Mythologie du sprint à l'ancienne

Les bien-pensants pourront râler tant qu'ils peuvent contre les sprints de voyous, on ne résistera pas à confesser notre joie de voir revenir le vélo comme on l'aime.

Les bien-pensants pourront râler tant qu'ils peuvent contre les sprints de voyous, on ne résistera pas à confesser notre joie de voir revenir le vélo comme on l'aime. Celui passé sur les genoux de grand-père en tricot de corps. Le vélo d'avant-Festina. Même si on n'est pas dupe, hein. Mais rien que voir Lance Armstrong faire l'année de trop et prendre (enfin) ses dix minutes dans la musette, ça sonne comme un symbole qui fait sourire (voir cette jouissive vidéo amateur). Consécration de ce flash-back adolescent, outre la renaissance d'un duo de tête acharné (nous rappelant les années Roche/Delgado), le grand retour de la meute effrénée des chiens fous de la flamme rouge.

Faut dire qu'on misait beaucoup sur le scottish Cavendish pour revivre les grands moments de «Joe Bar team à pédales» qui ont rythmé nos étés d'ado ne voyant pas l'intérêt d'aller se cramer le dos à Palavas. "Ugly Cav" nous en avait d'ailleurs beaucoup promis il y a un mois au Tour de Suisse, en zigzaguant à 200 avant d'effondrer une dizaine de concurrents qui depuis le détestent (voir la vidéo). Et puis ce jeudi aprèm', on a eu droit au bon vieux retour du coup de boule dans l'emballage final. Cavendish a carrément contaminé son poisson pilote Mark Renshaw devenu poisson-pylône. Doux parfums des années 80/90…

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Et comment ne pas comprendre l'incrédulité de l'Ecossais à l'annonce de la disqualification de son gregario? «Comment ça, exclu?! C'est Djamolidine qu'on assassine»
Cavendish finds out Renshaw's disqualification (Tour de France 2010) © bansck

Djamolidine, c'est Abdoujaparov. L'ogre de Taschkent, fils d'un ours ouzbek et d'une walkyrie caucasienne, qui aura inscrit à jamais sa chute sur les Champs-Elysées tout au sommet de notre petit panthéon du sprint vicelard…

Pour être honnête, les premiers à avoir gravé leurs noms dans notre mémoire de trentenaires, c'étaient d'abord Jean-Paul Van Poppel et Guido Bontempi. Le roi hollandais et la teigne italienne. Quand c'était pas l'un qui gagnait, c'était l'autre. Des rois de la ligne droite qui déborde. Des seigneurs du sprint…

 



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Bonus "les genoux de papé": Ah Dédé Darrigade, le recordman des victoires, le premier sprinteur moderne mais en noir et blanc…

 

 

 

Bonus Kangourou de traviole: Robbie Mc Ewen à l'œuvre, qui déchausse et en perd presque son casque sur le poitrail du voisin. Car on peut toujours faire confiance aux Australiens quand il s'agit d'être bourrin…

 

 

Robbie McEwen head-butt © grgrdb

 

Bonus Bidon: Sans doute le plus beau geste technique de la sale histoire du sprint. Le grand Tom Steels dans ses œuvres, et le pauvre Frédo Moncassin en victime expiatoire…

 

1997 Tour de France Stage 6 © Christopher Smith

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