Billet de blog 1 févr. 2017

Le Transhumanisme : Quès aco ?

L’expression, comme un aveu d’incompétence, est celle du plus éminent élu de la Ville, rappelée par lui-même lors de la séance d’inauguration du Forum Européen de Bioéthique. Roland Ries aurait employé la formule en entendant les propositions de création d’un forum du Pr Nisand, le fondateur qui finalement a réussi à le convaincre. C’était le lundi soir en clôture d’une journée fort riche.

Gervaise THIRION
Abonné·e de Mediapart

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Le premier débat de la journée du mardi « le transhumanisme, une nouvelle forme d’humanisme ? » nous apportait un début de réponse. 

En dehors des adeptes de science-fiction, des branchés des nouvelles technologies… qui se préoccupe de transhumanisme ? Qui en a déjà entendu parler ? Qui sait exactement de quoi il s’agit ?« quès aco ? »

En tout cas, le thème ne semble pas figurer aux programmes de nos politiciens  en vue pour l’heure, pas plus qu’il ne l’était  pour leurs prédécesseurs… Ou alors, on a raté quelques étapes de la course à la candidature. Pourtant, ces questions font l’objet d’une véritable attente, pour ne pas parler d’inquiétude, si l’on en croit l’assistance nombreuse présente à la séance et les questions pertinentes qui ont fusé de toutes parts.

L’intérêt de la rencontre était, avant tout, didactique.

Des intervenants de choix :

Pour le côté présentation du sujet, deux invités: Gilbert Hottois, philosophe belge spécialiste des questions d’éthique de la technoscience et Jean-Noel Missa, médecin, philosophe des sciences biomédicales. Tous deux sont les auteurs d’une « Encyclopédie du trans/posthumanisme ».

En face : Didier Coeurnelle, Marc Roux, Alexandre Maurer, respectivement vice-président, président etmembre de l’Association Française de Transhumanisme (AFT) technoprog.

Au milieu, un jeune blogueur, Antoine de Saint Epondyle, qui a participé avec beaucoup d’intelligence aux échanges et apporté sa vision  citoyenne et très critique de la question.

Précisons que les représentants de l’AFT semblaient représenter la version « soft » du transhumanisme, les modérés en quelque sorte. Il existerait une version intégriste qu’on découvrira sans doute dans la suite du forum, à savoir les fameux GAFA de la Silicon Valley beaucoup plus inquiétants.

Oui… le transhumanisme est une nouvelle forme d’humanisme.

Gilbert Hottois, dans un exposé clair, nous a fait un bref rappel historique.

De tout temps l’Homme a été explorateur, expérimentateur, préoccupé de perfectibilité.

Le transhumanisme se situe dans le prolongement des philosophies (Descartes, Rousseau…) Il est l’héritier en droite ligne de l’esprit des Lumières (Condorcet). D’autres grands noms (Jean Rostand, Teilhard de Chardin) viennent cautionner ce besoin d’amélioration de l’être humain.

Quand il s’agit de parvenir à un mieux-être, de soulager les souffrances, de prolonger la vie dans les meilleures conditions, comment ne pas être d’accord?

Mais… viennent ensuite les interrogations 

Toute l’originalité de ce Forum est d’offrir l’accès aux exposés, idées et recherches des experts, indispensable ! Mais aussi de laisser place à la controverse en donnant la parole à de jeunes lycéen(ne)s invités comme « grands témoins » et à l’assemblée présente, attentive et critique. Un bon moyen d’éviter les discours abscons et les erreurs d’interprétation. Ici, on pratique l’art de la dispute.

Une préoccupation émerge du flot de questions : le transhumanisme est-il un eugénisme ?

« Eugénisme » le mot sent le soufre, car on l’associe immédiatement aux pires crimes du nazisme.

C’est pour cette raison qu’en 1957 Julian Huxley, eugéniste de gauche avant la guerre, (le frère d’Aldous, auteur du « Meilleur des mondes ») inventa ce néologisme qu’est le mot « transhumanisme ».

Actuellement, « l’objectif central des transhumanistes est la domestication de la vie pour augmenter nos capacités. Selon eux, l’humanité ne devrait avoir aucun scrupule à utiliser toutes les possibilités de transformation offertes par la science. Il s’agit de faire de l’homme un terrain d’expérimentation pour les technologies NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique, sciences Cognitives) » (Laurent Alexandre).On l’avait entendu la veille.

Mais encore …

Le débat a donné lieu à une abondance inattendue d’interventions tant le sujet est complexe et déconcertant :

Le coût d’accès aux nouvelles technologies, même s’il tend à se démocratiser, ne menace-t-il pas l’égalité entre les êtres humains ?

Qu’en sera-t-il de notre liberté tant revendiquée face à cette dictature du perfectionnement?

Le projet transhumaniste deviendrait-il un vecteur de discrimination supplémentaire ?

Quid des volontés de domination et de pouvoir des big data ?

etc…

Face au doute, aux suspicions, aux craintes, impossible, bien entendu, d’obtenir des réponses claires,  définitives et surtout rassurantes, sauf à posséder des dons de voyance. 

Néanmoins, l’exercice aura eu le mérite d’appeler à un débat politique de la plus haute urgence.

A condition que nos élus prennent conscience de la nécessité, qu’ils fassent l’effort de s’y intéresser et acquièrent l’éducation nécessaire à la compréhension de ces nouvelles technologies qui sont prêtes à gouverner le monde à leur place et susceptibles de mettre la démocratie en danger. Eh oui ! Certains en parlent avec assurance.

Le pari est loin d’être gagné !

Gervaise Thirion.

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