutien à l’économie de montagne complété par des aides spécifiques en faveur de la protection des troupeaux contre la prédation.

Pour autant des solutions partagées restent à inventer pour améliorer les systèmes déjà en place avec l’ensemble des pyrénéens (éleveurs, chasseurs, randonneurs, amoureux de la montagne...).

L'Ours à Toulouse © AB L'Ours à Toulouse © AB

Aujourd’hui, cet accompagnement doit nécessairement continuer d’évoluer, de manière concertée, pour permettre à la fois l’installation durable et la consolidation de cette population d’ours et garantir l’avenir du pastoralisme pyrénéen. »

Stop les beaux discOURS © AB Stop les beaux discOURS © AB

Le document est la dernière mise en œuvre en date d’une volonté issue du Parlement européen, qui « par sa résolution du 17.02.1989 (A2-339/88, ABL C 69/201, 20.3.1989), invite la Commission européenne à favoriser l’émergence de programmes pour la protection de l’Ours brun en Europe et à soutenir les programmes existants. Les actions de protection doivent être accompagnées de mesures en faveur du développement socio-économique. En particulier, les dommages causés par l’ours doivent être indemnisés. 4 »

Ma vie compte aussi ! © AB Ma vie compte aussi ! © AB

L'Ours est l'âme de la montagne © AB L'Ours est l'âme de la montagne © AB

Les Pyrénées avec l'Ours © AB Les Pyrénées avec l'Ours © AB

La Commission européenne,par lettre en date du 21 novembre 2012 a mis en demeure les autorités françaises de fournir des réponses à certains griefs relatifs aux actions de conservation de l’Ours brun dans les Pyrénées, que la Commission considér[ait] comme non conformes aux obligations découlant de la directive 92/43 « habitats, faune et flore ». Les autorités françaises ont à plusieurs reprises fourni des éléments d’explication et divers documents à ce sujet, la dernière information en date faisant état du processus de rédaction du présent plan d’actions Ours brun.5»

Poussant plus avant la réflexion sur l’intelligence, la sensibilité et l’attachement familial de l’ours, mais plus généralement des mammifères, l’association L214 était présente pour dénoncer une forme proche de violence, due à la place irrationnelle que l’humain s’octroie.

L'association L214 étend le propos au respect de l'animal © AB L'association L214 étend le propos au respect de l'animal © AB

L'association L214 rappelle ainsi que l'animal est un être sensible qui a des liens familiaux puissants © AB L'association L214 rappelle ainsi que l'animal est un être sensible qui a des liens familiaux puissants © AB

Mais si des incompréhensions tenaces et de forts litiges persistent chez certains adultes à propos de cet exemple concret de chute de la biodiversité, une nouvelle génération est prête à relever le défi, même après celle de Greta Thunberg.

Empreinte d'ours | ONCFS - Plan d'action ours brun 2018-2028 © ONCFS Empreinte d'ours | ONCFS - Plan d'action ours brun 2018-2028 © ONCFS

Victor invite à prendre soin des ours © AB Victor invite à prendre soin des ours © AB

La vérité sort peut-être de la bouche des enfants, mais en tout cas, il y a une vraie urgence à agir individuellement, collectivement et sociétalement : l’après est déjà là, tout proche de nous dans les Pyrénées.

Pauline est l'amie des ours © AB Pauline est l'amie des ours © AB

Et pour accompagner l’amitié de Pauline et Victor pour « nos amis », je partage avec vous ces quelques clichés magiques que nous offre avec talent Djo Djokkos, photographe naturaliste que j’ai croisé à cette manif riche d’énergies et de pensées progressistes.

Triptyque ourson_ | Djo Djokkos © Djo Djokkos Triptyque ourson_ | Djo Djokkos © Djo Djokkos

Jeux d'ourson | Djo Djokkos © Djo Djokkos Jeux d'ourson | Djo Djokkos © Djo Djokkos

maman ours perfect ligth | Djo Djokkos © Djo Djokkos maman ours perfect ligth | Djo Djokkos © Djo Djokkos

little cub | Djo Djokkos © Djo Djokkos little cub | Djo Djokkos © Djo Djokkos

 

Notes

1https://www.mesopinions.com/petition/animaux/telemanif-samedi-4-juillet-2020-9h/95068

2https://www.glenat.com/auteurs/gerard-caussimont « Spécialiste de l’ours brun pyrénéen, le naturaliste Gérard Caussimont est l’un des initiateurs du suivi de ses populations, en France comme en Espagne, et l’auteur d’articles et de communications sur cette espèce. Il est par ailleurs président du Fonds d’intervention écopastoral groupe ours Pyrénées. »

3page 19 du Plan d’Action Ours Brun 2018-2028 :

« La réussite de la dynamique de population par croît interne suppose donc l’application d’un principe complémentaire. Ce deuxième principe prévoit le remplacement de tout ours qui aurait disparu prématurément du fait de l’homme. »

4pages 58 et 59 sur 84.

5page 59

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