Interviews des candidats / élus à propos du 2e salon 4x4 & SUV à Bagnères-de-Bigorre

À l'approche des élections municipales, En Bigorre s'est rapprochée des élu·e·s et des candidat·e·s à la mairie de Bagnères pour écouter et interroger leurs positionnements à propos de ce … « prochain ? » salon du 4x4 que les organisateurs espèrent pour l'automne. La grande majorité d'entre eux·elles a répondu. En voici les questions et le contexte, tout d'abord.

Interviews des candidats/ élus à propos du 2e salon 4x4 & SUV à Bagnères-de-Bigorre

1- D’un point de vue général, comment envisagez-vous la tenue de ce 2e salon pro 4x4 et SUV prévu les 19 et 20 septembre prochains ?

2- L’aspect économique local est-il important pour vous, en tant que maire/candidat à la mairie, dans l’organisation de ce salon ? comment le comprenez-vous ?

3- Le 26 mai, le gouvernement a décidé de soutenir l’industrie automobile à hauteur de plus de 8 milliards d’euros, indistinctement, sous l’effet conjugué de la baisse des ventes de véhicules neufs ces trois derniers mois 1 mais surtout de l’imprévision du Groupe Nissan-Renault qui a induit une surcapacité de production irrationnelle. 2 Notons que ce soutien inconditionnel de l’État oublie ses engagements lors de la COP 21.

Cependant, depuis le 24 décembre 2019, la loi d'orientation des mobilités 3 prévoit

« le développement de l'usage des mobilités les moins polluantes et des mobilités partagées au quotidien, afin de renforcer la dynamique de développement des transports en commun, les solutions de mobilité quotidienne alternatives à la voiture individuelle et les mobilités actives au bénéfice de l'environnement, de la santé, de la sécurité et de la compétitivité.»

Dans ce contexte contradictoire, quelle direction votre décision peut-elle prendre ?

4- Dans une petite région comme la Bigorre, la qualité de l’air est prisée depuis très longtemps : encore dans les années 1960-70, des enfants fragilisés par des difficultés respiratoires y étaient envoyés, tout comme cela avait déjà été le cas une cinquantaine d’années auparavant, après la guerre de 1914-18, pour les soldats victimes de l'ypérite.

Comment envisagez-vous l’articulation de cette richesse patrimoniale de l’air de la montagne, boisée, avec le développement d’un “tourisme motorisé durable” ?

L’apposition du logo de la ville sur l’affiche du salon pourrait en effet être considérée ainsi. 4

5- Concernant le tourisme, également, la Bigorre est très attractive : les loisirs pédestres, cyclistes, aquatiques, équestres, hivernaux, attirent les vacanciers du Grand Sud-Ouest et de l’Espagne du nord, et de plus en plus de l’Italie, l’Allemagne ou la Grande Bretagne.

Comment imaginez-vous la cohabitation entre des personnes soucieuses du calme, de la relation à l’environnement naturel et celles qui privilégient l’accès motorisé aux chemins ?

6- Ici, la montagne est, pour les locaux, une ressource : la forêt, le pastoralisme sont des activités séculaires, bien vivantes et renouvelées. Du fait de l’érosion des pluies, des fontes de neige importantes et assez brèves, de quelques semaines, les investissements du département et des communes constituent un budget conséquent, actualisé chaque année.

Comment les loisirs motorisés, qui par leur passage répété creusent des ornières, fragilisent les écosystèmes déjà soumis aux exigences du réchauffement climatique, peuvent-ils s’inscrire selon vous dans le développement durable des vallées ?

7- Un exemple plus ancien nous vient de Haute-Savoie, où « la pollution de la vallée de l’Arve (et Pays du Mont Blanc) est telle qu’elle a justifié la mise en place d’un Plan de protection de l’atmosphère (PPA) dès 2010.» 5

En Nord-Pas-de-Calais / Picardie, cela fait déjà 14 ans que les promeneurs et les défenseurs de l’environnement identifient les causes et s’opposent, le jeudi 6 avril 2006, au « premier salon européen des loisirs verts et du 4X4, où un circuit est organisé en forêt de Chantilly et d'Ermenonville ». 6

Et en Suisse, le Grand Conseil de la République et canton de Genève proposait, dès le 7 octobre 2002 une « motion concernant les véhicules tout-terrain 4x4 en milieu urbain :

protégeons les piétons, les cyclistes et les automobilistes !” » 7

À l’heure du réchauffement climatique, cette accidentologie attestée et une pollution aggravée se conjuguent à un changement économique majeur. Comment pensez-vous que la Bigorre pourrait tirer un enseignement de ces exemples historiques et scientifiques ?

8- En résumé, votre action politique en faveur du développement de notre région, qui souhaite selon la CCHB dont votre commune est partie, se rapprocher du label “Esprit du Parc Naturel” (des Pyrénées) 8, vous paraît-elle conciliable avec des formes d’évolution du vécu de la montagne, simultanément soumise à des conditions de survie et d’adaptation de plus en plus difficiles des espèces ?

9- En conclusion et pour élargir la discussion, je me permets de rouvrir le rapport sénatorial du 19 février 2014, intitulé :

Patrimoine naturel de la montagne : concilier protection et développement. 9

« La diversification des activités ne peut résulter que des stratégies autonomes des acteurs du tourisme en montagne. Mais une condition du développement des activités de pleine nature reste, en premier lieu, le respect de la tranquillité de la montagne.

Cet objectif mérite d'être atteint en ayant d'abord recours au cadre existant et en faisant pleinement appliquer la législation actuelle contre le bruit et limitant les activités motorisées.

Il pourrait ensuite être intéressant de développer, d'abord sur le mode de l'expérimentation, des « zones de tranquillité » en montagne.

La Convention Alpine 10, que la France a signée en 1991 avec sept autres pays de l'arc alpin (l'Allemagne, l'Autriche, l'Italie, le Liechtenstein, Monaco, la Slovénie et la Suisse) plus l'Union Européenne, pour un développement équilibré de l'ensemble du massif alpin prévoit ainsi l'instauration de telles zones.

Aux termes de l'article 10 du protocole d'application de cette convention, dans le domaine du tourisme (protocole « tourisme ») : « Les Parties contractantes s'engagent, conformément à leurs réglementations et d'après des critères écologiques, à délimiter des zones de tranquillité où l'on renonce aux aménagements touristiques.»

Pensez-vous que votre initiative, concertée avec le député Jean-Bernard Sempastous – qui avait signé l’an passé la pétition contre le premier salon du 4x4 organisé à Bagnères-de-Bigorre – mais aussi avec les députées Jeanine Dubié et au niveau européen Marie-Pierre Vieu, pourrait déboucher sur une actualisation de cette Convention adaptée aux conditions pyrénéennes actuelles  ?

* * * *

Notes de bas de texte

1« le nombre de voitures neuves vendues depuis le début du confinement en France aurait chuté de 93 % selon Autoviza, Autoviza, leader français du rapport historique de véhicules.» https://www.assurland.com/assurance-blog/assurance-auto-actualite/coronavirus-le-marche-auto-francais-chute-de-93_135274.html

« En avril 2020, le marché français des voitures particulières neuves est en baisse de 88,8% par rapport à avril 2019.»

https://ccfa.fr/wp-content/uploads/2020/05/cp-05-2020.pdf

« Le marché automobile français a encore plongé en mai, de 50,34% sous l’effet des mesures de confinement.»

https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/010620/france-le-marche-automobile-encore-dans-le-rouge-en-mai-donne-des-signes-de-reprise (AFP)

2 « Depuis plusieurs années, Nissan n’a jamais dépassé les 5 millions de ventes de véhicules par an. Le groupe souffre de surcapacité de production énorme, pesant structurellement sur ses résultats. Aux États-Unis, le marché le plus important pour le constructeur japonais, Nissan en est même arrivé à vendre à perte pour écouler ses modèles.

• Jeudi, la direction de Nissan a annoncé pour la première fois depuis vingt ans des pertes de 5,620 milliards €.

Le plan présenté par Renault le 29 mai brise de nombreux tabous : Le groupe prévoit de supprimer 14 600 emplois, dont 4 600 postes en France, soit 10 % de ses effectifs sur le territoire et de réduire sa production automobile aujourd’hui de 4 millions de véhicules par an à 3,3 millions à l’horizon de trois ans. Afin de diminuer les coûts de production, l’Alliance pense à une spécialisation des marques. Nissan conserverait le haut de gamme et les SUV et Renault les petits modèles et les utilitaires. Même si le constructeur détient 43 % de Nissan, le groupe français semble de fait être le grand perdant de ce partage des rôles, au profit de la marque japonaise : plus de 1 500 doivent être supprimés au technocentre de Guyancourt, toute la R&D de Renault.

Que valent alors les engagements d’Emmanuel Macron, pris il y a seulement trois jours [le 26 mai], de « faire de la France la première nation productrice de véhicules propres en Europe » et « y relocaliser de la valeur ajoutée » si, dans le même temps, il est prêt à accepter la déstructuration industrielle de Renault, dont l’État est le premier actionnaire ? Que valent-ils s’il accepte la mise en pièces d’une partie du secteur R&D du groupe ? »

https://www.mediapart.fr/journal/economie/290520/renault-la-casse-sociale-puis-la-mainmise-de-nissan?onglet=full

https://www.mediapart.fr/journal/fil-dactualites/280520/automobile-nissan-ferme-une-usine-employant-3000-personnes-barcelone

https://www.liberation.fr/france/2020/05/26/macron-annonce-un-plan-a-plus-de-8-milliards-d-euros-pour-l-automobile_1789462

3https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000039666574&dateTexte=20200116

4https://www.offroadmag.fr/1342h-new-rdv-au-salon-off-road-pyrenees

« L’association Pyren‘Evasion Tout-terrain, emmenée par son président Didier Devaux, vous donne rendez-vous sur la commune de Gerde, au Carré Py’, à deux pas de Bagnères de Bigorre (65). Une nouvelle implantation géographique, en plein cœur de Pyrénées qui va permettre une évolution vers des thèmes ainsi que des activités complémentaires de pleine nature et de montagne

5https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-lingenue-des-alpages/20130307.RUE4741/pollution-en-montagne-certains-voudraient-casser-le-thermometre.html

Le deuxième plan de protection de l’atmosphère (PPA2) s’est doté lundi 22 juillet 2019 d’une nouvelle gouvernance : une commission, chargée de veiller à la mise en œuvre rapide des mesures prises pour améliorer la qualité de l’air. https://www.ledauphine.com/haute-savoie/2019/07/23/le-ppa2-evalue-dans-six-mois

6http://www.web4x4.org/info.htm#65

7http://www.web4x4.org/info.htm#24

8https://www.lasemainedespyrenees.fr/2017/07/19/bigorre-lancement-de-la-filiere-fromage-esprit-parc-national-pyrenees/ et aussi https://www.espritparcnational.com/diffusio/fr/sorties-decouvertes/bagneres-de-bigorre/pic-du-midi-de-bigorre_PDT907.php

9https://www.senat.fr/rap/r13-384/r13-384_mono.html

10https://www.alpconv.org/fr/home/

« Pionnière dans son genre, la Convention Alpine a été dans les années 90 le premier traité international au monde à considérer une zone de montagne transnationale dans son intégralité. Les Parties contractantes partagent un territoire commun et doivent faire face à des défis communs, c'est pourquoi la Convention Alpine vise à la protection et au développement durable des Alpes. Cet espace alpin au cœur de l'Europe constitue un environnement naturel, culturel, économique et de vie pour plus de 14 millions de personnes et un grand nombre de visiteurs chaque année. »

et son dernier document de mise en œuvre, la Déclaration de la XIVe Conférence Alpine sur le Programme de Travail Pluriannuel 2017-2022. https://www.alpconv.org/fileadmin/user_upload/fotos/Banner/Publications/publications_of_the_alpine_conference/MAP_2017-2022_FR.pdf

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.