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Billet de blog 23 juin 2020

Glyphosate En Bigorre - plainte pour une transition agroécologique sans pesticide

Un collectif de 60 citoyennes et citoyens de Tarbes (Hautes-Pyrénées) se prépare à déposer une plainte contre les fabricants de pesticides et ceux qui autorisent leur mise sur le marché. Cette démarche s'inscrit dans le cadre de La campagne nationale « J’ai des pesticides dans mes urines, et toi ? » démarrée en Ariège en 2018.

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Un collectif de 60 citoyennes et citoyens de Tarbes (Hautes-Pyrénées) se prépare à déposer une plainte contre les fabricants de pesticides et ceux qui autorisent leur mise sur le marché. Cette démarche s'inscrit dans le cadre de La campagne nationale "J’ai des pesticides dans mes urines, et toi ?" démarrée en Ariège en 2018.

A ce jour, Juin 2020, environ 6300 citoyens·ne·s à travers la France ont pratiqué des analyses d’urine pour rechercher des traces de glyphosate et ont porté plainte. En effet 100 % des analyses ont été positives avec un taux moyen de 1,18 ng/ml de glyphosate. L’EFSA (Agence Européenne de Sécurité Alimentaire) autorise un taux de 0,1 ng/ml de glyphosate dans l’eau de boisson des européens.

La campagne glyphosate initiée en Ariège réclame l’interdiction de tous les pesticides de synthèse avec comme vitrine le glyphosate et somme le gouvernement de mettre en place immédiatement des mesures de transition vers une agriculture écologique. L’idée de cette campagne est de démontrer que tous les citoyens sont imprégnés de glyphosate à leur insu.

Les pisseurs involontaires de glyphosate © PIG

Rappel de l'historique

La campagne a été initiée par le collectif des faucheurs volontaires d’Ariège avec le soutien du Cabinet TUMERELLE dans le cadre d’un procès de militants ayant réalisé une action contre les produits à base de glyphosate. Dans le cadre de ce procès, le Tribunal correctionnel de Foix a saisi la Cour de Justice de l’Union Européenne pour demander un contrôle de la légalité des procédures d’autorisation des pesticides. La campagne nationale a été lancée en juin 2018 et est toujours en cours. Cette campagne citoyenne vise à réaliser des prélèvements d’urines sur les personnes volontaires pour savoir si elles sont contaminées par le glyphosate.

Objectifs de cette campagne

– Alerter les citoyens et les décideurs politiques de la large contamination par les pesticides dont nous sommes tous les victimes,

– Imposer une modification de la législation qui permet en l’état des dérives et n’assure pas le respect du principe de précaution et de la santé,

– Saisir la justice pour condamner les responsables par le dépôt d’une plainte pénale large visant un certain nombre d’infractions.

L’idée de cette initiative citoyenne est de réaliser le plus grand nombre possible d’analyses de contaminations urinaires pour alerter les pouvoirs publics, et pour ceux qui le souhaitent de se joindre à la plainte pénale déposée contre les responsables de la contamination.

Glyphosate - Écocide en cours © pisseu·r·se anonyme

Si les actions, pétitions, manifestations sont primordiales, seule une saisie du pouvoir législatif ou de nos institutions judiciaires permettra de modifier la législation applicable. L’objectif est donc de coupler l’initiative citoyenne à une action juridique et judiciaire pour aboutir à une modification durable du système.

Cette action n'a pas vocation à faire culpabiliser les agriculteurs, car comme nous ils sont pris en otage par le système.

Relais dans le 65

Initiée en Septembre 2018 à l’occasion du "Village des Alternatives" à Tarbes organisé par l’association Alternatiba Tarbes, les membres fondateurs de la campagne nationale sont invités à parler de leur action.

S’en sont suivies 6 réunions d’information sur le Département, de janvier 2019 à mars 2019, co-animées par Partick Prady (membre actif de Générations Futures 65) et Fabien Mendes (citoyen engagé et relais local de la campagne nationale).

Ce 1er trimestre 2019 a renforcé les partenariats et permis de créer un groupe de 70 volontaires dont 60 souhaitent porter plainte.

3 campagnes de test urinaire dont 2 devant huissier sont organisées en avril à Tarbes et en mai à Lourdes.

Les résultats sont sans appel : comme les milliers d’analyses réalisées en France, tous contiennent des traces de glyphosate. Les taux trouvés vont de 0.21ng/ml à 2.67ng/ml. En moyenne, le taux de glyphosate observé était de 0.9ng/ml pour le groupe de Tarbes et 1.35ng/ml pour celui de Lourdes. Pour information L’EFSA (Agence Européenne de Sécurité Alimentaire) autorise un taux de 0,1 ng/ml de glyphosate dans l’eau de boisson des européens.

Bilan de la campagne glyphosate locale

Le premier enseignement de cette campagne, c’est que tout le monde est imprégné de pesticides, quel que soit son mode de vie et d’alimentation. Au niveau national, on constate que les taux les plus élevés de pesticides sont relevés dans le Nord, près des grandes plaines en monoculture de betterave ou de pomme de terre. Nous faisons donc l’hypothèse que le glyphosate que nous avons dans notre corps ne vient pas seulement des aliments ou boissons que nous ingérons, mais qu’il provient aussi de l’activité agricole et se propage dans l’air. La différence notable de taux moyen entre Tarbes et Lourdes pourrait aussi s’expliquer par l’activité agricole : lorsque nous avons réalisé les prélèvements à Lourdes, de nombreux champs venaient d’être « préparés » à être semés, alors qu’au mois d’avril à Tarbes, la météo ne le permettait pas encore. En d’autres termes, les pesticides n’avaient pas encore été épandus lors de l’analyse réalisée à Tarbes.

Nous pointons du doigt le système de l’agrobusiness qui prend les agriculteurs en otage, et les politiques qui, implicitement, le cautionnent. Les agriculteurs sont les premières victimes des pesticides. Les différents débats au début de cette campagne dans le 65 ont permis le témoignage de nombreux exploitants agricoles ou d’enfants d’exploitants en grande souffrance. Rappelons qu’un agriculteur sur 3 vit avec moins de 350€/mois en France, et que la moyenne de leurs revenus est de 1350€ par mois. Le nombre de suicides en dit long sur leur situation (2 suicides tous les jours, source MSA en 2019).

Génération pesticides - les enfants en première ligne © france24

Bilan de la campagne au niveau National :

La Campagne Glyphosate est un très grand succès, de nombreuses étapes ont été réussies, ce qui contribuent grandement à nous rapprocher de la perspective d’un procès :

-plus de 6 298 analyses à ce jour (moyenne 1,18 ng/mL, max 7ng/mL et 8 personnes sous le seuil de détection 50.07 ng/mL)

-près de 5800 plaintes posées ou en cours d’être posées
-72 comités locaux répartis dans 68 départements
-une très importante couverture médiatique
-la création d'un groupe pluridisciplinaire pour travailler aux analyses des résultats -un effet boule de neige (arrêtés municipaux, analyses de cheveux...)

Tout cela amène à une prise de conscience très large de l'imprégnation permanente et généralisée que nous subissons.

Pour l'équipe nationale, pour notre avocat Guillaume Tumerelle et son expert environnement Aude Desaint, cela représente un travail énorme depuis près de 2 ans.

Conséquences et effets de la campagne :

Petit rappel que vous connaissez toutes et tous : Depuis le 1er janvier 2019, les particuliers et jardiniers amateurs ne peuvent plus se procurer de produits à base de pesticides de synthèse, comme le célèbre Roundup de Monsanto. Cette mesure concernant les pesticides de synthèse s'inscrit dans une démarche plus large de réduire progressivement leur usage en France. Mais le plan écophyto qui avec ses 400 millions d’euros ambitionnait de réduire de 50% l’utilisation des pesticides en dix ans est un échec patent. Entre 2009 et 2018 l’utilisation des pesticides a augmenté de 25%, mettant en danger l’eau, les sols et notre santé. En avril 2018, la mission parlementaire française d'information sur les pesticides a insisté sur "la nécessité de réduire drastiquement l'usage des pesticides pour tendre aussi rapidement que possible vers leur abandon". "L'établissement d'un lien de causalité entre la survenue d'une pathologie et l'exposition aux produits phytopharmaceutiques est délicat"...

L’agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a annoncé sa décision de retirer les autorisations de mise sur le marché de 76 produits phytosanitaires fongicides (tueurs de champignons) d’usage courant sur les céréales et les betteraves. Motif : la substance active qui les compose, l’époxiconazole, suspectée d’être cancérigène, est un perturbateur endocrinien, selon les travaux de l’agence.

Lundi 9 décembre 2019 , l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire, a annoncé le retrait des autorisations de mise sur le marché de 36 produits à base de glyphosate et le refus d’autoriser 4 nouveaux produits, « les données fournies par les industriels ne permettant pas de statuer sur leur éventuelle génotoxicité ». « Ces produits représentaient en 2018 près des trois quarts des tonnages de produits à base de glyphosate vendus en France, pour des usages agricoles et non agricoles », a précisé l’Agence. Ces produits ne pourront plus être utilisés à partir de la fin 2020.

L’interdiction des pesticides pour les collectivités prouve qu’ils sont dangereux. Elle va dans notre sens et montre que ceux qui s’opposent aux pesticides sont dans le vrai et qu’il faut continuer.

Enfin (et surtout) la décision de la CJUE (Cours de Justice de l’Union Européenne) suite aux 4 questions préjudicielles soulevées lors du 1er procès des faucheurs volontaire en Ariège en octobre 2017 (départ de la campagne nationale glyphosate) a donné lieu à un arrêté du 1 octobre 2019 qui vient préciser les termes et la réglementation concernant la procédure d’évaluation d’un produit phytosanitaire dans le cadre de son autorisation de mise sur le marché.

Cet arrêt donne une interprétation forte utile du règlement européen sur les méthodes d’autorisation de mise sur le marché des pesticides. L’interprétation de la Cour de Justice démontre que les procédures légales ne sont pas appliquées ou incorrectement appliquées. Cet arrêt permet aujourd’hui de contester un grand nombre d’autorisations de mise sur le marché qui n’ont pas respecté la procédure européenne, notamment l’autorisation de mise sur le marché des herbicides à base de glyphosate qui repose sur une analyse de l’EFSA ne prenant pas en compte l’effet cocktail des molécules associées au glyphosate.

Quid de la plainte nationale ?

L’ensemble des plaintes individuelles est transféré au pôle santé du TGI de Paris. La plainte est en cours d’instruction. 3 pisseurs volontaires d’Ariège ont été convoqués fin 2019 pour être auditionnés à la demande des procureurs parisiens en charge de la plainte. Aussi ces procureurs se sont déplacés à la CJUE pour assister à la délibération donnant lieu à l’arrêté du 1er octobre 2019.

MONSANTO ! Sors de ce corps ! © pisseu·r·euse anonyme

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