Les médias à l'ère de la terreur

Forum Mondial de la Démocratie à Strasbourg session plénière : Responsabilité des médias à "L'ère de la terreur"

Dès 9 heures au Conseil de l'Europe, quelques jours après les attentats tristement célèbres de Paris me voici au deuxième jour du Forum Mondial de la Démocratie à Strasbourg pour assister à la  session plénière ayant pour sujet : Responsabilité des médias à "L'ère de la terreur" avec entre autre l'excellent Philippe BILGER du côté français.

A la tribune des experts (photo)

- Mme Nadezda AZHGIKHINA, Fédération de Russie, Vice-Présidente de la Fédération européenne de journalistes, Secrétaire exécutive de l’Union russe des journalistes

- M. Philippe BILGER, France, Magistrat honoraire, Président de l’Institut de la Parole

- Mme Rita CHINYOKA, Zimbabwe, Editrice/PdG de Media ? lui demander

- M. Hans-Wilhelm SAURE, Allemagne, Reporter pour le journal Bild

- Modératrice : Mme Katrin NYMAN-METCALF, Estonie, Professeur, Chef du département droit et technologie à la faculté de droit de Tallin, Université de Technologie de Tallin

Deux des participants Nadezda AZHGIKHINA et Rita CHINYOKA ont comparé le travail des journalistes à un business dicté par l'économie, la politique…

Le journaliste allemand de Bild a suggéré aux participants d'acheter des journaux et de s'abonner aux médias en ligne : une nécessité pour que puisse être assuré le travail d’information avec les fonds indispensable pour financer une presse libre.

De son côté l'intervenante du Zimbabwe nous a expliqué que moins de 1% de la population de son pays avait accès à la presse écrite, le revenu médian étant de 250 dollars par mois pour les journalistes par exemple. Rita CHINYOKA  nourrit un espoir très fort avec internet et les smartphones permettant de surfer sur internet.

Quant à Hans-Wilhelm SAURE de Bild, il a posé la question de l'indépendance de la presse française avec une subvention globale versée par l'état et les collectivités de 400 millions d'euros par an. Il y a des inégalités économiques dans le traitement de la presse de par le monde, tout comme il y a de lourds problèmes concernant la liberté de la presse, nous le savons tous.

Reporters sans Frontières tient à jour un "baromètre de la liberté de la presse". Selon ce baromètre, jusqu'à présent, cette année 2015 on compte  63 journalistes tués, 18 net-citoyens, 150 journalistes et 161 net-citoyens et citoyens journalistes emprisonnés. Les meurtres ou incarcérations de ces personnes sont tous liés à leur activités professionnelles d’investigation ou de commentaires jugés dangereux pour le pouvoir.

 Revoyons plus en détail.

Quand on décortique ce baromètre les chiffres sont éloquents :

2 journalistes tués en 1979, 29 en 2002 et pour l'instant un record avec 117 tués en 2006. Nous ne pouvons que constater cette triste progression. Certes le nombre de journalistes en exercice dans le monde s'est accru entre 1979 et aujourd'hui, ce qui pourrait être un des éléments pour analyser l'augmentation de ce phénomène, mais il n'y a pas que ça. La presse est devenue un symbole à abattre. La mort d'un journaliste fait toujours plus de bruit que la mort d'un autre individu et ceux qui tuent le savent bien.

Pour revenir sur le débat et l'échange avec l’hémicycle, les différents protagonistes et l'excellente modératrice Katrin NYMAN-METCALF ont œuvré de concert pour réagir avec pertinence aux différentes questions. 

Un tweet publié par @ManonHi a repris une phrase de Philippe Bilger "La sécurité de tous plutôt que la liberté de quelques uns". Constat essentiel à débattre.

 Le brillant magistrat honoraire a répondu à différentes questions sur l'usage de la peur que peuvent provoquer les médias. Il suggère notamment un temps de recul et non une immédiateté d’une information incertaine, incomplète et subjective. Sur la stigmatisation des individus de confession musulmane en ces temps sombres, Philippe Bilger a répondu "L'altruisme social doit habiter d'avantage un citoyen qu'une susceptibilité éthique qui est purement personnelle". 

Enfin les évènements tragiques sont plus « vendeurs » qu'une analyse de fond, nous le constatons  avec le succès post attentat de Charlie Hebdo, passant de 10 000 à 220 000 abonnés en moins d'un mois, le numéro 1178 dit "des survivants" est tiré à 8 000 000 d'exemplaires un record par ailleurs pour la presse française. Après avoir connu une longue période de difficultés financières, il semblerait que l'avenir économique de ce journal ne soit plus en péril. Il aura fallu un bain de sang pour que demeure ce dernier pour les prochaines années. Quelle tristesse !

Enfin on reprendra la citation de Philippe Bilger, faisant appel à Winston Churchill: "Ne cédez jamais, ne cédez jamais, jamais, jamais, jamais. En rien, grand ou petit, important ou insignifiant. Ne cédez jamais, sauf aux convictions d'honneur et de bon sens". .

 

Vincent Gouvion

 

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