Pourquoi se suicide-t-on sous le métro ?

"C'est honteux ! il y a la manière ! il pourrait se suicider correctement !". Il y a donc une mannière "correcte" de se suicider. Certainement discrètement, en prenant des cachets et en partant sagement sur son lit. Mais il se trouve que de plus en plus de suicidés "choississent" de se jeter sous un métro ou un train pour mettre fin à leur calvaire de vie. Pourquoi ?

"C'est honteux ! il y a la manière ! il pourrait se suicider correctement !". Il y a donc une mannière "correcte" de se suicider. Certainement discrètement, en prenant des cachets et en partant sagement sur son lit. Mais il se trouve que de plus en plus de suicidés "choississent" de se jeter sous un métro ou un train pour mettre fin à leur calvaire de vie. Pourquoi ?


Cette phrase n'a pas été prononcėe par un passager du métro dans lequel j'étais quand un violent coup de frein nous a projettés vers l'avant et aprés que le conducteur nous ait aussitôt annoncé "nous avons droit à notre suicide, veuillez rester calme en attendant les secours". Cette phrase n'a pas été prononcée, par dépit, par un des voyageurs avec valises qui n'a pas pu rejoindre la gare à temps pour prendre son train. Non, cette phrase d'indifférence et d'égoïsme, qui m'a révoltée, a été prononcée par une musicienne, à qui j'expliquais succinctement ce suicide dans le mėtro pour me soulager de ce que je venais de vivre.


Les malades incurables ou les vieux fatigués de vivre, ne se choisissent pas cette fin "spectaculaire" et "scandaleuse". Si des suicidés choissisent "d'emmerder le monde", comme dissent certains, plutôt que de disparaitre "correctement" peut-être est-ce bien pour signifier à cette société sa responsabilité dans leur désir d'en finir avec les difficultés sans fin dans lesquelles elle les plongent. Enfin exister ! Exister par sa derniére action ! Exister en s'imposant par le contretemps qu'ils imposent à des centaines de voyageurs. Peut-être pour espérer une pensée de compassion, ou au contraire, dire un dernier merde à la gente humaine qui les à ammener à tirer leur révérence.


La réaction du conducteur du métro "Nous avons droit à notre suicide", à elle seule, en dit long sur la fréquence de ces "incidents" perturbant le trafic des transports en commun. On peut comprendre le reflexe de défense des conducteurs devant l'horreur de faits qu'ils subissent, sans pouvoir faire quoique ce soit. Il semble qu'ils sont entrainés à garder leur calme, à prévenir passagers et secours au plus vite, et à attendre. Ils sont aux premiéres loges des malheurs de notre société.


De ces faits, si significatifs de notre société, personne ne parle. Les médias prėferent nous rabâcher le retour de Sarkozy ou même les 13% de satisfaits de Hollande, plutôt que d'analyser ses symptômes du monde que nos politiques nous fabriquent.


Médiapart, qui se veut un média responsable, ferait sont travail d'information des citoyens, en enquêtant sur ce phénomène. Nous donner des exemples concrets, les analyser, revéler les chiffres de la RATP ou de la SNCF, intéroger des psychologues et des sociologes. Ce serait faire oeuvre de salut public. 

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