Des années de calvaire

Les montages financiers destinés à priver des individus de leurs biens, s'accompagnent souvent d'une destruction totale des victimes. Il faut que ça cesse.

Le combat des époux C. est loin d'être terminé... © (c) Eurojournalist.eu Le combat des époux C. est loin d'être terminé... © (c) Eurojournalist.eu
 (KL) – Depuis deux ans, nous couvrons sur Eurojournalist.eu et dans cette « Edition Eurojournalist(e) sur Mediapart » les dysfonctionnements dans les procédures de liquidation judiciaire. Mais derrière ces dossiers, se trouvent des femmes et des hommes, les victimes de ces procédures. Et en dehors de toute considération « technique », ces victimes subissent des années de harcèlements, des ruptures familiales, des maladies et souvent, la destruction de toute une vie. Si ce phénomène se déroule dans le monde des petits entrepreneurs, il ne faut pas se tromper – les victimes font systématiquement partie de la population active de la France et presque un tiers des pauvres en France sont issus de cette population. Il serait temps que ça change.

Nous avons déjà couvert la partie « technique » du dossier des époux C. - mais ce dossier ne constitue que le pic de l'iceberg et en analysant ce dossier, on se rend vite compte d'une stratégie que l'on observe également dans d'autres dossiers que nous vous présenterons prochainement ici-même. Cette stratégie se résume ainsi : a) on identifie une proie facile, b) on la laisse créer, pendant des années, une vraie plus-value, c) on s'accapare de cette plus-value et d) on broie les victimes de façon à ce qu'elles ne se défendent plus.

L'identification de la proie. - La proie des « requins » s'identifie souvent toute seule. Spécialisée et dynamique, la « proie idéale » est travailleuse, sérieuse, paie ses mensualités, et elle crée dans son domaine de spécialisation. Par contre, la « proie idéale » n'a pas ou que peu de connaissances du monde de la finance et des montages financiers – mais elle se laisse impressionner par ces personnes en costume-cravate, les conseillers de toute sorte, qui savent si bien dessiner la voie vers le succès. Une fois la « proie idéale » identifiée, on peut passer à la phase B. Dans le cas des époux C., la phase A était facile – le Dr. C., médecin de haute renommée, et son épouse, infirmière spécialisée, gagnaient correctement leur vie, était hautement respectés dans la belle ville de Strasbourg et ils étaient connus pour leur détermination, leur travail dur et leur volonté de construire à Strasbourg, un hôtel familial pas comme les autres, la Villa Novarina, un joyau 5* de l'hôtellerie strasbourgeoise.

On laisse créer les victimes une vraie plus-value et ce, pendant des années. - La phase B de cette mise en scène est particulièrement odieuse. On encourage les victimes à s'investir à fond dans leur projet, on les incite d'investir le dernier cent de leur patrimoine dans leur projet, on leur accorde tous les crédits nécessaires à la réalisation de leur projet et on commence doucement à les envelopper dans le filet des « montages financiers » dont on sait que les victimes ne les maîtrisent pas. Dans le cas des époux C., le montage financier était un « lease-back » proposé par l'organisme financier A. Vous ne savez pas comment fonctionne un « lease-back » ? Les époux C. l'ignoraient également. Aujourd'hui, ils le savent mieux – à la fin d'un tel montage, ils auront crée un merveilleux projet. Seul bémol – il ne leur appartient plus, mais à l'organisme financier ayant réalisé ce montage financier. Mais puisque les interlocuteurs étaient tous souriants et prêtaient volontiers l'argent nécessaire à la transformation d'une vieille villa de la Belle Epoque en un 5* correspondant à tous les standards modernes, les époux C. pensaient à tort que les « requins » étaient leur partenaires. Une faute d'appréciation qui allait leur coûter cher.

On s'accapare de leur bien. - Voilà la phase jouissive pour les « requins », le moment attendu. Dans le cadre de ces montages financiers, il s'agit de la pure technicité. Il suffit de revenir sur des crédits accordés et de demander le remboursement immédiat des anciens crédits. Pendant cette phase, les banquiers et autres acteurs de ce montage, doivent prendre un réel plaisir, puisqu'elle permet de presser les victimes jusqu'au dernier cent. Les « requins » connaissent leurs victimes, ils les ont étudiés pendant longtemps. Ils savent, comme c'était le cas pour les époux C., que les victimes mettront tout en œuvre pour sauver leur rêve de vie et qu'elles vont donc mobiliser les derniers fonds pour ne pas abandonner sur la ligne d'arrivée. C'est le moment qui permet aux « requins » d'encaisser des fonds qui n'existent même plus, car les époux C., comme toutes les victimes, feront même l'impossible. Et ce, sans savoir que leur bien ne leur appartient déjà plus.

On broie les victimes de façon à ce qu'elles ne se défendent plus. - Cette phase est très importante dans l'organisation des projets des « requins ». Une victime qui se débat, qui se défend, qui se rebiffe, ça fait désordre. Donc, il faut la broyer. Quoi de plus facile que de broyer une victime ? La victime d'un tel montage se trouve déjà dans une position d'extrême faiblesse – privée d'argent, de statut social, souvent d'espoir, confrontée à des difficultés inattendues, ce broyage se fait souvent tout seul. Déchirure du couple, de la famille, pathologies psychosomatiques – dans de nombreux cas, les victimes finissent par s'auto-déchirer et sombrent dans la maladie. Pour les « requins », il s'agit là du cas le plus facile. Mais ce n'était pas le cas pour les époux C. qui restaient et qui restent solidaires et qui ont relevé le combat contre leur détracteurs.

Mais les « requins » disposent de grands moyens. Ainsi, dans le cas des époux C., ils se sont attaqués à la fille de 12 ans des époux C. à qui ils ont réussi à faire croire que ses parents ne sont pas ses parents. Suite à ce « lavage du cerveau », la fille a disparu et les époux C. ne l'ont pas vu depuis plus de 4 ans. On imagine la détresse de cette famille déchirée, par exemple au moment des fêtes, où cette absence pèse tout particulièrement.

Les époux C., comme d'autres victimes, se trouvent aujourd'hui dans une situation où ils n'ont plus rien à perdre. Le Dr. C. a été mis à la porte par la clinique où il exerçait, les ragots semés à son égard ont fait leur effet. Dans le cadre de ce montage, les époux C. ont été condamnés à payer presque 3 millions d'euros aux spéculateurs, car l'organisme financier A. vient de brader cet hôtel 5* pour un million d'euros à un autre organisme qu'il contrôle. La différence entre le prix de vente et la valeur réelle de cet hôtel, c'est aux époux C. de la payer – pour un hôtel qui ne leur appartient plus depuis un bon moment.

Et la Justice dans tout ça ? Comme souvent, la Justice se trouve du côté des vainqueurs. Peu étonnant dans une ville de taille moyenne où les notables se côtoient plusieurs fois par semaine et où on a l'habitude de régler les problème autour d'un verre entre « amis ».

Mais les époux C., comme d'autres victimes de ces montages et procédures, n'abandonnent pas. Ils réclament de la justice, ils veulent retrouver leur fille. Et ils veulent, enfin !, pouvoir à nouveau marcher la tête haute dans une ville où les puissants le montrent du doigt, où on leur a enlevé leur fille, où on leur a volé le rêve d'une vie. Par conséquent, les époux C. se relancent dans les procédures et n'hésitent pas à rendre cette affaire publique. Elle l'est maintenant.

La rédaction dispose de l'intégralité du dossier, y compris les noms des différents acteurs de ce montage et de cette procédure. Et nous allons suivre les prochaines étapes dans ce dossier terrible.

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