Elections départementales sur le canton de la Haute-Bigorre

Démenti à l'article publié dans la dépêche du Midi du 22 juin 2021, à propos du positionnement des candidats LFI et Génération.s pour le second tour des départementales sur le canton de la Haute-Bigorre. Et quelques réflexions sur les résultats...

Le mardi 22 juin, deux jours après le premier tour des élections départementales sur le canton de la Haute-Bigorre, une journaliste de la Dépêche du Midi a publié un article où elle écrit qu'un rapprochement semble se profiler entre Brune-Abadie (Jacques Brune, LREM) et Klotz-Lyonne (FI et Génération.s). Ceci relève de l'erreur professionnelle et de la diffamation publique. Nous avons demandé à la Dépêche de publier un démenti et un droit de réponse qui devrait être publié ces jours-ci. Mais le mal est fait : un certain nombre de gens ne liront pas le démenti, et le doute est semé dans l'opinion publique. Ce genre de "bruit" court vite ! Nous avons aussi tenu une conférence de presse pour clarifier notre position sur le second tour auprès des autres médias locaux : nous ne soutenons ni le binôme Abadie-Brune, ni le binôme Brau-Noguet-Darrieutort.

Ces quelques lignes contribue à brouiller l'esprit des électeurs. On voudrait dégouter les gens de la politique qu'on ne s'y prendrait pas autrement... C'est aussi une idiotie : je suis Gilet Jaune, je combats la politique de LREM ! Jacques Brune est dans le parti présidentiel, qui a réprimé violemment les demandes démocratiques des gilets jaunes. C'est un adversaire politique. Voir même un ennemi naturel. Ecrire ce genre de chose prouve que même la presse locale est totalement hors sol ! De plus, Mr Brune aurait dit : ''Victoria Klotz est venu nous aider dimanche soir au bureau de vote de Clairvallon, on a discuté et je m'entends bien avec Michel Lyonne". J'espère que tout le monde comprend bien la perversité de la formulation... Comme tous les candidats et citoyens engagés dans la vie politique, le jour du vote j'étais inscrite comme déléguée sur plusieurs bureaux de vote, afin de surveiller la bonne organisation du scrutin et participer au dépouillement. Par hasard, au bureau de vote de Clairvallon étaient aussi présents : Christelle Abadie, Jacques Brune, Stéphane Toujas (PC). Cette présence dans le même espace-temps ne dit pas autre chose que notre participation au processus démocratique ! C'est tout à fait tordu de décrire cela comme un soutien... Jamais je ne soutiendrai ces adversaires là. J'y vois plusieurs objectifs : nous décrédibiliser, nous salir, et tenter de récupérer quelques voix au passage. Ils sont prêts à tout ! Le respect de l'adversaire n'existe plus.

Et pour que ce soit bien clair : je pense que les deux binômes en ballotage incarne une politique de droite, clientéliste, bourgeoise, inconsciente des enjeux actuels. Aux antipodes du projet que nous avions travaillé pour que le département devienne un bouclier dans la crise sociale, prenne à bras le corps la question environnementale et surtout en faire un outil de revitalisation de la démocratie.

Rappel de la situation du second tour : le binôme arrivant en tête avec 1885 voix est celui de Mr Brau-Noguet et Mme Darrieutort (conseillère départementale sortante, étiquette PRG, adjointe au maire dans une majorité de droite).  Le second binôme composé de Christelle Abadie (conseillère municipale d'opposition à Darrieutort) et Jacques Brune (conseiller départemental sortant, président de la CCHB, étiquette LREM) rassemble 1585 voix. Ces deux candidats sortants faisaient partie de la majorité de Mr Pélieu au département et ont fait campagne sur leur bilan pour une continuité de la politique menée par ce président. Autrement dit : que Mr Brune ou Mme Darrieutort soit élu.e, c'est du pareil au même ! La même politique sera menée : soutien au tout-ski et à un tourisme de luxe, aucune mesures en direction des jeunes, aucune politique de protection de l'environnement, une politique sociale très timide et peu innovante, pas d'ambition pour la place de la culture, pas de programme pour les sports. Bref, une politique sans substance autre que l'économie qui profite aux plus riches.

Ce qui se joue dans ce deuxième tour est un autre enjeu : c'est la guerre qui se déroule actuellement entre la municipalité de Bagnères et la Communauté de Communes de Haute-Bigorre. Le conseiller départemental qui sera élu est supposé mieux défendre les intérêts de l'un ou l'autre territoire : la ville de Bagnères ou les 14 communes de la communauté. Le vote des électeurs est d'ailleurs représentatif de cette dialectique : Brune fait un meilleur score dans les villages et Darrieutort cartonne sur Bagnères. Le rural versus l'urbain. La ville phare versus le terroir. Je m'interroge sur le bien-fondé de cette lecture. Je me demande si l'enjeu n'est tout simplement pas primitif : une guerre des chefs. L'un asseyant son pouvoir sur sa ville, l'autre manipulant sa baronnie. Car au final le conseiller départemental qui sera élu devra être au service de l'intérêt général de la population du canton, dans son ensemble ! et plus évidemment au service de l'ensemble du département. Est-ce qu'on fait croire aux gens qu'on va défendre leurs intérêts particuliers ? Ou est-ce que les gens veulent croire que les politiques vont défendre leurs intérêts particuliers ? Certainement un peu des deux. D'ailleurs ces candidats ont fait campagne en organisant des réunions dans les mairies avec les maires et conseillers municipaux. Dans l'objectif de créer du lien, de faire connaissance, d'être à l'écoute des problématiques... Ca permet d'entretenir le clientélisme. Voilà le grand mal d'aujourd'hui en politique : plus personne ne croit en l'intérêt général. Les politiciens des collectivités font des promesses aux maires, ceux-ci font des promesses à certains de leurs administrés, et une partie des électeurs votent en fonction de leurs intérêts particuliers. Ceci explique en partie pourquoi 66,74% des inscrits préfèrent s'abstenir. Ce chiffre va continuer d'augmenter, de scrutins en scrutins, puisque les politiciens en place n'ont aucun intérêt à remettre en question ce système.

Des solutions il y en a pourtant: Il faut informer, expliquer, consulter, animer, faire participer. Fabriquer les conditions pour réfléchir à l'intérêt général. C’était le sens de nos propositions du « Café du canton », du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC), des consultations citoyennes sur les grands projets, des budgets participatifs, des commissions citoyennes. Les collectivités doivent se saisir de cette mission. Continuer comme avant ne ferait qu’accroître l’abstention et condamnerait notre démocratie. A partir de quel taux d'abstention peut-on considérer que nous ne sommes plus en démocratie mais en dictature ? Le sursaut peut venir aussi du national :  en instaurant une 6ème république et en lançant un processus constituant qui permettra à tout le monde de réécrire les règles du jeu démocratique. Voilà pourquoi je suis avec la France Insoumise : à mes yeux c'est le seul mouvement politique qui aura ce courage et qui réintroduira de la vertu en politique, Par ailleurs le travail est déjà commencé dans les mouvements citoyens : les gilets jaunes, la primaire citoyenne, les villes en transition, Mouvement UP, le Monde d'Après, le Conseil national de la nouvelle Résistance etc etc... 

Les urnes ont parlé en Haute-Bigorre: elles ont dit l'immense refus des électeurs de participer à ces scrutins où les campagnes se font sur des réseaux d'influence avec prime pour les sortants. Nous savions déjà à quoi nous attendre. Nous avons fait ce que nous pouvions faire, avec une équipe de campagne très réduite : peu de volontaires pour se plonger dans les arcanes du département, écrire un programme, tracter, boiter, partager sur les réseaux, et personne à la réunion publique que nous avons organisé. Les plus proches amis militants étaient aux abonnés absents. C'est pas pour vous culpabiliser. Je sais que personne n'est indifférent. Peut-être que les gens n'aiment pas perdre, tout simplement. Moi non plus. Je crois que toute cette énergie n'est pas perdue : nous avons représenté le désir de certains électeurs, nous avons rendu visibles leurs aspirations, nous avons fait vivre ce qu'il reste de démocratie, nous avons réussi à nous allier. Certains diront que c'est vain d'entretenir cette illusion. Qu'il vaut mieux que tout ça s'effondre et qu'on reconstruise autre chose. Je suis d'accord. Le monde s'effondre, chaque jour, et chaque jour nous le reconstruisons. Maintenant. 

Je remercie les 656 électeurs du canton qui ont voté par conviction pour notre projet. Et je salue les 686 électeurs qui ont voté pour l'équipe soutenue par le Parti Communiste. Cela démontre que 28% des exprimés se sont positionnés pour des projets politiques émancipateurs, attachés à la notion de service publique.

Le combat politique continuera, sous toutes ses formes possibles : vie associative, collectifs de lutte, désobéissance civile, bataille culturelle, expressions libres, participation aux élections...

Celui qui ne se bat pas, a déjà perdu.

Victoria Klotz

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