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Billet de blog 16 juin 2020

« Les politiques d’austérité doivent cesser »

Les personnels soignants sont en colère. Après avoir subi de plein fouet le choc de la pandémie, ils attendent toujours le plan massif annoncé par le gouvernement. Ce mardi 16 juin est une journée de mobilisation en Hautes-Pyrénées. Rencontre avec Wilfried Zaparoli, secrétaire général de la fédération CGT 65 Santé Action sociale. (par J-F. Courtille : extrait d’Horizon Pyrénées 52 )

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Interview citoyenne

Les personnels soignants sont en colère. Après avoir subi de plein fouet le choc de la pandémie, dans une situation de dénuement inimaginable, ils attendent toujours le plan massif annoncé par le gouvernement pour redresser l’hôpital et le système sanitaire. L’intersyndicale CGT-FO-CFDT-Sud Solidaires appelle à une journée de mobilisation ce mardi 16 juin, en Hautes-Pyrénées comme partout dans le pays. Rencontre avec Wilfried Zaparoli, secrétaire général de la fédération CGT 65 Santé Action sociale.

Wilfried Zaparoli © JFC

Quel bilan tirez-vous de la manière dont la pandémie a été gérée par l’hôpital et le système sanitaire dans les Hautes-Pyrénées ?

Nous retenons d’abord les contradictions et les mensonges du gouvernement. Et surtout, le défaut sur les équipements de sécurité sanitaire. Dès le début de la pandémie, il manquait des masques en Hautes-Pyrénées. Certains établissements ont fait appel à l’Agence Régionale Sanitaire d’Occitanie pour en obtenir. Ils ont trouvé porte close. Ils ont donc été obligés de s’organiser eux-mêmes et de trouver des solutions alternatives. Ceci afin de permettre à leurs salariés de travailler avec des équipements de protection. Concernant le maillage du territoire, nous avons pu constater que les hôpitaux de proximité comme celui de Lourdes étaient tous nécessaires. Or, le projet d’hôpital unique à Lanne est toujours sur les rails … La mise en place de centres Covid a aussi montré la défaillance d’offre publique de santé sur le département des Hautes-Pyrénées. Les relations avec les directions d’établissements, pour faire face à cette pandémie, ont été plutôt bonnes. Des discussions ont eu lieu et des réunions de Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) ont été organisées. A l’inverse, l’Agence Régionale de Santé d’Occitanie fait silence radio sur le département depuis le 14 mars. Nous n’avons eu aucune réponse de leur part aux questions légitimes des personnels. Cela n’est pas acceptable. Les personnels étaient très inquiets de venir travailler : pour leur santé, celle de leur famille et celle des usagers.

L’hôpital de Tarbes le 9 juin 2020 © JFC

Nous condamnons la manière dont les choses se sont passées pendant cette pandémie et nous ne pourrons pas l’oublier. Nous voulons nous appuyer sur cette expérience pour rebondir, faire en sorte que le « monde d’après » soit différent. Les politiques d’austérité budgétaire menées ces 25 dernières années depuis les réformes Juppé doivent être abandonnées.

Selon vous, de quoi le système sanitaire français aurait-il besoin pour faire face à une autre pandémie à l’avenir ?

Il faut un moratoire sur les restructurations des établissements, un arrêt des fermetures de lits et de services. Les moyens financiers et les moyens humains font défaut. Il faut aussi revaloriser les salaires et redonner une attractivité aux métiers de personnels soignants. Nous pensons que beaucoup de gens risquent de changer de métier après la pandémie, compte tenu des risques encourus et du manque de reconnaissance salariale. Déjà, avant, beaucoup de personnes quittaient les établissements publics de santé et la fonction hospitalière. Cette crise ne va faire qu’aggraver ce phénomène. Il est nécessaire de redonner une attractivité à ces métiers, toutes catégories confondues : les soignants, les logistiques, les techniques, les administratifs. Ils ont tous répondu « présent » pendant la pandémie. Sans oublier les médecins. Voir un médecin démissionner de l’hôpital public et revenir y travailler comme intérimaire pour toucher plus, c’est une aberration. Il faut stopper cette différence de salaire entre le public et le privé. Nous avons pu constater que les instances réunies dans les établissements de santé validaient les projets élaborés avant la pandémie. Et nous ne pouvons pas accepter cela.

L’Institut de Formation aux Métiers de la Santé à Tarbes © JFC

Le « Ségur de la santé » doit prendre le pouls de la population. Nous ne voulons pas une concertation bradée, mais une concertation en profondeur.

Dans les Hautes-Pyrénées, près de 25 000 personnes sont enregistrées comme demandeuses d’emploi à la fin du mois d’avril. Pour faire face aux besoins de l’hôpital public et du système de santé, réclamez-vous des créations de postes, et aussi des titularisations pour les emplois précaires ?

Oui. L’embauche de personnes en CDI dans le secteur privé et les titularisations dans le secteur public hospitalier ainsi que dans la fonction publique territoriale – notamment pour les EHPAD - nous semblent nécessaires. Il est important de mettre fin à la précarité des emplois. Et il est indispensable d’augmenter les salaires de manière significative, au moins 300 euros par mois. Beaucoup de personnels en précarité touchent des primes d’activité de l’Etat via la CAF. Il vaudrait mieux qu’ils puissent bénéficier de fortes hausses de salaire.

Les stocks de masques, d’équipement sanitaire doivent-ils être recomposés ?

Oui. Nous avons manqué de masques, de blouses et même de gants. Nous avons aussi rencontré des problèmes au niveau des circuits fermés de ventilation, comme par exemple à l’hôpital de Tarbes. Les stocks stratégiques doivent être remis en place. C’est d’ailleurs prévu par la loi suite à l’épidémie de grippe aviaire. Pour que les stocks soient gérés, il faut du personnel dédié. Pour éviter que les stocks soient perdus, comme cela a été le cas par le passé, il faut les redéployer sur toute la France. Cela implique une volonté politique. Nous pointons aussi le manque de médicaments. Il faut une réindustrialisation de la France pour ne plus dépendre des pays étrangers quand nous sommes en pénurie de médicaments ou de matériel de protection sanitaire. Et ces entreprises doivent être nationalisées.

La conférence de presse des syndicats de personnels soignants le 9 juin © JFC

Beaucoup de gens ont applaudi le soir à 20h pendant le confinement pour soutenir notamment les personnels de santé. Aujourd’hui, quel type de soutien attendez-vous de ces gens ?

Une prise de conscience générale de la population s’est produite. Les gens ont compris nos revendications. Je suis convaincu qu’ils viendront à nos côtés pour soutenir nos revendications dans la rue. Nous appelons avec l’intersyndicale CGT-FO-CFDT-Sud Solidaires à une première journée d’action sur le département ce mardi 16 juin. Plusieurs rassemblements sont prévus : 13h30 à l’hôpital de Bagnères, 14h à hôpital de Tarbes et 14h30 aux hôpitaux de Lannemezan. Un rassemblement est prévu aussi à 13h45 devant la Polyclinique de l’Ormeau. D’autres journées de mobilisation auront lieu au cours des prochaines semaines.

Propos recueillis par Jean-François Courtille « extrait d’Horizon Pyrénées 52 »

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