l’Institution Adour mène un travail démocratique: diagnostic et propositions

Eau potable, hydroélectricité, irrigation ou encore pisciculture, l’Adour est une ressource partagée par de nombreuses activités du territoire. Mais le secteur en amont d’Aire-sur-Adour jusqu’aux Pyrénées est en déséquilibre : les prélèvements sont supérieurs à ce que peut fournir le milieu. Et d'ici à 2050 les débits d'étiage seront plus faibles de 30 %

L'Institution Adour est un établissement public territorial de bassin (EPTB) constitué en 1978 par les quatre Départements du bassin de l'Adour (Hautes-Pyrénées, Gers, Landes et Pyrénées-Atlantiques) pour gérer le fleuve Adour et ses affluents de leur source à l'embouchure.

L'EPTB est en charge de la coordination et de la mise en cohérence de la gestion du grand cycle de l'eau ainsi que de la maîtrise d'ouvrage et de l'animation de démarches dans ce cadre, et ce, à l'échelle de l'intégralité du bassin versant de l'Adour. L'EPTB intervient dès lors sur des problématiques telles que la ressource en eau, la prévention des inondations, la préservation de la biodiversité, et plus généralement à la mise en place d'une gestion intégrée de l'eau.1

Dans le cadre des travaux concernant le Projet de Territoire Adour Amont (PT3A), des réunions périodiques et des tables rondes ont été planifiées, où chaque acteur du territoire a pu s’exprimer, selon une règle bien démocratique : une personne, une voix. Ce choix n’était pas évident, mais il a été maintenu et conforté par la présence de deux médiateur·e, garant·e chargé·e d’expliquer et de veiller au respect de la démarche.

« Un merci bien sincère pour l’approche plurielle, précisément documentée et l’écoute attentive de chacun∙e des organisateur∙trice∙s.

Votre respect de chaque parole est de grande qualité et porte activement ses fruits, parmi des participant∙e∙s aux intérêts extrêmement divers.

La réception et l’envie de coopérer me semblent de ce fait bien enclenchées. » AB 5 Avril 2019

Une concertation autour de la gestion de l’eau : le projet de territoire pour la gestion de l’eau sur l’Adour en amont d’Aire

 

Carte du bassin de l'Adour - zone Adour Amont © Institution Adour Carte du bassin de l'Adour - zone Adour Amont © Institution Adour

L’eau potable, l’hydroélectricité, l’irrigation ou encore la pisciculture, l’Adour est une ressource partagée par de nombreuses activités du territoire.

Le secteur en amont d’Aire sur l’Adour jusqu’aux Pyrénées est par ailleurs identifié comme étant en déséquilibre à ce niveau : les prélèvements sont supérieurs à ce que peut fournir le milieu.

Afin de trouver des solutions partagées par tous, l’Institution Adour porte depuis octobre 2018 une démarche de concertation qui implique toutes les activités en lien avec l’eau.

À l’origine de la démarche : le constat d’un déséquilibre entre ressource disponible et besoins

À l'origine de la démarche le constat d'un déséquilibre entre ressource disponible et besoins © Institution Adour À l'origine de la démarche le constat d'un déséquilibre entre ressource disponible et besoins © Institution Adour

 

En dehors de la période estivale, la ressource en eau est abondante puisque ce sont environ 130 Mm³ qui s’écoulent en moyenne tous les mois de décembre à mai au niveau d’Aire-sur-Adour (soit deux fois la consommation annuelle de tous les usages).

Le déséquilibre quantitatif se fait ressentir à l’étiage (période de basses eaux) pendant laquelle les ressources naturelles sont au plus bas tandis que les besoins sont les plus importants. Afin de compenser les prélèvements et maintenir un débit suffisant dans les cours d’eau, plusieurs ressources artificielles sont mobilisées (voir la carte ci-dessus). Ce soutien d’étiage, assuré par l’Institution Adour, se fait en concertation avec les acteurs du territoire concerné afin de gérer au mieux la ressource disponible (irrigants, syndicats d’eau potable, industriels, associations de protection de la nature et de l’environnement, pêcheurs, kayakistes, etc.).

Le territoire de l’Adour amont est en déséquilibre quantitatif depuis de nombreuses années. Cela se traduit notamment par le non-respect régulier du débit objectif d’étiage (DOE) fixé à Aire-sur-Adour.

Le DOE est le débit de référence permettant l’atteinte du bon état des eaux et au-dessus duquel est satisfait l’ensemble des usages.

Débits moyen journalier, d'objectif d'étiage et de crise © Institution Adour Débits moyen journalier, d'objectif d'étiage et de crise © Institution Adour

Le non-respect de ce débit réglementaire entraîne des restrictions sur les usages de l’eau avec la publication d’arrêtés « sécheresse ». Les arrêtés « Sécheresse » ne peuvent être prescrits que pour une durée limitée et sur un périmètre déterminé. Ils doivent assurer l’exercice des usages prioritaires, plus particulièrement pour la santé, la sécurité civile, l’approvisionnement en eau potable et la préservation des écosystèmes aquatiques. Ils doivent également respecter l’égalité entre usagers des différents départements et la nécessaire solidarité amont-aval des bassins versants.

 

Une ressource qui deviendra plus rare d’ici 2050

L’étude Adour2050 est catégorique sur ce point : elle décline le travail du GIEC à un niveau plus local (même si cela reste toujours des ordres de grandeur). Nous pouvons donc affirmer que d'ici 2050 :

- les débits d'étiage seront plus faibles de 30 %, donc encore moins de ressource mobilisable en période estivale

- des températures moyennes supérieures de 1 à 1,5°C, donc une demande plus forte de ressource, notamment pour l'irrigation agricole qui reste le plus gros usage préleveur sur ce bassin (une plante à besoin d'eau pour grandir)

- Une pluviométrie globalement stable mais répartie différemment dans l'année : de longues périodes estivales sans précipitations sont à prévoir

- Un enneigement plus faible du massif pyrénéen : plus du tout de neige à 1500m et en diminution par 3 à 1800 m

Plus d'informations ici : https://www.institution-adour.fr/documents-adour2050.html?file=files/adour_files/docs/Adour2050/Info/Adour2050_Lettre_info_2_2017_07.pdf

On peut conclure de ces prévisions que la situation ne va pas aller en s'améliorant et que si nous souhaitons rétablir durablement l'équilibre quantitatif sur ce bassin, il est nécessaire de prendre le changement climatique en ligne de compte.

En effet, l'ordre de grandeur auquel nous sommes arrivés dans le Bilan Besoins-Ressources (BBR) est de 36 Mm³ contre 15 Mm³ actuellement ; mais cela reste sûrement sous-évalué (non prise en compte des besoins qui vont apparaître, modélisation sur une seule année, scénario climatique d'Adour 2050 déjà dépassé....). d’ici trois décennies, une baisse significative des volumes disponibles à la période estivale aura lieu, de l’ordre de 20 à 30 %.

De plus, le besoin en eau global ne cessera d’augmenter, en lien avec des températures dont la hausse sera comprise entre 1 et 1,5°C a minima. Cela pose la question du devenir des activités du territoire alors même que des arrêtés de restrictions d’usages sont régulièrement prononcés en été.

L’eau, un bien commun, une concertation ouverte au grand public

L 'eau fait partie du patrimoine commun de la nation. Par conséquent, la concertation à venir concerne toutes les personnes du territoire intéressées par ce sujet en plus des acteurs socio-économiques directement concernés.

Sur le bassin de l’Adour, c’est environ 75 % de l’eau prélevée qui est destinée à l’irrigation contre 21 % pour l’alimentation en eau potable domestique et 4 % pour l’industrie. Pour autant, avec la raréfaction de la ressource d’ici 2050, les efforts devront venir de tous les usagers, y compris des habitants.

Pendant l’été 2019, une dizaine de cafés-débats ont été organisés sur le territoire (carte ci-contre). Un jeu a même été conçu spécialement pour l’occasion afin de faire découvrir de manière ludique les grands aspects du partage de la ressource sur le bassin ainsi que les contraintes des différents usages. D’autres moments d’échanges avec les citoyens seront organisés dans la suite de la démarche.

Densité de population des Hautes-Pyrénées

Densité de population des Hautes-Pyrénées © Institution Adour Densité de population des Hautes-Pyrénées © Institution Adour

Températures et précipitations à 2050 © Institution Adour Températures et précipitations à 2050 © Institution Adour

 

Adour2050_Lettre_info_2_2017_07-1.pdf © Institution Adour Adour2050_Lettre_info_2_2017_07-1.pdf © Institution Adour

 

Une démarche lancée en 2018 et qui se poursuit

Concertation, élaboration et Décision | Institution Adour © Institution Adour Concertation, élaboration et Décision | Institution Adour © Institution Adour

Une démarche lancée en 2018 et qui se poursuit © Institution Adour Une démarche lancée en 2018 et qui se poursuit © Institution Adour

Il est donc d’autant plus important d’aborder la question de cela concerne tous les habitants du territoire. En effet, c’est tout le fonctionnement hydrologique du bassin qui sera bouleversé et cela aura également un impact sur l’eau disponible pour l’irrigation agricole, les dilutions d’eau usées, l’approvisionnement en eau potable, les activités de loisirs en rivière, etc.

Le projet de territoire, une démarche participative pour construire ensemble les solutions de demain

L’objectif de ce projet de territoire est bien de faire émerger des solutions adaptées aux besoins et aux contextes locaux afin de retrouver une situation d’équilibre quantitatif durable. Il est donc essentiel que tous les acteurs du territoire et les habitants concernés par cette thématique s’impliquent dans cette démarche pour aboutir à un résultat partagé et accepté par tous.

Pour cela, nous travaillons depuis le lancement du projet, avec les acteurs de la concertation, à la construction d’une vision partagée du territoire en leur donnant la possibilité d’expliquer leurs besoins et leurs contraintes. En parallèle de ce travail de concertation, des études techniques sont réalisées pour alimenter les discussions en données concrètes et objectives sur le niveau de déséquilibre actuel et futur et sur la socio-économie du territoire.

Avancement du diagnostic © Institution Adour Avancement du diagnostic © Institution Adour

Enjeux © Institution Adour Enjeux © Institution Adour

Stratégie proposée © Institution Adour Stratégie proposée © Institution Adour

Exemple de la démarche :

« En première partie d’atelier, le bilan besoins ressources à horizon 2050 réalisé par la CACG a été présenté aux participants. Ces derniers ont ensuite pu poser leurs questions, exprimer leurs remarques et faire des propositions sur la méthodologie utilisée et sur les résultats du BBR 2050.

Les échanges, remarques et propositions sont résumés dans la suite de ce compte-rendu. La plupart des questions posées ont pu trouver des réponses immédiates, d’autres nécessiteront un temps de travail plus important.

Synthèse des évaluations sur la qualité du diagnostic et idées évoquées pour la suite - mi-octobre 2019.png

En seconde partie d’atelier, les participants ont été invités à s’interroger sur les orientations stratégiques à donner au Projet de territoire pour réduire le déséquilibre quantitatif constaté sur cette portion de l’Adour et de ses affluents. Les participants ont ainsi formulé plusieurs propositions en les positionnant sur deux axes : le premier mesurant la plus-value pour réduire le déséquilibre quantitatif et le second mesurant les bénéfices socio-économiques et les externalités positives environnementales.

Une possibilité de poursuivre le travail entamé a été laissée aux participants : une grille permettant de proposer de nouvelles actions leur a été distribuée en fin d’atelier. Les propositions envoyées avant le 3 décembre seront étudiées par le comité de suivi du 10 décembre. Un délai supplémentaire sera laissé jusqu’au 17 décembre pour que les propositions soient intégrées aux ateliers des 13 et 14 janvier 2020. »

Structures impliquées dans la concertation

Structures impliquées dans la concertation © Institution Adour Structures impliquées dans la concertation © Institution Adour

 

Grands chiffres de la concertation © Institution Adour Grands chiffres de la concertation © Institution Adour

Où en est la concertation ?

A la fin de l’année 2020, la phase de diagnostic touche à sa fin. Cela s’accompagne de la production de plusieurs rapports d’études ayant alimenté ce travail en donnée et réflexions objectives. Les discussions ont également permis de définir des enjeux partagés ainsi qu’un squelette de programme d’actions qui sera à détailler et à discuter dans les mois qui viennent.

 

Planning du projet © Institution Adour Planning du projet © Institution Adour

 

 

Je remercie Florian Urban, animateur du projet pour sa coopération et sa disponibilité.

1https://www.institution-adour.fr/

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