Le retour des hirondelles et le coussin magique

22 avril, des enfants confinés prennent la plume, la palette ou le clavier

Bryan, 5 ans 

capture-d-ecran-2020-04-22-a-21-51-01

 

Nour, 13 ans et Shams, 16 ans (histoire à 4 mains)

Le coussin magique

 Il était une fois une petite fille qui habitait avec sa grand-mère une petite maison dans une grande forêt. La grand-mère n’était pas riche. Elle était obligée pour gagner sa vie de partir à la ville tous les matins pour ne rentrer que le soir. La petite fille restait donc seule dans la maison dans la forêt et comme elle n’était pas riche, elle n’avait pas de jouet. Mais elle avait mieux qu’on jouet. Elle avait un coussin magique.

C’était un coussin qui ne payait pas de mine mais qui avait une propriété formidable : lorsqu’on posait la tête sur le coussin, on s’endormait tout de suite en faisant de très beaux rêves. Et donc quand la petite fille était triste et qu’elle se sentait seule, elle posait la tête sur le coussin, s’endormait et se réveillait un peu plus tard en pleine forme en repensant aux très beaux rêves qu’elle avait faits.

Dans la même forêt, un peu plus loin, habitait une sorcière très méchante. Celle-ci n’avait pas d’autre plaisir que de blesser les gens, leur faire du mal, les rendre malheureux. Chaque fois qu’elle rencontrait un voisin, un habitant de la forêt, elle lui faisait une farce désagréable, l’attaquait, volait ses affaires, le rendait malade, brûlait sa maison. Elle était vraiment très très méchante.

Et comme elle était très méchante, elle ne parvenait pas à dormir la nuit. Chaque nuit elle se couchait en espérant pouvoir enfin s’endormir et se réveiller le lendemain matin fraîche et dispose mais, dés qu’elle se mettait au lit, elle pensait aux tours qu’elle allait pouvoir jouer aux autres le lendemain, aux méchancetés qu’elle leur ferait subir. Elle se creusait la tête jusqu’à la migraine pour inventer des choses encore pires que toutes celles qu’elle avait déjà faites. Bref, toutes ces pensées la tenaient éveillée et jamais jamais jamais elle ne parvenait à s’endormir.

Mais voilà qu’un jour cette sorcière apprend que dans la forêt il y a une petite fille qui a un coussin magique. « Ce coussin, se dit-elle, est exactement ce qu’il me faut. Je pourrais enfin retrouver le sommeil et le repos. Cela me permettrait d’être méchante avec encore plus d’ardeur et d’énergie. Je sens bien que parfois la fatigue m’adoucit ».

Il lui faut donc le coussin magique. Et pour l’obtenir, la vieille décide d’utiliser une ruse. On l’a informée que cette petite fille était gentille, qu’elle avait bon cœur. La sorcière se déguise donc en pauvre femme, faible et âgée, ne portant que des guenilles déchirées, le visage pâle – elle s’était maquillée avec de la farine – Elle s’exerce à marcher avec difficultés, utilise un bâton comme canne, et se dirige dans la direction de la maison de la petite fille. Comme je te l’ai dit, la grand-mère n’était pas là et la sorcière le savait bien. Elle trouverait donc la jeune fille au grand cœur seule dans sa chaumière.  Lorsque la maison lui apparait, la sorcière se met à se plaindre, à gémir « Aïe, aïe, aïe » et elle commence à boiter carrément. La petite fille l’entend et sort de la maison pour voir ce qui se passe. Elle est profondément émue et bouleversée à la vue de cette pauvre passante qui a l’air désespérée et au seuil de l’évanouissement. Comment peut-elle l’aider ? La maison est pauvre et vide et les vivres y sont peu nombreux. Mais elle trouve une cruche, la remplit d’eau et court vers la vieille : « Vous avez soif, Madame ? Vous êtes fatiguée ? Buvez un verre d’eau, cela vous fera du bien ». « Merci ma petite, lui répond la sorcière, tu es très gentille » et elle boit son grand verre d’eau.

Elle la remercie de nouveau, fait mine de partir mais reprend aussitôt ses gémissements « Aïe, aïe, qu’est-ce que je suis fatiguée ». La petite fille lui demande : « Mais pourquoi êtes-vous fatiguée comme ça Madame ? Pourquoi ne pas vous allonger un peu pour vous reposer ?».  "Hélas, ma fille, lui répond la vieille sournoise, si je suis si fatiguée c’est que cela fait des semaines que je ne parviens pas à fermer l’œil. Chaque nuit je m’allonge sur mon lit avec le fol espoir de trouver le repos, mais jamais je n’arrive à m’endormir. Et je te dis des semaines, ma petite, mais cela fait plutôt des mois et des mois. Tu imagines le calvaire qu’est devenue ma vie ? ». La petite fille qui a décidément très bon cœur est envahie d’une grande tristesse. Les larmes lui montent aux yeux devant tant de malheurs. Une idée lui vient alors : si je lui prêtais mon coussin magique, elle serait aussitôt guérie et se sentirait mieux. Mais immédiatement, une autre voix se fait entendre. Celle de sa grand-mère, qui, bien qu’absente, veille. Depuis qu’elle est née et qu’elle s’est retrouvée orpheline, c’est sa grand-mère qui l’élève. Et, si celle-ci est pauvre et a peu de biens, elle lui a fait don ce précieux trésor en lui recommandant bien de ne jamais s’en séparer et de ne le prêter à personne. Alors la petite fille hésite. Elle est tiraillée et ne sait quelle décision prendre.

La sorcière qui sent son hésitation renforce ses gémissements afin de l’attendrir et elle parvient même, la fourbe, à faire couler une larme sur sa joue (sans doute la première de sa longue vie).  Il n’en faut pas plus pour faire flancher la petite fille. « Ecoutez, j’ai un coussin merveilleux. Si vous  posez votre tête sur ce coussin, et tout de suite, je vous le promets, vous vous endormirez. Demain matin, vous vous réveillerez reposée avec le souvenir des rêves magnifiques que vous aurez faits pendant la nuit.  Si vous le souhaitez, je vous le prête, mais ce coussin est vraiment tout ce que j’ai dans la vie. Il faut que vous me promettiez de me le rendre ». La sorcière, retrouvant le sourire lui dit : « Mais bien sûr, ma petite fille, et non seulement je te rapporterai ce coussin magique, mais je t’offrirai en plus une belle poupée, la plus belle que je pourrai trouver. ». La petite fille est ravie à l’idée d’avoir, pour la première fois de sa vie, un jouet, une magnifique poupée. Elle va donc chercher le coussin magique qui était caché dans la chaumière, le tend, tremblante, à la vieille dame qui elle, triomphante, s’en va presque en gambadant. De retour chez elle la vieille se jette sur son lit, pose la tête sur le coussin magique, et s’endort.

Comme tous les jours à la tombée de la nuit, la grand-mère rentre à la maison. Elle aperçoit, étonnée, la petite fille assise sur le pas de la porte, l’air soucieux, inquiet.

« Qu’est-ce qui t’est arrivé ? lui demande la grand-mère. Pourquoi fais-tu cette tête ? Tu es tellement joyeuse d’habitude ». La petite fille, qui ne sait pas mentir, raconte dans le détail à son aïeule, ce qui lui est arrivé. Cette dernière comprend tout de suite que c’est là une farce de la sorcière dont la réputation n’est plus à faire. Lorsqu’elle le dit à la malheureuse, la petite s’évanouit de détresse. On est obligé de la mettre au lit. La fièvre s’empare d’elle. Elle est prise de tremblements et n’est pas toujours consciente. Il n’est pas possible d’appeler le docteur car personne ne pourrait le payer.

La grand-mère comprend alors que le seul moyen de sauver sa petite fille est de récupérer le coussin magique. Mais comment ? La grand-mère sait où habite la sorcière mais elle ne se sent pas du tout de taille à affronter toute seule cette sorcière. Ses os lui font mal et son dos la tyrannise. Heureusement, elle avait un amoureux, un monsieur de son âge, qui était le meilleur chasseur du pays. Elle le supplie alors de l’aider à sauver sa petite fille qui est sa plus grande source de joie. Le chasseur, comprenant qu’il s’agissait d’une question de vie ou de mort, sait qu’il n’a pas le choix. Il se rendra chez la sorcière pour affronter la sorcière qui terrorise la région. Il est amoureux et courageux, ce sont là ces principaux atouts. « J’irai cette nuit », dit-il.

A la nuit tombée, voilà le chasseur qui part avec une grande corde nouée autour de sa taille et une torche allumée pour l’éclairer dans la nuit. Parce que tu imagines bien que dans la forêt, la nuit, il fait sombre, sauf s’il y a pleine lune. Il ne voulait pas prendre le risque de se faire déchiqueter par des animaux sauvages qu’il n’aurait pas eu le temps d’apercevoir. Il marche longtemps, et à minuit pile, il arrive devant la maison de la sorcière. C’est une maison qui est facile à reconnaître : des serpents tout autour, des grands récipients sur des feux de bois dans lesquels des liquides aux senteurs bizarres mijotent, des crapauds, des chauve-souris.  Le chasseur, malgré cet accueil peu chaleureux, se souvient qu’il doit sauver la petite fille. Il pousse doucement la porte et entre. Quel spectacle ! Au milieu de ce taudis, la sorcière, un sourire épanoui laissant voir son unique dent jaunie, ronfle de tous ses poumons, faisant un bruit à réveiller les morts,  les yeux fermés lourdement, les cheveux emmêlés souillant le coussin magique. « Vite ! Profitons de son sommeil. Je dois régler le problème avant qu’elle se réveille » se dit le chasseur. Il dénoue sa corde, attache la sorcière sur son lit sur tout son corps, comme pour en faire un gigot. Aucun morceau de chair n’échappe à sa vigilance. Il la serre une fois, l’entoure une fois, l’entoure deux fois, l’entoure trois fois. Elle est ficelée comme un saucisson et ne peut plus bouger un petit doigt. Le chasseur s’empare du coussin,  soulève le lit – la sorcière n’était pas grosse – et l’emporte hors de la maison. Dés que le lit est soulevé et que le coussin lui est repris, la sorcière se réveille. Elle ne comprend d’abord pas pourquoi le lit bouge, puis elle voit le chasseur et comprend qu’on l’enlève mais pour la première fois elle est impuissante et ne peut se débattre. Le chasseur se dirige vers la place centrale du village, le coussin magique sous le bras.

Il dépose le lit de la sorcière sur la place centrale du village et court chez la grand-mère rendre le coussin magique. La grand-mère met le coussin magique sous la tête de la petite qui s’endort immédiatement. Tous les trais de son visage se détendent. La grand-mère, folle de bonheur, embrasse le chasseur.

Pendant ce temps, les habitants du village se réunissent autour du lit de la sorcière sur la place du village. Ils n’en croient pas leurs yeux. Ils osent à peine la regarder, la toucher tant elle a hanté leurs cauchemars. Progressivement ils se rendent compte qu’elle ne peut vraiment rien leur faire. « Ah tu as abîmé ma maison ! » dit une villageoise. « Ah tu as brûlé mes récoltes » ajoute une autre. « Ah, tu as tué mes animaux «  dit la troisième. Et chacune veut se venger et voudrait la battre et lui faire mal. Mais le maire du village les rappelle à l’ordre et leur dit qu’on ne peut pas agir comme elle et qu’il faut la juger. Ils décident alors ensemble de la punir en lui infligeant le récit détaillé par chacun des habitants de tous les maux infligés. Cela leur prit des mois. A la suite de quoi, ils décident de la laisser en prison afin qu’elle ne puisse plus nuire. Les villageois ont aussi pu retrouver dans la maison de la sorcière tous les trésors qu’elle leur avait dérobés. Ils décident de tout partager équitablement, ce qui permet à la grand-mère et à la petite fille de vivre mieux. La grand-mère offre même une magnifique poupée à sa petite fille !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.