Abdelkader Chaou : le chant de la ville blanche

  Il est des musiques indissociables de certaines villes. Chant populaire typique d’Alger, le chaâbi mêle différentes cultures et témoigne finalement d’une cité plurielle. Digne réprésentant du genre, Abdelkader Chaou sera, samedi 16 février, sur la scène de l’Alhambra pour la date finale du festival Au fil des voix.

 

abdel.jpg

 

Il est des musiques indissociables de certaines villes. Chant populaire typique d’Alger, le chaâbi mêle différentes cultures et témoigne finalement d’une cité plurielle. Digne réprésentant du genre, Abdelkader Chaou sera, samedi 16 février, sur la scène de l’Alhambra pour la date finale du festival Au fil des voix.

 

Enfant de la Casbah d’Alger, Abdelkader Chaou fait ses gammes auprès de El Anka, figure tutélaire de la scène algéroise de l’après guerre et mentor du répertoire chaâbi. Il est inspiré par le medh et l’aroubie, deux musiques populaires répandues, au début du XXe siècle, sur ce rivage de la Méditerranée. Respectivement marqués par le chant religieux et la musique arabo andalouse, les genres précités se mélangent naturellement, au gré de la mixité, de l’apport berbère. Un creuset qui sédimente au fil des décennies pour finalement s’imposer, après l’indépendance algérienne, sous la terminologie Chaâbi. C’est ce patrimoine moderne, symbole d’une nation émergente, qui accompagnera nombre d’immigrés lors de leur déracinement… Essentiellement acoustique, la musique chaâbi  s’exprime au travers de percussions comme  le tar et la derbouka mais aussi le quanoun (forme de sitar oriental), la flûte ney ou bien encore le violon, joué à la verticale. Reste la mandole, particularisme de la scène locale et emblème du chaâbi.

La destinée musicale de Abdelkader Chaou s’inscrit plain pied dans ce registre. Après des débuts prometteurs, le chanteur rentre en 1968 au Théâtre National Algérien qui fait alors office de vitrine culturelle. Son premier disque sort en 1970 mais le succès intervient trois ans plus tard avec Djah rebi ya djirani. Ce titre sera le premier tube d’une longue carrière. Doté d’une voix particulièrement mélancolique, Abdelkader Chaou contribue alors à moderniser le chaâbi avec des titres comme Mazal Khatmi ou Mériem Mériem. Contesté par les tenants d’une certaine orthodoxie, l’interprète entraîne avec lui d’autres musiciens comme Skandrani. Ce virage manifeste correspond pourtant au caractère évolutif du registre, amalgame de différentes cultures… Outre les rythmes originels, on trouve aujourd’hui, au sein de la musique chaâbi, des traces de rythmes gnawas voire l’empreinte européenne.

 

 

Désormais disponible en DVD, El Gusto, le documentaire de Safinez Bousbia  retrace l’union sacrée, dans les années 50, entre différents musiciens chaâbi de confession juive ou musulmane. La plupart élèves de El Anka au conservatoire d’Alger, ces jeunes gens se retrouvaient, après la mosquée ou la synagogue, afin de partager une culture commune. C’était avant les années de plomb.. Le commentaire d’introduction met au diapason : « La musique chaâbi fait oublier la faim, la misère, la soif tellement ça… » confie, avec une faconde irresistible, l’un des protagonistes. Très émouvantes, les retrouvailles permettent ainsi à des personnages comme Mohamed el Farkioui, fil conducteur du documentaire et le comédien Robert Castel de dévoiler leurs souvenirs. Cette réunion n’en reste pas moins joyeuse d’où le nom du film : El Gusto… Enregistrés sur scène, les titres attestent de l’appétit qui nourrit ces pétulants septuagénaires. A noter la sortie, en 2007, de l’album Abdel Hadi Halo and the El Gusto orchestra of Algier, avec une partie de l’actuelle formation. Matrice du film El Gusto, ce disque est produit par Damon Albarn.

Relayé en France dans les bistrots enfumés de Barbès, le chaâbi comme le répertoire oranais marquent la premières vague d’immigration maghrébine. Un phénomène qui intègre un répertoire propre avec ses chansons, producteurs et diffuseurs.  Fils d’immigrés, Rachid Taha évoque grâce aux deux volumes de la compilation Diwan ce registre. Ces albums sont peut êtres parmi les enregistrements les plus personnels effectués par le rocker lyonnais. Avec ces sessions de reprises, le chanteur rend ici hommage à ses origines. Sorti en 1997, Ya Rayah, standard de l’exil chanté initialement par Dahmane El Arachi, connait un succès hexagonal retentissant. Le deuxième tome élargi la palette avec une reprise du camerounais Francis Bebey.  Autres fils d’immigrés et figures de la scène rock francophone, Mouss et Akim, les facétieux frangins du groupe Zebda enregistrent au mitan des années 2000, Origines contrôlées, un recueil de chansons de l’immigration algérienne. Parmi les titres figure Adieu la France ou La carte de résidence…

 


Vincent Caffiaux

Abdelkader Chaou : L’enfant de la Casbah (Disques Dom) –  El Gusto   (studio Zylo ) – Rachid Taha Diwan Vol. 1 et 2 (Barclay) – Mouss et Akim : Origines Contrôlées (Atmosphériques)

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.