Interview d'Alexandre FERRAN - concilier l'urgence, l'inacceptable et la concertation

Alexandre Ferran était, au premier tour des élections municipales à Bagnères-de-Bigorre, en troisième position sur la liste citoyenne. Même s’il ne participe pas à ce second tour, j’ai souhaité l’associer à la réflexion sur les questions de nos vallées, car sa parole est importante et ne saurait être occultée par un calendrier ponctuel.

En B.- Q1 D’un point de vue général, comment envisages-tu la tenue de ce 2e salon pro 4x4 et SUV prévu les 19 et 20 septembre prochains ? Je dis 2e car c’est le 2e à Bagnères, même si c’est le 4e dans la région ; il y a un travail sur les mots qui me paraît très fallacieux, où ils veulent donner l’impression sur leur affiche qu’ils ont institué un rendez-vous depuis quatre ans alors que c’est clairement un coin dans la porte qu’ils cherchent à enfoncer.

A. F.- Dès le départ, je suis vraiment contre, pour mille raisons. Alors, ça m’intéresse d’essayer de comprendre ce qui motive les gens, en leur prêtant de bonnes intentions ; effectivement, ce serait pour palier au manque de neige, mais en même temps, ce ne sont pas du tout les mêmes économies : on ne peut pas employer du tout le même nombre de gens en 4x4-SUV que sur une station de ski, et puis même, hors de là, pour moi c’est une fuite en avant. De toute façon, penser aujourd’hui le tourisme hors de l’écotourisme, hors de vraiment revenir à… si tu veux, on a la chance d’être dans des territoires où il y a encore des savoirs anciens, il y a encore des bâtis anciens qui seraient facilement retapables, des estives, … donc il y aurait un milliard de choses à faire au niveau d’un tourisme écologique ouvert aux gens un peu fortunés, enfin, qui sortent de la ville et qui voudraient montrer un peu à leurs enfants comment … c’est quand même très dans l’air du temps. Ça permettrait de revaloriser nos territoires et de sortir du dilemme “si c’est pas hyper moderne, hyper ludique, hyper bétonné, hyper machin, ça n’intéresse personne” au contraire en fait, c’est “plus on va être rustique, plus on va faire des chiottes sèches pour apprendre aux Parigots « Regarde, là, tu mets la sciure… »”, c’est ça qu’ils veulent et en Europe, il y a un engouement énorme pour un tourisme vert.

Alors c’est pas la petite frange des 0,01 % qui s’éclatent avec des 4x4 dans la montagne et qui sont eux, effectivement, blindés.

En B.- À côté de ça, il y a eu une lettre ouverte à Carole Delga qui était contre son idée du tourisme, c’est-à-dire de faire venir des Chinois, faire venir des Russes, faire venir des Brésiliens, de très loin, qui font 8000 km en avion pour faire un petit peu de kayak, de vélo, de marche … et notamment quelques Ariégeois disaient : « Nous, on n’en veut pas de votre tourisme, parce que, quand ces gens-là vont repartir, d’une part ils auront consommé énormément de CO2, de dioxyde de soufre, de particules fines, et en plus, quand ils vont revenir, ils vont avoir envie de s’installer ; et nous verrons les loyers augmenter, les maisons ne seront plus achetables et le niveau de vie va devenir intouchable pour nous. » C’est ce que l’on voit à Bordeaux qui est maintenant à deux heures de Paris : plus aucune maison n’est accessible. Et puis les gens arrivent, ils rasent et construisent un truc à la place… Ça change totalement l’économie locale : tous les savoir-faire, toute la prise en compte, la prise de soin pour l’environnement sont balayés par des effets d’annonce qui durent le temps que les gens misent dessus, avant de partir ailleurs.

A. F.- Oui, c’est ça, en fait. Tout est pensé pour des temps très courts… et les gens sont là sur des mandats très courts, on est dans une pensée sociétale à ultra-court terme, et en plus on est dans une génération où les gens qui nous dirigent, qui sont aux commandes, sont complètement déconnectés, ne sont pas spatialisés, … Macron, de cette génération-là par exemple, est autant new-yorkais, que parigot, … le territoire pour eux, ça ne veut rien dire,à part peut-être sa petite enclave bagnéraise avec sa grand-mère qui habitait là. Et quand Carole Delga parle de territoire, c’est pareil. Ils sont sur du chiffre, sur des tableaux Excel, et déjà ta question est biaisée dès le départ. Si tu penses à ta population locale, comment ta population se renforce ? Il y a des systèmes vraiment très simples. On peut imaginer que tu développes ta monnaie locale puissamment, et quand des gens de l’extérieur viennent, ils paient le double. Mais ça ne marche pas avec le système du libre-échange. Tu veux acheter ici et tu viens de loin, ça coûte tant de millions. Après, si tu penses aux gens qui vivent là, forcément, le truc que je propose, un tourisme de montagne qui soit vraiment basé sur l’écologique, basé sur une identité de la zone, avec les moutons, avec la laine, avec le feutre comme ils sont en train de faire à Gerde, il y a plein de trucs qui deviennent incohérents : tu ne viens pas ramener des 4x4 dans l’environnement, à ce moment-là, tu ne peux pas faire ça, tu ne peux pas dire « on va faire ça, ça va aider l’économie locale » !

En B.- Je crois qu’il faut qu’il y ait une cohérence entre chacun des projets et une vision plus constructive.

A. F.- Bien sûr. et une vision locale…

En B.- … et des intérêts locaux et que la finance ne soit pas connectée à des systèmes internationaux. C’est le cas pour des monnaies locales comme l’Eusko au Pays Basque qui favorise les achats locaux et pénalise les avoirs monétaires en cas d’achat extérieur car ce n’est pas dans la cohérence du projet. 1

A. F.- Derrière, on est d’accord qu’il y a un projet politique de société et de localité. Le Pays basque est une source d’inspiration, même dans la façon dont ils gèrent leur communauté d’agglomération. 2

 

En B.- La question 2, elle vient spontanément d’être abordée avec l’aspect économique local. On passe à la 3?

Q3 Le 26 mai, le gouvernement a décidé de soutenir l’industrie automobile à hauteur de plus de 8 milliards d’euros […] Cependant, depuis le 24 décembre 2019, la loi d'orientation des mobilités prévoit […] Dans ce contexte contradictoire, quelle direction votre décision peut-elle prendre ?

A. F.- C’est le vent contre la marée. Tu ne peux que résister à la vague du tsunami qui déferle sur ta figure. C’est souvent comme ça chez l’être humain : plus ton angle est mauvais, plus on perçoit que ce que tu fais est merdique, plus tu vas là-dedans ; c’est une sorte de fuite en avant pour démontrer qu’un jour, ça va fonctionner. Or, aujourd’hui, à part cette petite élite, ce petit groupe-là, qui y croit encore ? personne !

En B.- C’est là qu’on voit la puissance industrielle des médias. et de la logique artificielle, qui cherche toujours à marginaliser les oppositions et à faire en sorte que les moyennisations, les statistiques, valident le centre de l’action, s’appuyant sur la mollesse des gens à réagir et en intégrant les oppositions.

A. F.- Après, il ne faut pas être aveugle : on a à notre tête et à tous les endroits des gens qui travaillent pour des voleurs, des bandits, pour une mafia : quand tu comptes par exemple ces huit milliards, regarde le salaire du directeur de Renault 3, regarde les dividendes qui sont balancés aux actionnaires – qui, je le rappelle, ne paient aucun impôt là-dessus – qui ne fabriquent aucune richesse mais juste récoltent ! Quand on voit partir des sommes pareilles, on sait que ce n’est pas pour le salarié de base.

En B. - 51 milliards ont été réclamés par le cabinet SmartCab 4 au titre de l’année 2019, pour que le FONDS de SOLIDARITÉ soit également abondé par les acteurs économiques, quels qu’ils soient,

sachant que, entre 2006 et 2018, les 40 sociétés cotées au CAC40 ont distribué plus de 531 milliards d’euros de dividendes aux actionnaires.

531 milliards d'€ aux actionnaires entre 2006 et 2018 © SmartCab 531 milliards d'€ aux actionnaires entre 2006 et 2018 © SmartCab
 

le scandale des rachats d'actions (en 5 ans, les entreprises US ont dépensé ... 2.500 milliards de $ pour racheter leurs actions à des fins spéculatives), et en France ?

 

certaines entreprises rentables cumulent les aides d'Etat et la distribution des dividendes (cf. Plastic Omnium)

le gouvernement confirme la gravité de la crise (la pire depuis ... 1945, voire 1929) mais ne prend aucune mesure réglementaire contre les entreprises qui s'affranchissent de la solidarité nationale.

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Dividendes en hausse de 9% en 2019 © SmartCab Dividendes en hausse de 9% en 2019 © SmartCab
n juin 2019, les dividendes distribués aux actionnaires atteignent un montant record à 51 000 000 000 € soit une hausse de +9 % .

 

20200408 Décision du Conseil d'État à propos du gel des dividendes © SmartCab 20200408 Décision du Conseil d'État à propos du gel des dividendes © SmartCab
 

 

A. F.- En fait, soit tu es contre et tu te fais démonter, tu ne vas pas gagner d’argent et tu risques de mourir 5 et tu vas te retrouver seul, soit tu vas avec et à ce moment-là, tu vas pouvoir récolter un peu de blé, tu fais une croix entre guillemets sur ton honneur, ta rigueur etc. mais en attendant, tu sors ton épingle du jeu.

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2019 Étude comparée des dividendes des sociétés du CAC 40.png © SmartCab 2019 Étude comparée des dividendes des sociétés du CAC 40.png © SmartCab

Et ça ne fait que s’amplifier. Ça a toujours été comme ça, mais c’était moins visible. Là, aujourd’hui, c’est comme ça et ils ne se cachent absolument plus. Offrir 8 milliards à Renault, ça devrait amener tout le monde à sortir dans la rue.

 

En B.- Q4 Dans une petite région comme la Bigorre, la qualité de l’air est prisée depuis très longtemps : encore dans les années 1960-70, des enfants fragilisés par des difficultés respiratoires y étaient envoyés, tout comme cela avait déjà été le cas une cinquantaine d’années auparavant, après la guerre de 1914-18, pour les soldats victimes de l'ypérite.

Comment envisages-tu l’articulation de cette richesse patrimoniale de l’air de la montagne, boisée, avec le développement d’un “tourisme motorisé durable” ?…durable, par le fait qu’il souhaite être durable, et aussi puisque l’industrie automobile est sponsorisée par l’État.

A. F.- Déjà, un tourisme motorisé durable, ce n’est pas possible. Et non, c’est inarticulable, c’est inaudible même : ça suffit ! on ne peut pas dire « Je récupère la richesse produite par des gens qui n’en profitent pas, je monte dans une bagnole qui fait six fois ma taille, et qui consomme je ne sais pas combien d’essence… , je défonce les routes, je défonce les forêts pour mon petit plaisir personnel.»

Il s’agit d’honneur, il s’agit d’honnêteté ! C’est une violation des espaces. Il faut dire « Passez votre chemin ou je vous dénonce à la police. »

Nous, on est venus ici parce que c’est un des rares endroits en France où l’eau est encore potable : ma femme est spécialiste de l’eau et dans les plaines, il n’y a plus d’eau potable ! Tout est plein de pesticides.

En B. - Même chez moi, l’eau commence à avoir goût de fluor alors que je suis à trois kilomètres de la source… sauf pendant la période de confinement où les employés ne travaillaient pas ! …

Mais si j’ai posé cette question, c’est parce qu’elle s’adresse aux différents élus, dont Cazabat.

A. F. - Mais c’est qui, Cazabat ? C’est un mec pas méchant, mais il est terrorisé par la force des gros commerçants et tout ce qui se rapproche de la préfecture. Il est dans ce tableau un bon élève.

Alors que si l’on est aujourd’hui un être humain responsable, cohérent et conscient – et que l’on pense à ses enfants, à ses petits-enfants et que l’on pense au lieu que l’on habite – ces commerçants-là, il faut s’opposer à eux, car ils ont tellement été dans l’habitude que l’argent doit arriver : c’est comme le coucou dans le nid. Si on t’amène de la nourriture, c’est normal que tu ouvres la bouche.

Alors que si l’on dit : « Stop, vous arrêtez vos bêtises ! Ces histoires d’argent, débrouillez-vous, inventez autre chose ! D’accord, ce n’est pas confortable, vous n’êtes pas contents, mais une certaine frange de ces gens-là va le faire l’effort .»

Parce que si tu te couches, regarde le nombre d’employés de La Mongie qui n’ont plus de boulot ! qu’ils sont obligés d’aller bosser ailleurs ! et pourtant ça fait des dizaines d’années qu’ils balancent des tunes et des tunes et des tunes pour essayer de rassurer l’électorat pour dire « On fait des trucs. »

C’est de l’argent perdu ! Au final, on a défiguré la montagne et toutes ces infrastructures, dans dix ans, il y aura quoi dedans ?

Il faut du courage. Ce n’est plus l’heure d’être tiède, comment on peut dire oui à un truc comme ça ? ou alors il vit dans une console Nintendo et ne voit plus la réalité !

Il serait très bien au budget avec un maire qui aurait une vision et qui défendrait son territoire. À ce moment-là, je pense qu’il serait très efficace.

Or, maintenant, on n’a plus que des comptables partout : dans les programmations de spectacles, il n’y a plus que des comptables : ce ne sont pas des artistes, ce ne sont pas des personnes qui ont des visions à tous les endroits…

En B. - et à tous les endroits dans la société, on voit les e-monnaies qui pointent leur nez, c’est-à-dire qu’il y a des financiers qui cherchent à automatiser des systèmes. J’avais écrit un billet sur les blockchains 7 : il y a des financiers qui paient des développeurs pour créer des systèmes automatisés fermés qu’ils veulent éternels alors qu’ils sont basés sur du passé.

 

Q5- Concernant le tourisme, également, la Bigorre est très attractive : les loisirs pédestres, cyclistes, aquatiques, équestres, hivernaux, attirent les vacanciers du Grand Sud-Ouest et de l’Espagne du nord, et de plus en plus de l’Italie, l’Allemagne ou la Grande Bretagne.

Comment imaginer la cohabitation entre des personnes soucieuses du calme, de la relation à l’environnement naturel et celles qui privilégient l’accès motorisé aux chemins ?

A.F. - C’est sûr que si tu viens ici dans l’esprit d’un écotourisme, que tu viens à la ferme avec tes enfants … et que tu vois débarquer un gros 4x4, tout le rêve est cassé, l’imaginaire c’est important ! Quand tu penses à une destination de vacances il y a l’imaginaire qui va avec. Lors d’une balade en forêt, si je vois des cratères de pneus ce n’est pas du tout le même ressenti qu’un parterre d’herbe magnifique … et puis, concrètement, c’est polluant.

Stelaria holostea © AB Stelaria holostea © AB

 

En B.- Q6- Ici, la montagne est, pour les locaux, une ressource : la forêt, le pastoralisme sont des activités séculaires, bien vivantes et renouvelées. Du fait de l’érosion des pluies, des fontes de neige importantes et assez brèves, de quelques semaines, les investissements du département et des communes constituent un budget conséquent, actualisé chaque année.

A. F. - Il y a des gens qui ont bossé pour que cet argent public puisse être utilisé.

Comment les loisirs motorisés, qui par leur passage répété creusent des ornières, fragilisent les écosystèmes déjà soumis aux exigences du réchauffement climatique, peuvent-ils s’inscrire selon vous dans le développement durable des vallées ?

A. F. - Je pense qu’il y a des gens qui te diront : « Ne vous inquiétez pas, ça va financer. » Sauf qu’il y a une chose qu’il faut leur faire entendre, surtout après ce que l’on vient de vivre pendant deux mois : Qu’est-ce qui se passe quand, tout d’un coup, l’activité humaine cesse ? Les animaux reviennent ; pas parce que c’est moins pollué, mais parce qu’il y a moins de bruit. Le bruit, la pollution sonore, c’est terrible ! Si tu vis dans un environnement où il y a des cerfs, ou des oiseaux rares, ou des abeilles, etc. et que tu viens faire passer des 4x4 à côté, tu peux être sûr qu’ils ne vont pas venir nicher là ! et ça, ça a une valeur ! et même les plantes sont sensibles au bruit ! ça ne se chiffre pas : tu ne pourras pas me rembourser tous les oiseaux qui ne sont pas nés !

On a des problèmes de pollution avec lesquels on doit vraiment se poser des questions : sur le bruit notamment.

Les paysans ont des raisons de faire ça, et en même temps, ça fait vraiment de la pollution. Comment on règle ces problèmes-là ? Déjà, on a besoin de se mettre autour d’une table, réfléchir, trouver des solutions.

Mais qu’est-ce que l’on va aller f… de bagnoles où il y a une ou deux personnes dedans, où c’est réservé à une élite, des véhicules surdimensionnés qui vont aller empoisonner des milliers d’animaux, des milliers d’oiseaux, des milliers d’insectes, des milliers d’écosystèmes… mais c’est une blague !

Aujourd’hui, avec la catastrophe écologique et des écosystèmes que l’on est en train de traverser, on ne peut pas continuer que des animaux, ces oiseaux, ces insectes, ça n’a pas de valeur !

En B. - Pareillement, quand on se rend compte avec les apiculteurs de la mortalité monstrueuse des abeilles …

A. F. - Cette année, il n’y a jamais eu autant d’abeilles qui ont faim ! J’ai récupéré deux essaims naturels, les colonies sont énormes…

En B. - En faisant du vélo, j’ai eu plein d’insectes dans la figure ! Cela n’arrivait plus !

A. F. - Tu te rends compte : juste deux mois d’arrêt ! et nous, on va aller se rajouter … ? même si c’est quinze milliards, ça ne les vaut pas.

En B. - Au-dessus de la montagne, pour la première fois, j’ai vu des aigles, pas des vautours : des aigles dans ma vallée !

 

Q7- Un exemple plus ancien nous vient de Haute-Savoie, où « la pollution de la vallée de l’Arve (et Pays du Mont Blanc) est telle qu’elle a justifié la mise en place d’un Plan de protection de l’atmosphère (PPA) dès 2010.»

En Nord-Pas-de-Calais / Picardie, cela fait déjà 14 ans que les promeneurs et les défenseurs de l’environnement identifient les causes et s’opposent, le jeudi 6 avril 2006, au « premier salon européen des loisirs verts et du 4X4, où un circuit est organisé en forêt de Chantilly et d'Ermenonville ».

Et en Suisse, le Grand Conseil de la République et canton de Genève proposait, dès le 7 octobre 2002 une « motion concernant les véhicules tout-terrain 4x4 en milieu urbain :

protégeons les piétons, les cyclistes et les automobilistes !” »

À l’heure du réchauffement climatique, cette accidentologie attestée et une pollution aggravée se conjuguent à un changement économique majeur. Comment pensez-vous que la Bigorre pourrait tirer un enseignement de ces exemples historiques et scientifiques ?

A. F. - Ce serait important qu’on prenne tout ça en compte. Moi, je vais même rajouter une chose :

les avions, ici, ça passe pas mal ! Là aussi, il faudrait soit qu’ils partent beaucoup plus haut, soit qu’il y ait des couloirs aériens vraiment définis, au-dessus des zones dites de ville ; parce que je suis sûr aussi que pendant cette période où il y a eu très peu d’avions, que c’est une source de pollutions importantes.

En B. - Quand j’étais allé à la conférence internationale “Air – Climat – Santé” à Toulouse en septembre dernier 8, j’ai été terrifié d’apprendre que plus d’un demi-million de personnes mourraient de la pollution chaque année en Europe. Or, tout comme dans les rapports de la COP21, les mots “aéroport”, “aérien”, “aérien” avaient disparu ! J’ai fini par comprendre à demi-mot que la diplomatie du moyen (?) terme doit composer avec les susceptibilités des acteurs de poids dans l’économie nationale…

A. F. - En fait, la richesse est là où on la met. Si l’on s’émerveille devant un brin d’herbe parfaitement pur, on peut le vendre un milliard. Si l’on arrive dans une région et que l’on demande : « Où est le terrain de golf ? », même s’il y a de l’or au sol, tu ne vas pas le voir.

Et là, il faut vraiment qu’ils changent leur logiciel : car plus on attend, plus le renversement va être violent. Parce qu’à un moment, il n’en sera plus question. Alors, si l’on va vers de l’écotourisme, qu’on va vers la mise en valeur de ce qu’on a ici, on peut le rendre attractif parce que c’est beau, que c’est pur, qu’il y a beaucoup d’animaux, la chaîne de montagnes, très hautes, très propres, si l’on mise là-dessus, ça restera.

En B. - L’Aragon a commencé à valoriser ces richesses.

A. F. - Il y a une demande énorme.

 

Q8 En résumé, votre action politique en faveur du développement de notre région, qui souhaite selon la CCHB dont votre commune est partie, se rapprocher du label “Esprit du Parc Naturel” (des Pyrénées), vous paraît-elle conciliable avec des formes d’évolution du vécu de la montagne, simultanément soumise à des conditions de survie et d’adaptation de plus en plus difficiles des espèces ?

A. F. - C’est sûr, apposer les logos des mairies et de la CCHB au bas de l’affiche du salon est une erreur. C’est digne d’un élève de 6e qui voudrait avoir une bonne note mais qui ne mesure pas qu’il est en train de remplir un truc sur comment maximiser le nombre de morts … je veux dire qu’à un moment donné, ces gens-là ont un système de pensée très hiérarchisé mais ils ne se rendent pas compte que c’est complètement incohérent.

Même un gosse de douze ans dirait : « Mais quoi ? on est dans le parc naturel des Pyrénées et tu veux faire rentrer quoi ? des 4x4 ? mais Papa, ça ne va pas ! »

Il faut vraiment que les élus locaux se réveillent.

Ou tu as des ambitions nationales ou tu as envie de croquer au gâteau, gagner du blé et t’en mettre plein les poches. Alors, tu peux fonctionner comme ça. Mais si tu as envie que ton nom reste dans ta localité, que tu es quelqu’un qui a fait des choses importantes pour chez toi, à ce moment-là, réveille-toi, ouvre les yeux et regarde ce qu’il se passe.

En B. Nous assistons à une gestion tous azimuts de la société, et la logique artificielle en est le bras armé, de même que la justice administrative qui prend peu le pas sur la justice pénale. La vision du chemin à choisir peut de plus en plus aisément être diluée dans de la gestion stricte.

A. F. - C’est la logique bureaucratique dans son ensemble.

Je comprends. Moi aussi, je suis un homme de paix, je suis né dans un moment de paix ; les grands exemples, c’étaient Gandhi, Martin Luther King, et en même temps, la machine en face est vraiment en guerre contre nous, elle nous massacre. Par exemple, en France, un policier est chargé de gérer la violence légitime, on lui a donné le pouvoir en disant : « Toi, tu es suffisamment exemplaire, suffisamment sage, je vais te payer, je vais te donner mes armes et c’est toi qui vas me protéger. »

Et aujourd’hui, tu vas manifester avec tes enfants dans la rue, et tes enfants prennent des bombes lacrymogène dans la figure !

En B. - J’ai parlé des forces du désordre.

A. F. - C’est aberrant et c’est scandaleux.

 

En B. - Je te pose la dernière question :

Q9 En conclusion et pour élargir la discussion, je me permets de rouvrir le rapport sénatorial du 19 février 2014, intitulé :

Patrimoine naturel de la montagne : concilier protection et développement

« La diversification des activités ne peut résulter que des stratégies autonomes des acteurs du tourisme en montagne. Mais une condition du développement des activités de pleine nature reste, en premier lieu, le respect de la tranquillité de la montagne.

Cet objectif mérite d'être atteint en ayant d'abord recours au cadre existant et en faisant pleinement appliquer la législation actuelle contre le bruit et limitant les activités motorisées.

Il pourrait ensuite être intéressant de développer, d'abord sur le mode de l'expérimentation, des « zones de tranquillité » en montagne.

La Convention Alpine, que la France a signée en 1991 avec sept autres pays de l'arc alpin […]

Pensez-vous que votre initiative, concertée avec les trois député·e·s – dont un avait signé l’an passé la pétition contre le premier salon du 4x4 organisé à Bagnères-de-Bigorre – pourrait déboucher sur une actualisation de cette Convention Alpine adaptée aux conditions pyrénéennes actuelles  ?

A. F. - Ce serait souhaitable. Mais au-delà du développement département, région, état, ce qui serait souhaitable, ce serait d’avoir une cohésion pyrénéenne, y compris avec l’Espagne. Un exemple, l’énorme nombre de vautours qu’on a est lié à l’exploitation des animaux à ciel ouvert en Espagne avant la vache folle. ; et c’est comme ça qu’ils se sont multipliés par trois. Et les vautours n’ont aucune idée de la frontière.

Il y a plein de sujets où on pourrait rassembler les meilleures idées des uns et des autres et d’éditer un règlement commun qui permettrait d’éviter que des initiatives individualistes se développent en contradiction avec le schéma général.

 

* * *

NOTES

1 « 20190930 https://www.lacagnole.fr/spip.php?article349 Pour la transition écologique

Quand on paie un commerçant en eusko, il peut soit réutiliser ces eusko auprès d’une autre entreprise du réseau Eusko, qui a forcément son siège social au Pays Basque, soit les reconvertir en euros… mais avec une retenue de 5%.»

22 janvier 2017 : https://www.francebleu.fr/infos/politique/pays-basque-cinq-questions-pour-comprendre-l-epci-unique-la-nouvelle-agglomeration-xxl-1482927871

3https://www.lepoint.fr/economie/salaire-le-nouveau-patron-de-renault-mieux-paye-que-ghosn-10-02-2020-2362027_28.php « Luca de Meo empochera 1,3 million d'euros de fixe annuel et une rémunération totale pouvant dépasser 6 millions d'euros selon ses performances. »

SMIC net mensuel en 2020 : « En moyenne, on peut estimer le montant du Smic net mensuel à 1219 euros pour 2020. »

Luca de Meo touchera ainsi entre 1066 et 4922 SMIC net mensuel selon ses performances.

4https://documentcloud.adobe.com/link/review?uri=urn%3Aaaid%3Ascds%3AUS%3A56d0394d-ec84-4fea-b6df-806df248fd2f&utm_source=sendinblue&utm_campaign=Rfr-Libert_Gel_des_dividendes_-_Point_n_1_sur_la_procdure_en_cours&utm_medium=email#pageNum=5

5https://www.mediapart.fr/journal/international/191118/les-commanditaires-de-l-assassinat-de-la-journaliste-maltaise-identifies extrait :

« Les commanditaires de l’assassinat de la journaliste Daphne Caruana Galizia, tuée à Malte en 2017 dans un attentat à la voiture piégée, auraient été identifiés, affirme le Sunday Times de Malte, citant plusieurs sources policières.[…] Caruana Galizia a révélé des scandales de blanchiment d’argent ou de contrebande de pétrole impliquant des membres du gouvernement ou le crime organisé. Son blog s’en prenait aussi directement aux hommes politiques maltais.

Les enquêteurs n’ont pas précisé si les commanditaires identifiés appartenaient au crime organisé ou à la classe politique. »

LIRE AUSSI

https://www.touteleurope.eu/pays/malte.html extrait :

• « Lors du conseil de Copenhague en 2002, les chefs d’Etats et de gouvernements des Quinze estiment que l’archipel remplit les critères d’adhésion : des institutions stables, des droits de l’homme et des libertés fondamentales respectés, une économie de marché ouverte et concurrentielle. »

• « La même année [2017], l’implication de deux proches du Premier ministre dans l’affaire des "Panama papers" avait toutefois entaché l'image de Joseph Muscat. En octobre 2017, le meurtre de la journaliste d'investigation Daphne Caruana Galizia, qui enquêtait sur l'affaire, avait marqué le début d'une spirale infernale pour le Premier ministre, accusé de protéger son entourage mis en cause dans cet assassinat. Poussé à la démission, il a finalement été remplacé par Robert Abela, élu par les militants travaillistes, le 13 janvier 2020.

Depuis le scandale entourant la mort de Daphne Caruana Galizia, les dénonciations de la corruption se font de plus en plus fréquentes à Malte. Plusieurs mouvements de société civile ont émergé pour réclamer plus de transparence, de lutte contre cette corruption des responsables politiques et moins de collusion avec les grandes fortunes.

La Commission européenne a également lancé des avertissements au pays, appelant à plus d'indépendance de la justice

6https://documentcloud.adobe.com/link/review?uri=urn%3Aaaid%3Ascds%3AUS%3A56d0394d-ec84-4fea-b6df-806df248fd2f&utm_source=sendinblue&utm_campaign=Rfr-Libert_Gel_des_dividendes_-_Point_n_1_sur_la_procdure_en_cours&utm_medium=email#pageNum=18 (page 18/46)

7https://blogs.mediapart.fr/bonneau-alain/blog/160916/la-disruption-des-blockchains-avantages-et-dangers

8https://www.toulouse-metropole.fr/-/les-rencontres-internationales-air-sante-mardi-17-septembre-2019

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