Billet de blog 9 nov. 2016

geneviève Baas
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Révolutionner l'enseignement ou privilégier l'enseignement en tant que tel?

Entre une pratique audacieuse de l'enseignement et l'enseignement "classique" aux plus démunis, quelle option prendre?

geneviève Baas
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Après l’ouverture officielle ce matin du 7 novembre, le premier après-midi s’est consacré, en 2 séances pleinières, aux liens entre démocratie et éducation. 

Les premiers intervenants ont insisté sur la pratique de la démocratie dans les écoles. Ainsi, Monsieur Yacoov Hecht, fort d’une expérience de 30 ans démarrée en Israel et poursuivie dans 50 autres pays, rappelle que l’apprentissage de la démocratie ne s’enseigne pas seulement de façon théorique, mais celle-ci doit aussi être pratiquée, dès le plus jeune âge, dans les écoles. Les communautés scolaires, c’est à dire les élèves, les maîtres, mais aussi les parents et les gestionnaires doivent décider ensemble du devenir de l’école. L’expérience va assez loin dans des pratiques peu habituelles, comme le choix des programmes, l’absence de hiérarchie. On peut être séduit par cette approche quasi révolutionnaire, qui semble toutefois réservée à un type de population, plus aisée, et par là même pas vraiment démocratique.

Plus classique mais plus proche des réalités, semble être le travail de Madame Sakena Yaccobi, en Afghanistan. Madame Sakena, afghane, a quitté son pays pour faire des études de médecine aux Etats-Unis, chose impossible pour une femme dans son pays, alors ravagé par la guerre. Elle a fait venir sa famille aux Etats-Unis, mais ne trouvait pas la joie de vivre, loin de son pays. A l’époque où les Talibans s’emparent du pouvoir et imposent la loi islamique, l’éducation est interdite aux femmes. Elle décide alors- c’était à la fin des années 1990- de retourner dans son pays pour agir d’abord dans le domaine de l’éducation et de la santé, d’abord dans les camps de réfugiés au Pakistan voisin, puis dans son pays même.

Pour elle, l’éducation qu’elle appelle « globale »est primordiale:  il faut bien sûr enseigner les bases, la lecture, le calcul, la langue et autres matières, mais aussi la vie en société, les droits de l’homme. Son programme s’adresse d’abord aux filles et aux femmes, exclues de l’éducation par les talibans. Mais , à la demande de jeunes gens, elle inclut aussi des programmes pour les hommes. Pour elle, la lutte contre la pauvreté passe par l’éducation, sans elle on ne peut progresser, trouver un travail, c’est pourquoi il faut agir.

Depuis 25 ans Sakena Yacoobi parcourt son pays, elle est à l’écoute des besoins des populations, et ces besoins sont immenses: plus des deux tiers de la population sont analphabètes, surtout les femmes. Elle insiste sur le fait qu’il faut apprendre aux femmes leurs droits et faire en sorte qu’elles puissent les demander, mais cela passe par l’éducation.Il faut aussi former des esprits critiques, en donnant un enseignement de qualité. Elle insiste sur la formation des enseignants. Pour cela, elle a fondé l’Afghan Institut of Learning, organisme qui offre des services d’éducation, de formation, d’assistance juridique et de soins.

Quel bilan? 25 ans après le début de son action, l’analphabétisme perd du terrain, des femmes sont entrées à l’université, ont un métier, et certaines participent à la vie politique. Mais tout n’est pas gagné, beaucoup d’enfants dans les régions reculées ne vont pas à l’école. L’AIL concerne  13 millions d’Afghans.

On ne peut qu’admirer le courage de cette femmes, qui a quitté le confort américain pour l’insécurité de son pays, qui a risqué et risque encore sa vie, pour porter ce message auquel elle croit: l’éducation est le rempart face à la pauvreté. On imagine que son enseignement est plus traditionnel, mais incontestablement il a porté et porte encore ses fruits en redonnant force à des populations pauvres jusque là marginalisées.

Ajoutons que Sakena Yakoobi est titulaire de nombreux diplômes, outre la médecine et a reçu de nombreux prix pour son action. Mais ça, ce n’est pas elle qui l’a dit, c’est une femme modeste. 

Geneviève Baas

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