«Le gouvernement parle d'annuler la suite de l'EURO 2024» Fictions futures

Les titres des journaux s'étalaient en une, et les bandes d'actualités passant en boucle sur les écrans répétaient l'information alarmante. De toute l'Europe, les clameurs de protestation surgirent aussitôt, amplifiées par la société numérique qui en fit vite un événement viral. 

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 "« Le gouvernement envisage d'annuler les prochains matchs de l'EURO 2024 si l'UEFA n'arrive pas à empêcher la violence lors des matchs. Devant la violence constatée ces derniers jours autour des stades et des fan-zones, et constatant que cette violence aboutit à un nombre croissant de blessés chez les supporteurs, et parmi les forces de l'ordre, le gouvernement annonce qu'il envisageait à très court terme la fermeture des stades concernés et l'arrêt du tournoi EURO 2024. Le chef de l’État demande à la fédération européenne de football qu'elle prenne ses responsabilités pour stopper les brutalités, précisant que, si celles-ci continuaient, des sanctions seraient prises, non seulement contre les fauteurs de troubles, mais aussi contre l'UEFA elle-même, considérée comme responsable de ces exactions. "

Les titres des journaux s'étalaient en une, et les bandes d'actualités passant en boucle sur les écrans répétaient l'information alarmante. De toute l'Europe, les clameurs de protestation surgirent aussitôt, amplifiées par la société numérique qui en fit vite un événement viral. Comment le gouvernement osait-il s'attaquer à ce monument populaire qu'était l'Euro de football ? Que faisaient les conseillers du Président ? Ils voulaient la révolution ? Les commentateurs passaient de l'incompréhension à l'inquiétude : l'arrêt brutal de cette grande fête fédérative annonçait-il la fin de l'utopie démocratique sportive ? La fin de la démocratie ?

 

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Vous n'y croyez pas ? Moi non plus. Trop d'argent en jeu. Et puis cela n'aurait aucun sens, car l'UEFA ne peut être considérée comme responsable des débordements et de la violence. Les responsables, ce sont d'abord les supporters violents eux-mêmes. En outre, si une autre responsabilité est à interroger, c'est celle des gouvernants qui favorisent la mise en place de ces grands raouts, avec excitation entretenue (cela fait des mois que l'on nous prépare, grâce à la complicité des médias, à cette « Grande fête du football ») rivalité de nations et bière à gogo, sans forcément que la sécurité des participants soit assurée. On comprend que la question de la stratégie sécuritaire à mettre en place est primordiale, en particulier dans un pays qui vient de vivre des attaques terroristes épouvantables. Cependant, s'il est difficile de sécuriser une foule qui va regarder un match, cela reste quand même la prérogative de l’État de droit que d'assurer la sécurité des citoyens, tout en maintenant les libertés publiques.

Or, ces libertés me semblent davantage concerner le droit à manifester que le droit à voir un match en public. Vous avez compris où je voulais en venir.

De quel droit peut-on accuser un syndicat, fût-il majoritaire, d'être responsable des exactions commises à l'occasion d'une manifestation de protestation ? A chaque manifestation, ou presque, et ce depuis longtemps, on peut trouver des personnes qui ne viennent que pour en découdre. Il n'y a plus de tournois, plus de duels, mais il y a toujours des jeunes qui ont envie de défier l'autorité et/ou d'user de violence. Cela ne date pas d'hier. Remarquons d'ailleurs que, dans les forces de l'ordre, on peut observer parfois le même ferment, qui conduit aussi à des passages à l'acte, verbaux, mais quelquefois physiques. Sans compter les agents infiltrés qui ne sont là que pour créer des situations de violence afin de pouvoir déconsidérer des manifestations quasiment toujours non-violentes et pacifiques.

Bref, quand un gouvernement crée une situation d'exaspération populaire en maintenant un projet de loi hostile aux travailleurs, et campe sur ses positions malgré la longue et profonde mobilisation de ces derniers, n'y a-t-il pas une certaine malignité à tenter de faire porter le chapeau des quelques attaques  constatées lors des manifestations aux représentants des salariés que sont les syndicats ? Y a-t-il eu appel à la violence de la part de ces derniers? Ne serait-il pas plutôt question de masquer le développement d'un mouvement qui, loin de s'essouffler, prend de l'ampleur ? Ne s'agit-il pas d'une situation où le gouvernement jouait la montre en pensant que l'EURO allait calmer les opposants, ce qui ne s'est pas produit, et ne sait plus désormais comment faire taire la rue qui s'exprime de plus en plus fort ? La conception des stratégies de maintien de l'ordre, est-elle efficace ? N'est-elle pas plus coercitive que protectrice ?

En tout cas, quand j'entends ces menaces contre le droit à manifester, alors que l'EURO 2016 va continuer contre vents et marées, je me dis qu'il y a quelque chose de pourri au pays du néolibéralisme dissimulé en social-libéralisme... lui-même caché sous une bannière socialiste. Mais ça, plus grand-monde n'en est vaiment dupe.

 

 

 

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