Le dialogue à la Bruno Lemaire : le contrôle d’identité !

Pour avoir interpellé Bruno Lemaire après son discours aux Jeco, la police m’a suivie dans le métro pour y contrôler mon identité. Une étrange notion du dialogue démocratique et de l'application de la loi anti-terroristes.

Comme toutes les années, j’assiste aux Journées Économiques de Lyon pour m’instruire sur l’économie. Mais où, à leur début, elles étaient des débats entre économistes orthodoxes et hétérodoxes, elles ne sont maintenant que de la propagande pour l’ultralibéralisme. Les économistes invités, ne dialoguent pas, ils surenchérissent sur les réformes structurelles à appliquer en France comme dans l’UE. Et le clou des JÉCO est le discours, servi sur un plateau, d’un ministre.

 

Cette année la promo du gouvernement était assurée par Bruno Lemaire, le ministre de l’économie. Il est arrivé au milieu du débat sur “vision prospective sur l’Europe”. Il nous a annoncé un court discours puis qu’il dialoguerait avec la salle. Enfin dialoguer ! par SMS, ce qui permet au modérateur, Jean Marc Vittori du journal “les Echos” de sélectionner les questions opportunes.

 

Donc le ministre nous a vanter les mérites de la suppression de l’ISF et de la flat taxe pour encourager les “investisseurs” qui “créent les emplois”. Il a terminer en affirmant que la priorité du gouvernement était de réduire les inégalités, une société plus juste est bien sûr son but ultime.

 

J’ai sagement écouté malgré l’indignation que ces mensonges m'inspiraient, puis à la fin de son discours, j’ai lancé le débat sans micro, en l’interpellant “LA LUTTE CONTRE LES INÉGALITÉS, C’EST DONC PRENDRE AUX PAUVRES POUR DONNER AUX RICHES ?” Comme des applaudissements approuvaient dans la salle, il n’a pu éviter de répondre du bien fondé de sa politique, et en particulier la lutte contre les paradis fiscaux qui est leur “priorité” avec une liste noire des pays qui refusent le transfert d’information. L’heure du déjeuner étant arrivé le dialogue avec la salle s’arrêta là.

 

Je quittais donc la salle et allais prendre mon métro. Sur le quai je me vis encerclée par les policiers que je connais bien, et qui me connaissent encore mieux, puisque ce sont ceux que je côtoie depuis des années dans les manifestations lyonnaises. Prenant à témoins les étudiants qui sortaient aussi de la conférence, je demandaient aux policiers pourquoi ils me suivaient et depuis quand prendre la parole dans un débat était répréhensible. Ils me répondirent que c’était un contrôle d’identité, qu’ils avaient parfaitement le droit de me contrôler. Si les témoins présents n’avaient pas pris ma défense en argumentant la défense de la liberté d’expression, il se peut bien que le contrôle d’identité se soit fini en garde à vu au commissariat. Leur intimidation a parfaitement fonctionnée puisque j’ai préféré donner ma carte d’identité, plutôt que de finir au poste.

 

Ce contrôle est bien une intimidation pour me dissuader de manifester. Je suis persuadée qu’ils connaissent parfaitement mon identité, et même que je dois avoir un sacré fichier aux renseignements généraux. Puisque je côtoie un des policiers qui m’a contrôlée depuis des années de manifs et que je lui ai même précédemment indiqué ce blog Médiapart, qu’il m’a dit avoir lu avec intérêt.

 

Donc ces ordres d’intimidation venaient d’en haut, voilà une excellente leçon de démocratie à la Lemaire. Le gouvernement pour le CAC40 et pour les SPONSORS du président, et contre ces fainéants de salariés et chômeurs, sait se servir des “forces de l’ordre” à bon escient contre les dangereux terroristes qui osent les contredire.


Merci à l’état d’urgence passé dans la loi ordinaire. Désormais les contrôles d’identité n’ont plus à justifier d’une infraction. La FRANCE N’EST PLUS UNE DÉMOCRATIE. L’arbitraire y est devenu la loi.

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