Rio+20, funestes négociations mais immenses ambitions du Sommet des Peuples

D'un côté, la conférence des Nations unies semble programmée pour ne pas répondre aux défis environnementaux, sociaux et écologiques auxquels nous sommes confrontés. De l'autre, le Sommet des Peuples, qui s'est ouvert ce vendredi 15 juin, est devant des défis gigantesques nécessitant l'implication de toutes et tous, à Rio, mais aussi et surtout partout sur la planète. Tour d'horizon.

D'un côté, la conférence des Nations unies semble programmée pour ne pas répondre aux défis environnementaux, sociaux et écologiques auxquels nous sommes confrontés. De l'autre, le Sommet des Peuples, qui s'est ouvert ce vendredi 15 juin, est devant des défis gigantesques nécessitant l'implication de toutes et tous, à Rio, mais aussi et surtout partout sur la planète. Tour d'horizon.

Ce sont plus de 600 activités qui vont se tenir dans les jours à venir sur l'aterro de Flamengo, un parc faisant face à l'océan. Citoyens engagés, paysans, populations indigènes, syndicalistes, écologistes, défenseurs et promoteurs des droits humains, altermondialistes, promoteurs des médias libres, vont échanger, débattre et construire pendant près de 10 jours lors de ce sommet des peuples « pour la justice sociale et écologique, contre la marchandisation de la vie et pour la défense des biens communs ». 

 

Sommet des peuples contre « fausses solutions »

A l'initiative de plus de 400 organisations brésiliennes, et avec la participation de centaines d'organisations et réseaux internationaux, cette rencontre de la société civile s'est donné pour objectif de déterminer les « causes structurelles » des crises écologiques, sociales, économiques et démocratiques que nous traversons, pour écarter les « fausses solutions », présenter les « solutions des peuples » et définir un « agenda commun » pour les mois à venir.

D'un côté, la conférence officielle ne semble pas vouloir tirer le bilan de 20 ans de négociations et de politiques environnementales qui n'ont pas permis de stopper le réchauffement climatique, d'enrayer la perte de biodiversité et de construire un monde soutenable et juste (voir cette vidéo qui fait un bilan de 20 ans de négociations et dresse les termes du débat sur les enjeux de Rio+20).

De l'autre, le Sommet des peuples a pour ambition de déterminer ce qui cloche dans le modèle économique et financier actuel pour présenter un paradigme et des solutions alternatives. Tout en débusquant les fausses solutions, tels que les marchés carbone et les dispositifs de type REDD (voir cette vidéo pour une présentation), promues pour faire face au défit du réchauffement climatique ou de la déforestation et qui participent d'une financiarisation de la nature et du non-traitement des causes initiales des problèmes.

 

Une véritable crise de civilisation

Cette ambition est immensément grande. Voire démesurée. Confrontés à la faillite d'un modèle économique – certains parlant même d'une crise civilisationnelle – et directement touchés par l'inertie des Etats et la mainmise du secteur financier et économique sur les institutions internationales, les mouvements sociaux et écologiques manquent de force, d'appuis et de soutiens pour imposer leur propre agenda.

Pourtant les propositions ne manquent pas : souveraineté alimentaire et agroécologie, démocratisation et décentralisation de la préservation et gestion des biens communs, scénarios de descente énergétique et universalisation de l'accès à l'énergie, extension de la protection sociale et des droits sociaux à tous les peuples de la planète, taxations internationales pour financer les biens communs, réforme et démocratisation de l'ONU, etc.

Chacune de ces propositions se heurte aux intérêts du secteur financier et privé, ou aux stratégies économiques et politiques d'Etats bien décidés à ne pas abandonner leur paradigme néolibéral et prédateur, bien souvent au service de ces mêmes multinationales. Par ailleurs, ces dernières ne manquent pas de tour dans leur sac pour imposer des décisions qui servent leurs intérêts. Elles sont omniprésentes, multiplient les forums parallèles et n'hésitent plus à intervenir quasiment directement dans le processus de négociation.

Des multinationales omniprésentes

Ainsi, le BASD (Business action for sustainable development), dirigé par le président de Bank of America, organise une conférence pour « veiller à ce que les entreprises soient reconnues comme sources de solutions », notamment à travers des partenariats public/privé. Ou encore le Pacte Mondial des entreprises (ou Global Compact) qui organise un forum du 15 au 18 juin pour promouvoir le même type de « fausses solutions ».

Résultats : les partenariats publics-privés sont mis en avant dans l'article 69 de la nouvelle version de déclaration finale de Rio+20 tandis que l'article 44 soutient les « pratiques » du business, supposées « responsables », promues par le Pacte Mondial. Dans le même temps, aucune des proposition emblématiques mises en avant au sein du Forum des Peuples ne se retrouve dans le projet de déclaration. Au contraire, les droits fondamentaux sont remis en cause (voir ici et ici pour plus de détails). 

Alors que faire ? Mettre au grand jour cette immixtion toujours croissante des multinationales et des intérêts privés dans les grandes décisions touchant à l'avenir de la planète. Reprendre le contrôle sur l'ONU mais aussi démanteler le pouvoir des multinationales. Des appels en ce sens, soutenus par des centaines d'organisations, dont Attac France, vont être présentés pendant la conférence officielle.

 

Du local au global pour des sociétés du bien-vivre

Il nous faut également poursuivre le travail d'explicitation des enjeux de Rio+20, notamment sur les sujets complexes de l'extension des logiques financières et marchandes à la nature (lire cet article, le livre d'Attac France : La nature n'a pas de prix, les méprises de l'économie verte et diffuser ce dessin-animé). Par ailleurs, participer à la journée d'Action globale du 20 juin, que ce soit à Rio ou ailleurs sur la planète, est absolument essentiel pour intervenir dans le débat public.

Mais notre volonté de construire une alternative au niveau global n'aurait guère de sens sans développer et contribuer les alternatives et mobilisations locales, absolument essentielles et qui portent un horizon émancipateur, tout en nous redonnant du pouvoir sur nos existences pour inventer des sociétés du bien-vivre soutenables. Que ce soit contre les gaz de schiste ou l'aéroport de Notre-Dame des Landes, ou bien en promouvant des expériences qui permettent de relocaliser des productions et contribuer à recréer du lien social sur les territoires, l'engagement local, au plus près de là où on habite, travaille, vit, agit est décisif.

Est-ce que cela sera suffisant ? Sans doute pas. Mais sans l'engagement de chacun-e, à son niveau, pour contribuer à construire des sociétés soutenables, dont le Sommet des Peuples à Rio de Janeiro permet de mettre en lumière les caractéristiques essentielles, ce sont les promoteurs du néolibéralisme vert et du capitalisme vert qui imposeront leur agenda prédateur et destructeur. No pasaran.

Maxime Combes, membre d'Attac France

Pour aller plus loin : 

- Livre d'Attac France : La nature n'a pas de prix, les méprises de l'économie verte 

- Vidéo Rio+20 : du développement durable à l'économie verte, quels enjeux ? Quelle alternative ? 

- Vidéo sur l'exemple du dispositif REDD concernant la financiarisation des forêts

- Dessin-animé sur la financiarisation de la nature

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