Chapeau Mana Nyestani et bonne chance aux autres !

La participation de la Région Alsace bien que tenue un peu en marge du forum, aurait mérité une attention particulière de la part du public et des autorités du CoE et de la Ville. Après ce traumatisme partagé, on prêche de toutes parts l’union sacrée, mais elle reste virtuelle, trop verbale.

Bien que n’étant pas directement en rapport avec la thématique du forum IN, l’action de la Région a porté sur la toile de fond plus vaste de la défense des droits de l’homme et de la démocratie, comme le soulignait Pascale Mangin, conseiller régional représentant  Philippe Richert, le président, excusé.

Bien qu’il y ait surabondance d’informations, un coup de zoom sur des personnages extraordinaires est ici nécessaire. 

 

Artiste globe-trotter malgré lui Mana Neyestani écrit et dessine sa vie.

 

 

A 46 ans, sa vie de fugitif pourchassé pour son goût immodéré et irrépressible pour la liberté d’expression est encore brève mais déjà bien remplie de protestations vigoureuses et durement réprimées. Azeri (minorité turque  rejetée au nord de l’Iran) Mana, après des études d’architecture à Téhéran, s’est tourné vers une carrière de dessinateur de presse professionnel pour différents journaux et magazines. Un dessin satirique en langue azéri serait à l’origine de douze morts dans une émeute en Iran.

Arrestation immédiate avec les sévices d’usage.

Profitant cependant d’un droit temporaire de sortie de prison, il trouve refuge aux Emirats Arabes Unis, puis en Turquie, puis en Chine.

 Indésirable partout, il arrive à s’installer en Malaisie où il continue de publier des dessins pour les webzines iraniens dissidents. Un périple somme toute très enrichissant, a posteriori bien sûr.

Mais c’est en France qu’en 2011, il obtient le statut de réfugié politique qui lui permet de s’exprimer à travers des livres comme, dès 2012,« Une métamorphose iranienne », récit de sa fuite hors d’Iran puis , un an plus tard des recueils de dessins de presse comme «  Tout va bien ». En 2015 paraît « Le petit manuel du parfait réfugié politique » qui, avec un humour presque tendre, raconte le parcours d’un réfugié dans le dédale de l’administration française.

Le voici aujourd’hui lauréat du «  Prix alsacien de l’engagement démocratique ».

 

Le soutien à des personnalités politiques menacées.

 

Associée à Amnesty International, la Région s’est attachée au sort de personnalités en quête de démocratie, de liberté, de justice, en résumé  des droits de l’homme.

Trois d’entre elles profiteront d’une intervention en leur faveur auprès des autorités compétentes de leur pays et les médias seront alertés. Très bien, espérons !

Ainsi Ebrima B.Manneh, jeune journaliste gambien aurait été victime en 2006 d’une « disparition forcée », (ce sont les termes du service de communication), pour des raisons obscures. On parle d’un différend avec son rédacteur en chef, ami du président Yahya Jameh et d’échanges douteux avec un collègue étranger peu favorable au chef d’Etat.

De même pour deux activistes congolais ( Kinshasa), Fred Bauma et Yves Makwambala parce qu’ils réclamaient des changements démocratiques, sont arrêtés, jetés en prison où ils attendent leur procès. C’est là qu’un suivi que Amnesty International peut assurer, est nécessaire.

 

 

Plus cocasse devient l’intervention au profit d’une jeune étudiante birmane, Phyoe Phyoe Aung, Secrétaire Générale des syndicats d’ étudiants  et de manière induite d’une centaine d’autres condisciples protestant contre la loi sur l’éducation adoptée en septembre de l’an dernier par la junte au pouvoir.

Cocasse en effet parce que les élections récentes et le succès de Aung San Suu Kyi devraient  ipso facto conduire à une suite heureuse et rendre la démarche obsolète. Tant mieux. Il y aura sans doute de bonnes nouvelles. Peut-être grâce au Forum.

 

Antoine Spohr.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.