Éric Besson au miroir des frères Coen


Éric Besson n'est pas un traître. Pour s'en convaincre, il suffit d'évoquer Miller's Crossing, le beau film des frères Coen. Le héros de cette histoire est le lieutenant fidèle d'un caïd qui règne sur une ville aux allures de Chicago. Comprenant que son chef, menacé par une bande rivale, s'est enferré dans une stratégie suicidaire, il décide de feindre une trahison.

Il s’agit pour lui de se faire enrôler chez les rivaux et, en les abreuvant de mauvais conseils, de ruiner leur projet d’usurpation. Toutefois, pour être sûr que son plan ne sera pas éventé, le faux traître n’en a soufflé mot à personne. Aussi va-t-il vivre un véritable enfer tout au long du film : car tandis que ses amis, qu’il affecte de trahir, le honnissent et jurent de se venger, pour leur part, les adjoints de l’usurpateur auquel il fait mine de prêter allégeance lui vouent une méfiance non moins haineuse.

 

 

Comment ne pas voir le lien entre ce conte édifiant sur les épreuves de la fidélité et le sort du ministre de l’immigration et de l’identité nationale ? Dans un entretien récent, François Hollande rappelait qu’au sein de son parti, le pamphlet le plus violent contre Nicolas Sarkozy a été écrit par Éric Besson en 2006 (pour preuve, voir http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/jean-marie-padovani/221109/remember). Cependant, semblable au chef bien-aimé du héros de Miller’s Crossing, l’ancien premier secrétaire du PS n’imagine un instant que c’est pour sauver la gauche d’elle-même que l’étoile montante de l’UMP a répondu aux sollicitations de Nicolas Sarkozy. À sa décharge, force est de reconnaître que les media ont jusqu’ici fait preuve d’une naïveté comparable, alors même que certains d’entre eux – Le Parisien et L’Express notamment – ont publié une information qui aurait dû leur mettre la puce à l’oreille. N’a-t-on pas rapporté qu’au moment où il a appris de le chef de l’État lui demandait de prendre les rênes du ministère de l’immigration, Éric Besson aurait dit à ses proches : « J’étais déjà Judas, on me demande d’être Marcel Déat ». Doit-on penser qu’en acceptant le poste qu’on lui proposait, ce social-démocrate convaincu se serait résolu à endosser l’habit du ministre vichyssois de la solidarité nationale ? Dans cette remarque sarcastique et en forme de défi, s’entend plutôt la douleur d'un homme qui comprend jusqu'où il devra s'abaisser pour accomplir sa mission.

 

 

Pendant près de onze mois, l’infiltré tient son rôle avec une maestria impressionnante. Plus zélé encore que Brice Hortefeux, il parachève la première phase de son plan en réalisant ce que son prédécesseur avait tenté en vain d’obtenir, à savoir le renvoi de réfugiés afghans dans leur pays en guerre. Gageant qu’un tel exploit lui vaudra la pleine confiance du chef de l’État, Éric Besson décide aussitôt de tendre son piège. Dans le contexte morose d’un mi-mandat plombé par la crise, il sait que Nicolas Sarkozy a besoin d’un nouvel élan. Aussi n’a-t-il aucun mal à convaincre le président de reprendre ce qui avait été le thème le plus porteur de la campagne présidentielle : l’identité nationale. L’idée d’un grand débat va donc prendre forme, dont l’animateur sera le ministre de l’immigration et dont les préfets assureront la mise en œuvre.

 

 

Si Éric Besson choisit cette thématique pour ferrer celui qu’il feint de servir, c’est qu’à la différence des autres opposants, il sait à quel point elle peut être corrosive pour le pouvoir en place. Sans doute la candidat UMP à l’élection présidentielle de 2007 était-il parvenu à déstabiliser ses adversaires, d’abord en s’emparant d’une notion jusque là monopolisée par l’extrême droite et ensuite en déjouant les velléités d’indignation de la gauche grâce à une habile redéfinition de l’identité nationale. Celle-ci, affirmait en effet Nicolas Sarkozy, ne renvoie ni à une race ni à une ethnie, mais à une idée, une constellation des valeurs universelles telles que liberté et l’égalité. Mieux encore, parce que cette identité n’est pas figée, elle exprimerait désormais les déclinaisons les plus modernes des principes qui l’informent : laïcité, égalité des sexes, diversité.

 

 

Or, c’est bien là qu’Éric Besson a saisi l’opportunité qui s’offrait à lui. À ses yeux, en effet, les mêmes déclarations qui ont contribué à la victoire du candidat Sarkozy sont désormais susceptibles de se retourner contre le président. Présenter l’égalité des sexes et la laïcité comme des traits si distinctifs de l’identité nationale que quiconque omettrait de les respecter serait prié de quitter le pays, n’est-ce pas fomenter un climat proche de la terreur ? Va-t-on réclamer la déportation d’un David Douillet parce qu’il soutient que lorsqu’une femme exerce une activité professionnelle, « les fondements sur lesquels était bâtie l'humanité, l'éducation en particulier, sont en partie ébranlés » ? Faudra-t-il reconduire un Paul Bocuse à la frontière au motif que la polygamie est incompatible avec les valeurs de la République ? Et que dire d’un ministre de la culture qui qualifie un viol d’affaire de mœurs ou d’un président la République qui proclame le primat du prêtre sur l’instituteur et associe l’identité française aux seules églises catholiques ?

 

D’aucuns rétorqueront sans doute que les sanctions auxquelles expose le non respect des valeurs républicaines et modernes ne visent que les étrangers ou, à la limite, ces Français que Brice Hortefeux qualifient facétieusement d’Auvergnats. Mais alors, que devient cette autre pilier de l’identité nationale réactualisée qu’est la diversité ? Bref, apparaît soudain le terrible traquenard dans lequel Éric Besson a entraîné la majorité présidentielle : loin d’unir les Français dans l’amour d’eux-mêmes, le débat sur l’identité nationale ne tend qu’à les ballotter entre le Charybde de l’épuration républicaine et le Scylla du repli ethniciste de la nation. Comment pourraient-ils pardonner à Nicolas Sarkozy de les avoir exposés à un destin aussi funeste – se dit alors le machiavélique rédempteur de la gauche. Éric Besson parviendra-t-il à ses fins ? On sait qu’à l’instar des adjoints soupçonneux dans le film des frères Coen, les préfets, qui ont perçu le danger, rechignent à organiser les débats réclamés par le ministre de l’identité nationale. Pour savoir si leur résistance suffira à déjouer le piège, il est hautement conseillé d’aller voir, ou revoir, Miller’s Crossing.

 

N.B.: ce texte est paru sur lemonde.fr, mardi 17 novembre 2009.

 

*** Je trouve l'hypothése assez farfelue, elle prête même à sourire, mais allez donc savoir! L'âme des hommes, surtout politiques(!), est bien tortueuse...

23/11/2009 10:48Par capucine Armor

"Miller's crossing" est certes un film excellent. Mais il n'est pas un repère suffisant pour compendre le personnage d' Eric Besson,machiavel de pacotille et judas de fête foraine. L'observant dimanche dans l'émission "Cpolitique",je ne pouvais pas m'empêcher de songer à Philippe Henriot,l'éditorialiste de Radio Paris.

Eric Besson est probablement ce qu'il y a de pire dans la classe politique française. Un renégat qui se prend au sérieux. Un médiocre qui se hausse du col. Un exécuteur des basses oeuvres.

Dans "Lacombe Lucien" on pouvait comprendre l'attitude du jeune milicien,être frustre et inconscient du rôle qu'on lui faisait jouer. Dans "Besson Eric" on ne peut qu'être pris de nausées.

23/11/2009 11:04Par Vingtras

Bon, je vais déja commencer par revoir Miller's crossing

23/11/2009 14:50Par jean marie padovani

Joli, l'humour une belle arme.

23/11/2009 15:24Par Marie Lavin

Je voyais plutôt Besson en Sanson le bourreau, sans la cagoule...

23/11/2009 15:53Par Mithra-Nomadeblues_

L'humour par l'absurde est toujours aussi efficace. Quand à moi je pense que Besson est bien un genre de "traitre" pour la simple et bonne raison qu'il a changé de camp en plein milieu de la bataille. Pour reprendre une image cher à Sarkozy, c'est comme si un joueur de foot avait marqué un but contre son camp volontairement durant une finale.
Remarquez s'il aime le rôle de l'exécrable. Ca doit être son coté maso.

23/11/2009 16:21Par Freuderic

 

Excellent !

Eh oui ! Qui connaît Mr Besson, ?

Quand on observe sa photo de face, on constate qu' une moitié de son visage pleure et que l'autre rit. Si l'on accollait deux demi-portraits droits et deux demi portraits gauches, on verrait deux personnages totalement opposées.

Alors, Janus ou Judas ?

ou schizophrène?

 

23/11/2009 17:52Par Baruch S

Le coup des deux demi-portraits, c'est pour rester dans la veine de cet appel à Miller's Crossing, n'est-ce pas?

 

Car tout le monde sait, il suffit de regarder n'importe-quelle photo de n'importe-qui, que chaque être humain est dans le même cas, et non seulement Eric Besson:

toujours deux expressions faciales complètement différentes de la gauche à la droite, tout comme nous avons un "cerveau gauche" et un "cerveau droit".

 

Sinon,

à propos de l'histoire du faux-traître (en vérité courageux espion infiltré chez l'ennemi mais personne ne doit le savoir, y-compris pour la postérité), relire aussi l'excellent "Les Celtiques" (Corto Maltese) de Hugo Pratt.

Mais c'est aussi le sort de Judas, compagnon de Jésus, et héros incompris du christianisme, qui n'hésita pas à endosser jusqu'à la malédiction éternelle de son propre nom, pour l'amour de Jésus.

 

Ah ça, on est loin d'un Eric Besson. Vraiment très, très, très loin.

23/11/2009 20:43Par Axel J

Monsieur Besson se trompe, ce n'est Marcel Déat que Sarkosy lui demande de jouer, c'est Darquier de Pellepoix.

23/11/2009 18:36Par Demapresquile

Trop fort !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Humour par l'absurde???? Publié sur le Monde.fr?

 

Reste plus que la confirmation pratique de cette cette brillante analyse darwinienne : par exemple, que Besson fasse abroger la Loi Test ADN pour les ETRANGERS d'en-dessous, loi qu'il "refuse" d'appliquer (se plaçant au dessus de la République!). Parce qu' après l'affaire du brigadier Guisset, le doute sur son militantisme néo-fasciste, devenait certitude et haine!

 

Je retiens que Besson ait déclaré : « J’étais déjà Judas, on me demande d’être Marcel Déat ». Je me demandais s'il avait conscience de la gravité de son adhésion au néo-pétainisme, et s'il en mesurait les conséquences, tant cela semblait s'être fait soudainement.

 

Hélas, l'auteur de cette lumineuse analyse ne nous dit pas si elle s'applique à Kouchner, DSK, Lang, and Rocard? et s'ils pratiquent leur collaborationnisme dans une stratégie concertée, ou une corrélation de forme? ...nous laissant dans notre crasse confusion politique.

 

Devant certains choses, telles que cet article, je me dis "c'est pas possible!!!, et je me demande si Platon et surtout l'évêque Berkeley n'ont pas raison: est-ce que ces choses que je vois, que je lis, je ne les invente pas? ne sont pas purs produits de mon imagination (en délire)?

 

Heureusement que Médiapart me ramène sur Terre, avec ses "coups de pieds aux fesses" de la Ligue du Croc de Boucher d'Elysée SA.

 

En tout cas, il fait la promotion du film Miller's Crossing...

23/11/2009 20:38Par FK

Excellent!!!

Malheureusement, dans les partis de gauche sévissent également des" petits bessons " et des "beaufs!!! Il y en autant qu'à l'UMP. Des machos aussi!!!

23/11/2009 23:30Par BZBZ

Je ne crois pas à cette thèse.

Sarko et Besson se ressemblent comme deux gouttes de pus. Ce sont deux frères en traîtrise et j'aimerai que soit revu l'image, lors d'une réunion du RPR ou de l'UMP d'un porteur de pancarte qui affichait "Sarko, petit salaud."

Deux énergumènes assoiffés de pouvoir, point barre !

24/11/2009 09:52Par guydufau

Théorie sympa et teintée d'humour, j'aime beaucoup.

Sauf que Eric Besson a l'infidélité en général plus que chevillée au corps, et ce depuis fort longtemps et dans tous les domaines.

A la Mairie pour son mariage il avait déclaré sans rire et devant un parterre d'invités assez important en nombre, qu'il était capable de tout jurer, sauf la fidélité.

C'était quand même un sacré signe avant coureur, non ??

Depuis qu'il est ministre il a cru bon de changer de modèle de femme, la précédente étant désormais trop vieille et flasque à son goût (une petite rouquine potelée de la Drome, allant sur la cinquantaine tout de même) il est allé se servir chez le charmant Dictateur Tunisien Ben Ali qui lui a refourgé de la chair fraîche.

La gamine Tunisienne avec laquelle notre ministre de l'immigration et de l'identité nationale fait joujou actuellement tous les soirs, est de 25 ans sa cadette, mais de surcroît et comble du comble, ne dispose pas de la nationalité Française, seulement d'une carte de séjour renouvelable annuellement.

La crainte d'Eric Besson c'est qu'une fois la nationalité Française obtenue, cette gazelle ne se tire rapidement reprendre une vie normale avec des garçons de son âge, bref le cours naturel des choses de la vie.

Aussi, et pour se prémunir de ce risque il vient de proposer un nouveau délit, qui s'appellera le "Mariage Gris" consistant en l'abus des sentiments de citoyens Français afin d'uniquement obtenir la nationalité et de fracasser leur pôvre petit coeur au passage (bien pire que le "mariage blanc" ce "mariage gris").

Il est vraiment capable de tout ce Besson.

@ +E-ON

 

24/11/2009 11:37Par Vertubleu

A la réflexion,je crois que Besson a d'abord été le Marcel Déat du régime. Et,peu à peu,il en est devenu le Joseph Darnand.

24/11/2009 15:37Par Vingtras

Joli !

Ainsi donc, le Besson ferait de l'entrisme au sein du gouvernement !!!

Malheureusement pour lui, ça n'est pas le cas ; il est et restera, comme il le dit lui-même, un traître et un collabo dans le genre le plus vulgaire.

 

24/11/2009 18:00Par Evelyne Saurin

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