Billet de blog 9 nov. 2016

Nicolas COLLE
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« Les Héritiers » : un film hommage à l'éducation, la formation et la critique.

Au moment de sa sortie en salles, en 2014, « Les Héritiers » bouleversait le public et la critique en nous relatant l’histoire d’une classe de seconde, composée de jeune élèves au tempérament difficile, dans une banlieue parisienne. Grâce à leur professeur d’histoire, cette classe a su se rassembler dans la perspective d’un concours national sur les enfants victimes de la shoah.

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Dans le cadre du Forum Mondial de la Démocratie à Strasbourg, nous reproduisons ici une interview significative réalisée à l’époque de la sortie du film, avec la réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar mais aussi Ariane Ascaride, l’interprète du professeur à l’origine de cette aventure et enfin, le jeune Ahmed Dramé, scénariste du film dans lequel il narre sa propre expérience qui a bouleversé sa vie. Ce dernier était d’ailleurs présent à la projection du film le jeudi 3 Novembre à l'occasion de l'ouverture du FMDS (off), en compagnie de l’incomparable défenseur de l’éducation contre le racisme, Monsieur Lilian Thuram.

C’est donc un véritable hymne à l’enseignement qui nous a été offert avec ce film dont la projection a été opportune en ouverture du Forum.

Interrogeons les créateurs et interprètes de ce film éloge des pédagogues :

Ariane Ascaride : En effet, il s’agit d’un grand hommage à ce que c’est que d’être un pédagogue qui peut amener des jeunes gens vers la connaissance, vers l’ouverture et vers le savoir. Cette professeure, qui existe au demeurant, est une vraie héroïne du quotidien. Elle écoute ses élèves, les considère, les respecte et les regarde en tant qu’individu et non en tant que masse.

Marie-Castille Mention-Schaar : Ce qu’il faut savoir aussi, c’est qu’il y a différentes manières d’aborder la pédagogie. Un professeur peut très bien être un bon pédagogue en prenant le temps d’expliquer son cours à ses élèves mais sans interagir avec eux. Or c’est justement la pédagogie inverse qui m’intéressait dans cette histoire. Cette professeure fait de ses élèves, des acteurs de son cours. Elle leur donne peu à peu la parole puis finit même par se taire. C’est quelque chose de très enrichissant.

Ariane, on dirait que vous avez été enseignante précédemment ? 

AA : Au début, ça a été quelque chose d’assez intimidant de se retrouver face à 24 jeunes gens qui vous regardent en se disant « Voyons voir comment elle peut être ? » et qui vous testent de la même manière qu’ils le feraient avec leur vrai professeur. Mais au fur et à mesure, je me suis surprise d’être heureuse à les retrouver chaque matin. Je me disais alors que, en tant que prof, cela devait être une grande satisfaction que de créer un lien aussi fort avec ses élèves et de les aider à aller aussi loin. Ça donne un sens très fort à votre vie. J’ai rencontré 24 jeunes adultes qui réfléchissent sur le monde, qui pensent le monde et qui se battent pour se faire entendre. Ils ont beau faire les cons de temps à autre, ils portent toujours un regard sur le monde et sur ce qui se passe autour d’eux. Si on prenait le temps de les écouter, l’avenir s’annoncerait meilleur. (Et Donald Trump n’aurait peut-être pas été élu…) NDLR.

Tous ses élèves, peu intéressés, ne savent absolument pas quoi faire de leur vie. Vont-ils parvenir à s’unir et aller plus loin que ce qu’eux mêmes comme leur entourage et la société auraient pu espérer.

Ahmed, c’est votre histoire après tout. Vous l’avez vécu de l’intérieur. Que pouvez vous nous dire sur l’évolution de vos rapports avec vos camarades de l’époque ? Comment êtes-vous arrivés si haut et si loin ?

Ahmed Dramé : C’est surtout après notre rencontre avec Léon Zyguel (rescapé du camp d’Auschwitz, décédé le 29 janvier 2015, peu de temps après la sortie du film… NDLR), qu’il y a eu un grand élan de solidarité entre nous. Ça nous a vraiment transformé d’écouter son témoignage. On avait également reçu le premier prix départemental et à partir de là, on était tous tellement fiers d’avoir accompli ce qu’on avait fait, qu’on s’était dit que le seul moyen d’arriver le plus loin possible, c’était qu’on soit tous soudés et rassemblés. Au final, on a eu le premier prix national. On était beaucoup plus qu’une simple classe, on était devenu une famille.

MCMS : Et puis, au cours de cette cérémonie, le fait d’être écouté, félicité et récompensé par un ministre et un comité composé de gens d’un niveau intellectuel et social élevé alors qu’on leur a toujours dit qu’ils n’étaient pas bons en maths et qu’ils n’iraient pas loin dans la vie, ça leur a donné des ailes.

AD : Exactement. Quand tu es jeune, que tu as grandi en banlieue et que tu te retrouves dans une cérémonie officielle telle que celle là, que tu es en costard cravate, que tu rencontres un ministre, tu comprends qu’en réalité, tu n’es pas si loin de ce monde là et même, que tu peux aller encore plus loin. On était tous arrivés là par la solidarité et le travail, sans se laisser abattre sur ce qu’on avait pu dire sur nous auparavant. On savait qu’on n’allait pas s’arrêter là et la plupart d’entre nous ont fait des études brillantes. On savait qu’on pouvait tous avoir de belles carrières professionnelles, quelque soit le milieu dans lequel on voulait être.

En écoutant ces personnes, on entend à quel point ce film est un choix judicieux pour illustrer le thème du Forum de cette année. 

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