Il était une fois, ou l’esprit kayak, de la Bigorre à Tokyo

En Bigorre positive en ce début d’été. Et ce n’est pas du coaching d’auto-stimulation ! Notre belle région, parsemée de rivières et de lacs, s’y est préparée de longue date et, l’esprit sensible étant bien présent et partagé, la réussite est au rendez-vous dans la durée. Aussi, c’est presque d’un partenariat culturel et environnemental entre la Bigorre et le Japon qu’il s’agit aujourd’hui …

C’est presque d’un partenariat culturel et environnemental entre la Bigorre et le Japon qu’il s’agit aujourd’hui : le village olympique, situé au sud-est de Tokyo, sur la presqu'île Harumi, accueille « notre » champion hors normes Boris Neveu, Bagnérais nourri à l’eau d’ici par les passionné·e·s de l’Adour, des Nestes et des Gaves.

Tout a commencé de façon magique en effet, comme nous allons le découvrir.



D’abord, le contexte.

Bagnères, ville d’eaux depuis l’époque romaine­ — en 2015, un aqueduc est mis au jour — est arrosée essentiellement par l’Adour (et l’Adour de Lesponne la rejoint quelques km au sud, sautillante et sportive, vivifiante). Parfois déchaînée, elle coule avec énergie essentiellement à la fonte des neiges. À peine plus à l’est, l’Arros, lui, dépend essentiellement des pluies ; il est plus facile d’accès pour débuter la navigation en kayak.

Dans la vallée voisine coule le Gave (de Pau) qui descend de Luz ; il offre un terrain de jeu et de randonnée fluviale en aval de Lourdes aussi, à St Pé-de-Bigorre, au « Pont des Grottes ».

N’oublions pas la Neste d’Aure, qui saute de la montagne, joueuse et fraîche, et court autour du col d’Aspin.

La carte des rivières en Hautes-Pyrénées.png © https://www.actualitix.com/wp-content/uploads/2017/05/carte-hautes-pyrenees.jpg La carte des rivières en Hautes-Pyrénées.png © https://www.actualitix.com/wp-content/uploads/2017/05/carte-hautes-pyrenees.jpg



Il était une fois, à l’international

« Le développement du canoë-kayak en France est le fruit de la convergence de plusieurs histoires et cultures entremêlées. Si l’on peut dire que de tout temps les hommes ont utilisé des embarcations pour se déplacer, explorer des territoires nouveaux, chasser, pêcher, transporter des marchandises, il est convenu au plan historique que le canoë est d’origine amérindienne et le kayak d’origine esquimaude.

Ces embarcations, “découvertes” à la faveur des expéditions réalisées par nos grands explorateurs, vont trouver leur place dans les activités de canotage en France au cours du XIXème siècle avec les périssoires qui en constituent un des supports historiques. »

Périssoires | Caillebotte, 1877.png © http://www.safran-arts.com/42day/art/art4aug/19caille/perisoir.html Périssoires | Caillebotte, 1877.png © http://www.safran-arts.com/42day/art/art4aug/19caille/perisoir.html



Le début du XXème est caractérisé par la structuration et l’institutionnalisation des pratiques sportives :

En 1931, c’est la création de la FFC – Fédération Française de Canoë – dont l’objet est le développement de la pratique de loisir et de tourisme. En 1934, le premier Slalom est organisé en Suisse sur la rivière Aar ; la nouvelle discipline s’étend aux pays limitrophes.

En 1939 pendant l’occupation, la FFC prend la dénomination de « Fédération Française de la pagaie » ; mais la FFC est momentanément dissoute au prétexte d’une réorganisation du sport français.

Dès 1948, à Genève, le premier Championnat d’Europe voit le jour, et l’année suivante, le premier Championnat du Monde.

En 1950 : La FFC deviendra la FFCK “Fédération Française de Canoë-Kayak” sur proposition des différentes ligues. »

Mais il faut attendre 1969 pour qu’à Bourg-Saint-Maurice, l’Isère accueille la deuxième édition du Championnat du Monde, où les Français seront à l’honneur, avec deux (pratiquement trois…) médailles d’Or :

Claude PESCHIER en K1H (kayak monoplace homme) et

Jean-Louis OLRY/Jean-Claude OLRY en C2 (canoë biplace) !

En 1972, lors des Jeux Olympiques de Munich, le Slalom fait désormais partie des sports de démonstration et le C2 Jean-Louis OLRY/Jean-Claude OLRY remporte la médaille de bronze sur le bassin d’Augsbourg.

Et puis, à nouveau pchtt ! incubation nécessaire ?



Dix-huit ans plus tard, les Hauts-Pyrénéens sont déjà dans les starting-blocks : il faut renouer avec le haut niveau et l’imagination créatrice est à l’œuvre !

« Ce que l'on appelle aujourd'hui la “nouvelle base” [St Pé-de-Bigorre] a pu être construite grâce à la réintroduction du slalom dans le programme olympique. En 1990, deux ans avant les Jeux de Barcelone, précise Richard Hernanz, le fondateur, j'ai proposé au Conseil Général de créer une structure d'accueil polyvalente « tourisme-compétition », ainsi que l'aménagement d'un bassin de niveau international au Pont des Grottes.

En même temps, j'ai assuré aux élus que le tout pouvait fonctionner en totale autonomie financière : en dehors de l'investissement de départ, le fonctionnement ne devait rien coûter à la collectivité. Nous avons toujours tenu ce cap.

J'avais dans le même temps obtenu de la fédération l'assurance qu'elle nous attribuerait un label "Centre de préparation Olympique" si l'on créait cet outil. Le projet a bien plu aux deux parties et a permis de créer la structure HPSN (Hautes-Pyrénées Sport Nature). »

Le Bassin d'entraînement international du Pont des Grottes à St Pé de Bigorre.jpeg © HPSN Le Bassin d'entraînement international du Pont des Grottes à St Pé de Bigorre.jpeg © HPSN



Un Centre Départemental de Canoë Kayak au sein de HPSN

structure qui préfigure les préoccupations environnementales concernant la place de l’humain, avec 30 ans d’avance !

Ce qui a motivé le projet :

• Le constat que le département des HP est capable de révéler des compétiteurs de très haut niveau, mais très irrégulièrement (4 bateaux internationaux en 20 ans).

• Le constat que depuis la création d’un poste de cadre permanent 4 ans auparavant l’émergence de nouveaux talents est beaucoup plus régulière. Pour 2004 une commission de détection proposera 5 kayakistes Hauts-Pyrénéens en équipe de France juniors.

Avec la création de cette base, Richard Hernanz poursuivait quatre objectifs :

• Répondre à la mission de haut niveau de HPSN

• Accompagner les athlètes départementaux entre le niveau interrégional et le niveau international.

• Créer un groupe à différents niveaux pour favoriser la progression et l’émulation.

• Valoriser l’image départementale.

Pour être exhaustif, par-delà le fait que Richard soit un pur athlète lui-même, passionné par la discipline et soucieux d’en mettre en place les structures pour chacune et chacun, la joie que son fils Samuel “accroche” sur l’eau aura été également déterminant, d’autant que les adeptes de la discipline avaient un terrain de jeu et d’entraînement extraordinaire en Bigorre.

C’est naturellement qu’il raconte les partages spontanés entre les familles d’ami·e·s :

« On peut dire que Boris [Neveu] a démarré la compétition slalom en “benjamin” par une course régionale à Mont-de-Marsan où je les avais amenés avec Samuel (déjà). »



Boris et Norbert sont presque nés dans un kayak

C’est que Boris, tout comme Samuel, est “tombé dans la marmite” dès son plus jeune âge …

Boris sur la Leyre © Nico Boris sur la Leyre © Nico

Boris dans les Landes avant d'avoir un vrai kayak © Nico Boris dans les Landes avant d'avoir un vrai kayak © Nico



Norbert, et son frère, encouragés par Christine, la maman, ont goûté l’eau “in vivo” avec Nico, le papa :

Norbert en pleine action à la sortie de l’ex-infran du tunnel sur le Guil © Nico Norbert en pleine action à la sortie de l’ex-infran du tunnel sur le Guil © Nico

Boris sur le Guil avant de commencer la compétition © Nico Boris sur le Guil avant de commencer la compétition © Nico



Partager et construire, les maîtres-mots de l’ALCK

• Pendant ce temps, d’autres acteurs s’affairent à mettre en œuvre une nouvelle structure associative : l’ALCK, entendez l’Amicale Laïque de Canoë-Kayak de Bagnères-de-Bigorre.

«  Fanatique de kayak, «Luis» Minvielle [avait fondé], avec Jean Espagnac, le club des eaux vives, l'ALCK, qui, en quelques années, a formé les immenses champions. »

«Luis» Minvielle ( à gauche) aux côtés de Jean Espagnac | © Gérard Bringuier © Gérard Bringuier «Luis» Minvielle ( à gauche) aux côtés de Jean Espagnac | © Gérard Bringuier © Gérard Bringuier



Côté champions, la fête couronne les efforts :

Frank Adisson et Wilfrid Forgues © AIFCK Frank Adisson et Wilfrid Forgues © AIFCK

des champions hors normes : médaillés de bronze en C2 aux jeux de Barcelone en 1992, ils remportent aussi les Olympiades d’Atlanta en 1996. Une foule immense défile à Bagnères et une grande fête est organisée pour fêter cette nouvelle médaille d'or.

Christophe et Pierre LUQUET © HPSN Christophe et Pierre LUQUET © HPSN

Ils assurent également au plus haut niveau en C2 : ils gagnent leur titre de vice-champions du monde en 2002 et le conservent en 2007.



Au fil des présidences et des enfants qui grandissent, la presse locale ne tarit pas d’éloges :

« L'ALCK, chère au président Gaston Forgues, est de notoriété publique l'un des clubs les plus titrés de France de la discipline. Frank Adisson et Wilfrid Forgues, champions du monde, de France et champions olympiques en sont les premiers fleurons.

Mais ils ont su quitter la compétition en transmettant le flambeau aux frères Luquet. Pierre et Christophe qui, eux aussi, sont en train de se construire un solide palmarès, en slalom bien entendu. Un autre duo est lui aussi l'espoir du club : les frères Neveu, Boris et Norbert... »



Les jeunes amis montent dans les qualifications :

Samuel HERNANZ et Boris NEVEU Championnats de France 2002 © HPSN Samuel HERNANZ et Boris NEVEU Championnats de France 2002 © HPSN

Norbert NEVEU s’imposera comme Champion d'Europe junior en 2005 puis comme vice-champion du monde junior l’année suivante.



Christine Neveu devenue présidente de l’ALCK , diversifie les disciplines du club, de concert avec Nicolas :

« La première équipe de kayak polo créée à l'ALCK est l'œuvre de Nicolas Neveu avec l'aide des garçons du club. Elle opèrera jusqu'en nationale 2. Une équipe se distinguera en obtenant un titre de champion de France scolaire.

Puis l'équipe garçons de nationale 2 n'existant plus, la relève est alors assurée par les filles et les jeunes de l'ALCK. […] Florian Bibron, entraîneur [bagnérais] désormais à l'ALCK, est contacté par Valérie Adalberon, membre de l'équipe de France de kayak polo, vice-championne du monde […], rendant ainsi possible l'inscription d'une équipe féminine en championnat de France nationale 2. Résultat : 2e et 3e podiums dès les deux premières années. »



Au national et à l’international, les titres continuent de s’accumuler chez les garçons et les filles :

Samuel Hernanz aux Championnats de France en 2003 © HPSN Samuel Hernanz aux Championnats de France en 2003 © HPSN

En 2004, Boris a 18 ans ; il devient Champion du Monde junior par équipe, 4ème en individuel et Vice-champion de France.

L’année suivante, il intègre l'équipe de France des -23 ans. Il participe à sa première coupe du Monde et obtient un premier podium (3ème)

Membre de l’équipe de France seniors en 2006, Boris est classé Champion du monde par équipe et 12ème en individuel, il a vingt ans !

En 2007, Sébastien COMBOT (club de Lannion à l’époque) devient Champion du Monde à Foz-de-Iguaçu au Brésil : également pour son 20e anniversaire !

en 2009, Boris a 23 ans ; il est classé 2ème à la 1ère coupe du monde de Pau et obtient les titres de Vice-champion d'Europe et de Vice-champion du Monde !

Laura Mangin obtient aussi l’argent aux Championnats d'Europe -23 ans par équipes slalom.

Sa sœur Estelle est 3e aux Championnats de France Juniors slalom.

Estelle Mangin - La Seu de Urgell © HPSN Estelle Mangin - La Seu de Urgell © HPSN

Laura et Estelle Mangin entourées de Richard Hernanz, responsable de la base de loisirs | photo J.G © J.G. Laura et Estelle Mangin entourées de Richard Hernanz, responsable de la base de loisirs | photo J.G © J.G.

Laura et Estelle © La Dépêche.fr Laura et Estelle © La Dépêche.fr

L’année suivante, Estelle obtiendra l’argent dans la même catégorie puis l’or aux World Ranking slalom de Merano tandis que Laura aura le Bronze à ceux de Bourg-St-Maurice.

En 2011, Estelle MANGIN est à la 1re place aux Championnats de France slalom Epinal, Laura 7e et Samuel HERNANZ remporte à l’international la Coupe des Pyrénées individuel slalom

aux JO de Londres, en 2012, Boris est remplaçant olympique. Laura est 4e aux Championnats de France slalom et sa sœur y remporte le bronze puis décroche la Coupe des Pyrénées.

en 2013, Boris est Vainqueur des Eurolympiques

2014 : Triplé historique des Français en K1 Homme. Boris NEVEU devient Champion du Monde, Sébastien COMBOT Vice-Champion du Monde (il se rapprochera de l’ALCK) et Mathieu BIAZIZZO (Épinal) médaillé de Bronze.

La même année, Samuel HERNANZ est Vainqueur de la Coupe du Monde de Seu d'Urgell et Estelle MANGIN 3ème par équipes aux Championnats d'Europe U23 slalom

À 31 ans, Sébastien Combot met un terme à sa carrière | Olivier MORIN -Ouest France © Olivier Morin - Ouest France À 31 ans, Sébastien Combot met un terme à sa carrière | Olivier MORIN -Ouest France © Olivier Morin - Ouest France

Séb. a décroché quatre médailles aux championnats du monde, deux en or, deux en argent (en individuel et par équipes) ; trois médailles au championnat d’Europe : deux en argent, une en bronze ; « Ensuite, il y a eu ma sélection olympique à l’issue d’une bataille fabuleuse avec Boris Neveu. Ça s’était joué à six centièmes de seconde pour aller aux Jeux Olympiques de Rio » (8e place).



À Bagnères, plusieurs courses ont marqué le club qui jouxte le bassin Adisson/Forgues : 

    • En 2014, lors d’un sélectif régional, l'équipe de kayak hommes championne du monde - Sébastien COMBOT, Mathieu BIAZZIZO et Boris NEVEU - y font une démonstration de descente en équipe avec leurs dossards médaillés.

Émilie FER (championne olympique 2012 à Londres et championne du monde 2013 à Prague), l'Australienne Jessica FOX (championne du monde et vice-championne olympique) et la championne d'Europe Carole BOUZIDI sont également présentes.

    • L’ALCK met à nouveau à l’honneur en 2016 le bassin mythique en organisant la finale N3 que remporte le jeune Bagnérais Paul PRADALIE.

Finale N3 Paul Pradalié © Pradalié Finale N3 Paul Pradalié © Pradalié



Une belle fête célèbre les 20 ans de la médaille d'or olympique en 1996, cette finale étant dédiée à Frank ADISSON et Wilfrid FORGUES.

    • 2018 est l’occasion pour les bénévoles de l’ALCK d’organiser sur le bassin Adisson/Forgues une nouvelle finale N3, couronnée par la victoire d’un autre jeune compétiteur bagnérais : Elliot PEREZ.

Elliot Perez en course © A-S.P Elliot Perez en course © A-S.P


De nouveaux champions se dessinent peu à peu :

                    • Luc Sarraméa

                    • Maël Bernes

                    • Marc Sarraméa

piges u18u 23 2021 Luc, Mael et Marc © Françoise Ledoux piges u18u 23 2021 Luc, Mael et Marc © Françoise Ledoux

Les voici en pleine action :

Luc Sarraméa © Françoise Ledoux Luc Sarraméa © Françoise Ledoux

Maël Bernes sur le gave de Cauteret © AB Maël Bernes sur le gave de Cauteret © AB

Marc Sarraméa © Françoise Ledoux Marc Sarraméa © Françoise Ledoux

Luc Sarraméa débute le kayak à 13 ans à Tarbes (2012) et le canoë en 2015

Dès 2015 (1ère saison en compétition) il est sélectionné en canoë et en kayak pour les championnats de France junior. L’année suivante, il est classé 9ème junior aux championnats de France (en canoë). En 2017 il accède à la Nationale 2 en kayak et en canoë et dès 2018 navigue en Nationale 1 en canoë.

2019 est une année de victoires : il remporte la coupe de France N2 en canoë biplace, accède à la Nationale 1 en canoë biplace et termine 2d de la finale N1 en canoë biplace (avec Carla Lacroix)

Luc participe en 2020 aux sélections olympiques (termine 9ème)

En 2021, il décroche la 6e place aux sélections équipes de France sénior et U23 et accède en kayak à la Nationale 1 (avec la médaille d’argent à la coupe de France N2).

Plus jeune d’un an et demi, Marc Sarraméa débute le kayak puis le canoë les mêmes années que son frère.

Dès sa 1ère saison en compétition en 2015 il est sélectionné en canoë et en kayak pour les championnats de France junior. En 2017, 5ème cadet en canoë monoplace aux Championnats de France, il décroche la 4e place aux sélections équipes de France en canoë. L’année suivante, il accède à la Nationale 2 en canoë monoplace et en kayak.

En 2019 , il obtient la médaille d’argent à la coupe de France N2 en canoë et accède ainsi à la nationale 1 ; en canoë, il décroche le bronze aux championnats de France junior.

En 2021 , il termine 9ème aux sélections équipes de France U23.

Quant à Maël Bernes, il a également baigné dans l'eau de l'Adour dès son plus jeune âge …

En 2019, il intègre le pôle de Pau en kayak et est rapidement classé en Nationale 2. Mais l'année 2020 annule toutes les compétitions ! Alors qu'il devait intégrer la N1, les décisions ne peuvent plus reposer sur des classements officiels qui ont disparu … mais il est passionné et poursuit sa préparation du mieux qu'il peut.

Boris NEVEU, un champion hors normes

membre de l'équipe de France depuis ses 14 ans, il devient « Double champion du monde » (en individuel et par équipe) en 2014. Une grande réception est donnée à la mairie de Bagnères, avec la présence d’Émilie FER (championne olympique en 2012), Sylvain CURINIER (vice-champion olympique en 1992) et Tony ESTANGUET (triple champion olympique : en 2000, aux JO de Sidney, en 2004 à ceux d’Athènes et à Londres en 2012, où il devient le premier sportif Français à remporter 3 titres olympiques sur 3 olympiades différentes.)



Retour sur l’accompagnement des athlètes :

il y a forcément une explication à cette profusion de champions …



1- Le Canoë-Kayak dans les Hautes-Pyrénées

En 1999, Boris a 13 ans. Avec les autres jeunes, il bénéficiera du dispositif jusqu’à aujourd’hui.

D'une part,

Les Hautes-Pyrénées sont un département très propice à la pratique du canoë-kayak en raison d'une grande richesse hydrographique et de la qualité de ses espaces naturels. Ces activités s'expriment par des pratiques de type touristique ou compétitive. La pratique de la compétition est à ce jour essentiellement centrée sur le slalom. Depuis de nombreuses années les compétiteurs départementaux se distinguent au niveau national, international et même olympique. Pourtant le mouvement associatif CK est très peu développé dans les Hautes Pyrénées en comparaison à d’autres disciplines sportives. Cinq clubs et 213 licenciés sur l’ensemble du département.

Le Comité Départemental a créé un poste de Conseiller Technique Fédéral Départemental (emploi jeune) et a amorcé une politique de détection, sensibilisation et d'accompagnement des jeunes compétiteurs qui porte ses fruits.

Toutefois, les moyens humains et financiers sont bien en-dessous des exigences du haut niveau et dans tous les cas en décalage avec le potentiel du canoë kayak slalom dans les Hautes Pyrénées.

D'autre part,

Le Conseil Général des Hautes-Pyrénées est engagé depuis plus de dix ans dans le canoë-kayak slalom de haut niveau par le biais de la base départementale HPSN [Hautes-Pyrénées Sport Nature]. En effet, HPSN est connue comme la vitrine touristique des sports de nature dans lesquels les activités d'eau vive prennent une place prépondérante. Mais HPSN contribue également au canoë-kayak slalom de haut niveau par le biais d'une convention passée avec la FFCK qui fait de cette structure un Centre de Préparation Olympique.

De même, des relations tissées avec la FIC [Fédération internationale de Canoë-kayak] en font aussi un centre d'entraînement international. A ce titre HPSN possède le savoir faire et les moyens pour s'engager dans une démarche au niveau départemental.

2- Les objectifs

La démarche vise à un accompagnement de la pratique compétitive dans une perspective de haut-niveau pour les disciplines d'eau vive (slalom, descente, free-style). Elle repose sur la création d'un dispositif [HPCK] "Hautes-Pyrénées-Canoë-Kayak", par conventionnement entre Hautes-Pyrénées Sport Nature et le Comité Départemental de Canoë-Kayak.

Les objectifs peuvent être déclinés de la façon suivante :

⇒ Rassembler dans une même structure les meilleurs athlètes licenciés dans le département, pour favoriser les échanges et l'enrichissement mutuel,

⇒ Générer une "état d'esprit" et une "culture commune" dans une démarche de filière vers le haut niveau, associant les athlètes reconnus et les jeunes en phase de progression dans une même structure

⇒ Faire le lien entre les clubs et les structures de haut niveau (autant dans le sens ascendant que descendant) des athlètes départementaux

⇒ Proposer une vitrine du Canoë-Kayak Haut-Pyrénéen.

Outre les résultats signifiants, les critères d'admission porteront sur la motivation et l'engagement des postulants.

Les actions de HPCK se déclineront autour de trois perspectives :

⇒ Détecter, sensibiliser et accompagner les plus jeunes vers la pratique compétitive en relais des clubs formateurs,

⇒ Permettre l'accès et la progression des jeunes dans les différents niveaux nationaux

⇒ Assurer une poursuite de la progression ou maintien pour les plus anciens.

3- Pilotage de Hautes-Pyrénées Canoë-Kayak

Le fonctionnement et les objectifs de HPCK sont définis par une commission mixte constituée de membres de la commission sportive du CDCK65 et de membres du comité de direction de HPSN. Hautes Pyrénées Sport Nature sera la structure d'appui technique, administrative et géographique de Hautes Pyrénées Canoë Kayak.

4- Les conditions et niveaux d'accès à Hautes-Pyrénées Canoë-Kayak

Disciplines concernées : eau vive (slalom, descente, free-style )

• Vainqueur au classement final en animation jeunes (minimes)

• cadets N3 et podiums finale N3

• athlètes en Nat. 1 et 2

Chaque année la commission mixte validera la liste des athlètes sélectionnés dans le groupe HPCK pour l’année à venir. Elle pourra statuer sur l’intégration d’athlètes d’animation jeunes et de N3 hors critères mais présentant un fort potentiel sportif.



5- Fonctionnement de Hautes-Pyrénées-Canoë-Kayak

La place de HPCK dans le schéma fédéral © HPSN La place de HPCK dans le schéma fédéral © HPSN

Divers outils modulables selon les statuts et besoins des athlètes seront mis en œuvre.

Une cellule d'entraînement :

⇒ Détection, sensibilisation et accompagnement des plus jeunes vers la pratique compétitive,

⇒ Accompagnement des jeunes dans les différents niveaux nationaux et vers le haut-niveau (filière de progression de l'animation jeunes vers la N1),

⇒ Progression et maintien des plus anciens (N3 vers N1 et gestion des replis)

⇒ Lieu d'échange d'expériences des athlètes reconnus vers les niveaux inférieurs), Cette cellule s'appuiera sur des séances d'entraînement hebdomadaires et/ou un suivi individualisé des athlètes (programme, évaluation) modulable selon les niveaux , les statuts et les besoins.

Une Cellule d'appui logistique

qui proposera :

⇒ La prise en charge des déplacements et hébergements pour compétition de N1 et N2 (avec participation des athlètes aux frais),

⇒ La gestion d'une équipe de juges,

⇒ Des moyens vidéo,

⇒ Un suivi médical (en relation avec le centre médico-sportif départemental) et la mise à disposition du matériel de suivi physiologique.

⇒ Une antenne de relation et de suivi avec les parents des athlètes mineurs.

Des aides en matériel :

⇒ Tenues vestimentaires HPCK

⇒ Matériel de navigation (bateaux et petit matériel, critères selon niveaux/besoins/ capacité financière/aides extérieures).



6- Le budget

(simplifié au maximum ici)

Total budget de fonctionnement = 45 160,50€

Total budget d’investissement = 7 480,00€

Total budget fonctionnement+investissement = 52 640,50€



7- La répartition budgétaire

Le budget de HPCK est reparti sur différents partenaires :

Le Comité départemental de CK

Hautes-Pyrénées Sport Nature

Les clubs départementaux ayant des athlètes dans le dispositif

Les Familles ou les athlètes

L’État (DDTE ou DDJS)

Le Conseil Général des Hautes Pyrénées



8- Les objectifs sportifs année par année (exemple 2004)

En 2004 le département des Hautes-Pyrénées comptera 12 compétiteurs de niveau national.

2004 sera aussi une année olympique et donc d’une extrême importance pour les compétiteurs départementaux.

SLALOM- Le potentiel 2004 des compétiteurs départementaux

International

      • 2 bateaux (3 athlètes) ont le niveau de se qualifier pour Athènes avec des chances de médaille.

      • 5 bateaux ont le niveau pour se sélectionner aux Championnats du Monde Juniors avec également des possibilités de médaille.

National

      • 6 bateaux ont la capacité d’être Champions de France en 2004

      • 8 bateaux peuvent faire une médaille

Les objectifs 2004 de l’Équipe Départementale

International

      • 1 bateau médaillé aux Jeux Olympiques

      • 1 bateau médaillé aux championnats du monde juniors

National

      • 3 titres de Champion de France

      • 2 médailles aux Championnats de France

FREE STYLE

      • 1 médaille aux Championnats du Monde



Attention ! Surgissement de kayaks ! © AB Attention ! Surgissement de kayaks ! © AB

L’ALCK,

à côté de cet accompagnement des champions, promeut des valeurs de l’Éducation Populaire, fondées sur la responsabilité individuelle et partagée, la solidarité, le bénévolat, et la convivialité, sans oublier l’apport technique pour chacune et chacun et la sécurité, efficace si chaque participant·e est au fait.

ALCK Anticiper, l'apprentissage de la sécurité © AB ALCK Anticiper, l'apprentissage de la sécurité © AB

ALCK CAUTERET'S ALCK CAUTERET'S

Plusieurs partenariats (historiques) continuent d’être bien vécus, notamment avec l’IME de Campan en accueillant des jeunes chaque semaine, avec les scolaires (de la vallée de Lesponne), avec des collégiens du collège Blanche Odin, du lycée Victor Duruy, parfois aussi avec des scientifiques du Conservatoire Botanique désireux d’étudier le milieu aquatique et la ripisylve.

Le calendrier des sorties – en lacs, rivières, mer et océan est hebdomadaire : comme chaque sortie est notée avec les participants, Nico a pu compter jusqu’à 5,2 kayakistes sur l’eau chaque jour de l’année !

ALCK Ambiance concentrée sur le gave de Cauteret ALCK Ambiance concentrée sur le gave de Cauteret

Le club propose aussi aux familles de venir partager les joies des sorties, soit en raft, soit en hotdog pour les plus dégourdi·e·s.

Le président actuel, Fred Bernès, développera aussi la dimension kayak de mer avec des achats de bateaux bien appréciés : moyen aussi d’ouvrir davantage les activités aux femmes, généralement moins accrochées par l’exigence technique de nombreuses rivières, bien que la mer puisse aussi se montrer tonique. Fred se préoccupera aussi spécifiquement du soutien aux jeunes compétiteurs, afin que les familles (pas toutes aussi éclairées sur la discipline) soient soutenues dans leur accompagnement, structurellement et financièrement.

Nico en kayak de mer - sortie club © AB Nico en kayak de mer - sortie club © AB

l'ALCK en vacances © AB l'ALCK en vacances © AB

 

L'ALCK initie sur le lac de Payolle, avec le Pic du Midi en fond.jpeg © AB L'ALCK initie sur le lac de Payolle, avec le Pic du Midi en fond.jpeg © AB

 

Un comité directeur collégial définit les grandes orientations et contribue activement au partage des tâches, ce qui évite au club de dépendre de l’aide souvent éphémère ou variable des sponsors, tout en pratiquant des tarifs exceptionnellement bas (60 € pour 12 à 16 mois la première année scolaire). Car les non-reconductions d’inscription, toujours discrètes, témoigneraient d’une éviction des plus fragiles, ce que l’ALCK refuse.

Les encadrements de sorties (eau douce ou salée) sont partagés entre des formateurs et l’hiver, chaque semaine est mise à profit à la piscine (quand les choses sont normales) pour que chaque membre sache pratiquer l’esquimautage, et que la confiance s’installe en profondeur, dans la durée.



Les PEKs

Il ne faudrait pas non plus oublier les fans, les fondus, les extrémistes du kayak, nos voisins et amis, amoureux de l’eau et des endroits où elle s’insinue, qui font évoluer la discipline, les matériels … et nourrissent aussi les rêves de paysages cachés, secrets et … ultimes : les PEK (Pyrénées Extrême Kayak).

Juste un petit extrait, histoire de bien apprécier les sensations, visuelles uniquement, massé·e par un fauteuil souple, présent et compatissant :

Les dernières gouttes de l’été - 2018

Les dernières gouttes de l’été - 2018 © PEK



Mais retrouvons notre champion olympique !

Depuis le 5 juillet, Boris est arrivé sur le bassin de Tokyo, acclimatation oblige, d’autant qu’il y a foule sur place : pas moins de 15 000 athlètes selon diverses sources !

Mais où est-il situé exactement ? sur la presqu’île Harumi, au milieu d’un chapelet d’îlots, sorte de Venise japonaise.

Le Bassin de slalom de Tokyo © AB + Geoportail.fr Le Bassin de slalom de Tokyo © AB + Geoportail.fr





J’ai cherché attentivement mais ne peux fournir que ces trois clichés du lieu :

Le"Kasai Canoe Slalom Centre (Tokyo 2020)" en construction.

Le"Kasai Canoe Slalom Centre (Tokyo 2020)" en construction © Canoe slalom centre Le"Kasai Canoe Slalom Centre (Tokyo 2020)" en construction © Canoe slalom centre

Kasai Canoe Slalom Centre (Tokyo 2020)

カヌー・スラロームセンター(東京2020大会)

Le"Kasai Canoe Slalom Center" en eau puis navigable. Canoe slalom centre | Merci au gestionnaire du site pour son autorisation d’utiliser ces rares images.)

Le"Kasai Canoe Slalom Center" en eau © Canoe slalom centre Le"Kasai Canoe Slalom Center" en eau © Canoe slalom centre


Le"Kasai Canoe Slalom Center" navigable © Canoe slalom centre Le"Kasai Canoe Slalom Center" navigable © Canoe slalom centre

Mon correspondant japonais Miki Sato me signale que « Aucune photo récente ne peut être fournie, parce que le chantier de construction pour les Jeux Olympiques était en cours et n’était pas autorisé à être ouvert au public pour des raisons de sécurité. »



Mais si le président Macron sera le seul Français ou presque à pouvoir assister aux cérémonies d’ouverture et de clôture des jeux, il ne sera pas autorisé à rencontrer les athlètes.

En Bigorre répare pour ses lecteurs cette injustice manifeste, en publiant l’interview d’hier avec notre kayakiste préféré !



En Bigorre - Dans quelles conditions te retrouves-tu à Tokyo ? d’ici, on apprend que chaque athlète serait isolé des autres et de tout public, mais, pour exceptionnelles que soient ces mesures contraignantes, n’est-ce pas propice à la concentration et au recul discret que tu souhaitais avant l’épreuve finale ?

Boris Neveu - On est à Tokyo depuis maintenant plus d'une semaine. On nous avait annoncé des conditions très strictes mais ce n'est finalement ce n'est pas pire.

Nous ne pouvons pas sortir de l'hôtel sauf pour aller au bassin en navette spéciale donc on tourne un peu en rond ça c'est sûr !

En revanche dans l'hôtel nous pouvons sortir de notre chambre pour aller manger au buffet, voir le kiné ou bien l'entraîneur (ce qui n'était pas forcément gagné au départ...!). Nous croisons tout de même tous les kayakistes slalomeurs puisque tout le monde est dans le même hôtel.

Donc effectivement, on est isolé dans notre bulle et nous ne voyons personne d'autre.

Nous avons tout de même quelques "relations" avec l'extérieur en visio (live facebook de la FFCK avec les supporters de La Tribu, visio avec une école d'une ville à côté de Tokyo...)

Me concernant, j'essaie de trouver du positif de tout ça pour me concentrer, me reposer ou être au calme après les entraînements. Je profite de ces moments.

Le plus dur est de ne pas pouvoir profiter de l'extérieur et de la nature. Au bassin il n'y a que du béton alors que l’hôtel est situé au bord de mer avec un parc verdoyant à côté mais interdit !

En B. - As-tu pu (et pourras-tu) avoir accès au bassin suffisamment ? Comment le trouves-tu ? Quelles opportunités offre-t-il de navigation rapide, comme tu aimes ?

Boris Neveu - Nous avons accès au bassin tous les jours avec la possibilité de faire deux séances d'entraînement par jour. Ce qui est largement suffisant pour le connaître.

Il ne paraît pas très gros mais en réalité il est relativement difficile avec des mouvements d'eau puissants. Pour le moment je suis assez à l'aise dessus. Le courant ne va pas très vite et il faut prendre des risques et les traces les plus courtes, ce qui me correspond assez bien !



Affiches 4m x 3m "Allez Boris !" apposées aux ronds-points de Bagnères © ALCK - Ville de Bagnères Affiches 4m x 3m "Allez Boris !" apposées aux ronds-points de Bagnères © ALCK - Ville de Bagnères



En tout cas, cher Boris, tou·te·s les kayakistes de Bigorre (et de Navarre :), et leurs familles, et leurs ami·e·s, et les ami·e·s de leurs ami·e·s te soutiennent, avant et pendant. Après, on fera une grande fête ! Merci à toi de nous faire rêver ! L’impossible est donc possible !







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