Coronavirus : ne nous laissons pas abuser par la grande peur.

En Bigorre publie ici le texte de Renaud de Bellefon : «Je n’aime pas le moment actuel, je n’aime surtout pas l’absence de regards critiques, de questionnements sur l’ensemble de ce qui se passe. J’ai le sentiment qu’une société de contrôle total politico-sanitaro-militaire s’installe, que nous l’acceptons sans discuter, sans analyse.»

 

À la mémoire de Marie Laffranque                         

 

Je n’aime pas le moment actuel, je n’aime surtout pas l’absence de regards critiques, de questionnements sur l’ensemble de ce qui se passe. J’ai le sentiment qu’une société de contrôle totale politico-sanitaro-militaire s’installe, que nous l’acceptons sans discuter, sans analyse.

 

Il ne s’agit pas de nier l’ampleur de la situation et des risques qu’elle présente mais de la rapporter à ce qu’est aussi le contexte, dans quoi ça s’inscrit. D’ailleurs je ne discute pas les chiffres officiels, ni les projections les plus pessimistes, je les prends pour argent comptant de la transparence annoncée, proclamée. Si en réponse, il est opposé que ces chiffres ne sont pas les bons, sont sous-estimés, que le virus ci ou ça, etc, c’est la question de la transparence qui s’ouvre.

 

Favoriser la peur, l’émotion

On nous parle toujours en nombre de cas, de décès, sans jamais1 aucun pourcentage. Alors qu’on nous en colle toujours, mais depuis quelques jours rien. Hier dans un livre sans aucun rapport avec notre situation, sur un échantillon de cinq animaux, 60 % qui réagissaient négativement au dérangement, donc 3 sur 5. Avec 2 sur 5, on descend à 40 %, le pourcentage n’a là pas grand sens. Les chiffres ça se manipule, manipulons-les, faisons les se répondre pour mieux apprécier. Le fait qu’on nous donne que du brut favorise l’émotion, l’inquiétude, la peur, la gravité. Regardez avec les pourcentages, ça aurait pu être une stratégie de communication pour réduire l’impact réel.

Reprenons les chiffres officiels : aujourd’hui il est annoncé2 1663 cas et 148 morts : soit 2,11 % de décès, 10 fois plus que la grippe dit-on, mais 5 fois moins que le SRAS un autre virus couronné... Ayant fait le même calcul les jours précédents, je note plutôt une baisse du pourcentage qu’une augmentation…

Selon Le Monde3 « si rien n’était fait » c’est une projection jusqu’à 500 000 morts qui nous attendrait. Énorme c’est vrai, mais c’est aussi moins de 1 % de la population française (environ 67 000 000 de personnes). Dans le même ordre d’idée on trouve des projections annonçant que c’est 40 à 60 % de la population en France qui pourrait être atteinte, soit 25 à 40 millions de personnes. S’il y a 500 000 morts c’est… je vous laisse faire les calculs.

La population mondiale augmente malheureusement de plus de 200 000 personnes par jour ; aujourd’hui, depuis le début, l’épidémie n’a pas encore effacé une journée de croissance démographique !

 

Des mesures pourquoi, pour qui ?

Je ressens comme une disproportion des mesures, surtout par des gouvernements qui s’émeuvent si peu des morts que font chaque jour dans le monde nos guerres armées ou économiques, les conditions de travail ici et surtout ailleurs, qui ne réagissent pas avec détermination aux urgences climatique et écologique. De combien de morts par an nos besoins de pétrole, de loisirs, de tourisme, d’informatique sont-ils responsables ?

 

Pourquoi ces mesures : pour réduire le nombre de cas, éviter l’engorgement du système de santé (mis à mal par les logiques gestionnaires depuis quelques décennies) -un argument qui revient dans l’esprit de beaucoup avec qui j’ai échangé. Parce que le pouvoir politico-sanitaire qui les édicte, a peur de dire que face à l’engorgement, il y aura, comme dans toute médecine de catastrophe, du tri entre le plus et le moins soignable ?

 

Quelle transparence nous avons, où sont les comptes-rendus des réunions du conseil scientifique, avec tout ce qui s’échange pendant les réunions ? Où sont dans ces conseils de crise les questionneurs du savoir techno-scientifique, ceux qui déplacent le questionnement, le regard ? Une forme d’entre soi aussi, un complexe politico-saniaire, politico-sanitaro-militaire ? Un manque de transparence, la transparence ne s’arrête pas à la parole du ministre ou du président, elle implique que nous puissions aller voir plus loin. Taper avis du conseil scientifique, vous n’aurez rien qui sort d’accès facile sur votre net… Nous informe-t-on sur les interrogations à propos du devenir du virus, qui pourraient justifier aussi l’inquiétude, sur ses mutations possibles ?

 

C’est la peur de qui ? N’est-ce pas une pandémie d’abord de classes ? N’oublions qu’elle s’est répandue non avec les migrants, réfugiés de toute sorte, mais avec les voyageurs, avec ceux qui vont d’espaces économico-politiques forts à espaces économico-politiques forts. Regardez les cartes de propagation, regardez le nombre de ministres, députés atteints… Regardez comme la France du vide est encore vide (ou moins pleine) ! Comparez les cartes vous verrez ça concorde ! Vaut mieux vivre dans la Creuse qu’à Paris ! Quant à l’Occitanie mieux vaut être dans les départements périphériques que dans l’Hérault ou qu’en Haute-Garonne… . L’Occitanie du vide !

La peur, la panique des classes responsables, n’est-ce pas son expression, ces mesures ? Comme une panique boursière (qui d’ailleurs doit s’installer…). Plus qu’avec d’autres épi-pandémies, ils se sentent vulnérables ? Pourquoi ne pas avoir appliqué « le principe de précaution » dès le début avec des mesures de quarantaine pour tout arrivant sur le territoire ? C’était compliqué, peut-être pas autant que ce qui nous arrive. Mais ça gênait d’abord qui, ceux qui voyagent pour affaires, pour tourisme… Ne payons-nous pas leurs inconséquences ?

 

N’est-ce pas aussi, rien n’est exclusif, la puissance de l’humain sur la nature qui se trouve mise à mal, parce que peut-être il faudra vivre avec… Là on vit contre, on éradique alors que s’est installé.

 

Pour dire et faire sentir dans les corps, dans la chair et les esprits, qu’on a fait quelque chose, que les gouvernements du monde sont efficaces, peu regardant pour nous sauver sur les conséquences économiques. Faites nous confiance pour la suite. C’est anecdotique, mais il n’est pas exclure que le 2e tour des élections, une fois le pic passé, sera favorable à qui soutient un gouvernement si efficace.

 

Ce confinement total qu’on nous impose n’annonce-t-il pas des jours plus sombres, des pouvoirs autoritaires qui sous prétexte de nous protéger nous enferment ? Remontent les souvenirs du Meilleur des mondes, de 1984… je n’ai pas encore lu Damasio ! Le biopouvoir, ce pouvoir sur la vie des corps et de la population, n’a-t-il pas là une occasion de franchir un nouveau stade ?

 

Demain après la crise, le goût des bises...

Je ne dis pas que ça a été fait pour, mais le résultat est là : il n’y a plus dans le monde de contestation possible. Alors qu’il y a peu encore, on faisait des liens entre les contestations d’ici et d’ailleurs, entre le social et le climatique, c’est fini au Chili comme en France et ailleurs. Les manifestations, les marches pour le climat et autres, au placard. Le Capitalisme mondial intégré4 n’en sera-t-il pas le gagnant ? Nous aurons tous, de part le monde, appris à nous soumettre vite et bien grâce à l’interconnexion, à la peur panique d’une réalité certes inquiétante, mais quand même qu’on le veuille ou non, relativisable.

Demain, qui pourra retrouver le plus facilement un nouvel élan, qui sera aidé en priorité, les gros intégrateurs qui ont les capacités à faire face -qui ont le contact quasi permanent avec le pouvoir politique- ou les petits acteurs locaux qui auront été lessivés. Ça favorise le réflexe grande surface au détriment du réflexe producteur ? Amazon au détriment des libraires ? Amazon augmente les salaires, veut recruter 100 000 personnes5...

Demain, après la crise, les bises auront-elles le même goût, ne se regardera-t-on pas avec une suspicion ?6

 

Résistons !

Certes j’imagine à l’opposé que cette grande peur, qui a pour résultat sur l’économie quasiment celui qu’aurait eu une grève générale mondialisée, pourrait aussi être une remise en question profonde. Travaillons à cela, mais ne nous leurrons pas le capitalisme mondial intégré est particulièrement souple et adaptable.

Face à cet état d’urgence sanitaro-militaire, je vous invite à partager les questionnements avec moi, à me dire si je suis complètement délirant, et pourquoi. A ne pas baisser la garde de vos convictions, ne pas courir dans les grandes surfaces au détriment de nos producteurs et commerces locaux, à continuer à se voir (ma porte est ouverte à qui veut), à sortir si le cœur vous en dit… A participer à mettre en place, à défendre pratiques, réseaux et démarches qui conviendraient à une société de plus grande simplicité, de liens renforcés avec nos territoires. Que le coronavirus n’arrête pas nos luttes, nos désirs, il dévoile incontestablement une faiblesse du monde intégré et relié, essayons d’y planter un coin, d’élargir la blessure. Résistons donc, et d’abord en questionnant, trifouillant les évidences qui nous sont servies à grands coups d’unanimité gouvernementale et médiatique.

 

Renaud de Bellefon

 

1C’est le premier article que je viens de trouver qui questionne, merci de m’en transmettre d’autres. Du coup je lui ai piqué l’idée de la grève générale.

https://reporterre.net/Le-coronavirus-fait-la-greve-generale?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=nl_quotidienne

2 https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/03/16/coronavirus-en-france-le-bilan-actualise-et-la-carte-des-contaminations_6033283_4355770.html

3 https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/15/coronavirus-les-simulations-alarmantes-des-epidemiologistes-pour-la-france_6033149_3244.html

4 Félix Guattari, http://1libertaire.free.fr/Guattari4.html, aussi Les trois Ecologies, Galilée, 1989

5 info d’aujourd’hui! https://www.20minutes.fr/monde/2741807-20200317-coronavirus-face-explosion-demande-amazon-augmente-salaires-recrute-100000-personnes

6http://jdmichel.blog.tdg.ch/archive/2020/03/18/covid-19-fin-de-partie-305096.html?fbclid=IwAR2yYZeL3rUa0GyQjpxKZLnGtDHKll3VHMv_FetVmZfDTZUjHUUbJoUNktgAmitiés

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