Billet de blog 22 nov. 2015

geneviève Baas
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«Liberté vs contrôle»: et si la question était déjà dépassée?

Le jeudi 19 novembre en soirée, le Forum « off », avec Arte et le Courrier international, proposait un film- documentaire d’Alexandre Valenti: « Un oeil sur vous - citoyens sous surveillance! »  

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Le jeudi 19 novembre en soirée, le Forum « off », avec Arte et le Courrier international, proposait un film- documentaire d’Alexandre Valenti: « Un oeil sur vous - citoyens sous surveillance! »  

Si les progrès technologiques et scientifiques en matière d’informatique ont certainement changé positivement nos conditions de vie, ce film montre les aspects plus contestables de ces progrès. Résultat d’une enquête menée pendant 2 ans en Europe et en Amérique sur les contrôles qu’exercent sur tous les citoyens les grands Etats , via leurs services de renseignements, comme le NSA, mais aussi les grands groupes privés , comme Facebook ou Google, qui dominent la « toile », il montre comment s’exerce une surveillance permanente de tous. On est pris de vertige, tout au long de ce documentaire, qui alterne habilement témoignages d’ anciens responsables de services de renseignements de différents pays, lanceurs d’alertes, simples hackers ou opposants associatifs du web avec des explications sur ce nouveau monde informatique et numérique qui nous observe ou plutôt nous surveille.

On avait lu « 1989 » et sa prémonition d’un monde surveillé par « Big brother » et on pensait que le pire approchait; on avait tremblé, lorsque la video - surveillance s’installait progressivement au coin des rues et contrôlait chacun de nos déplacements et le pire semblait là. Mais cette fois, on est dans une autre dimension; de la surveillance exceptionnelle, on est passé à la surveillance permanente qui devient une surveillance  de masse: c’est toute notre vie qui est observée en permanence: vie publique, mais aussi vie privée, rien n’échappe au regard inquisiteur de cet oeil numérique omniprésent,  et  le pire cette fois semble vraiment atteint. On est entré dans  une techno-dictature à l’échelle de la planète et plus rien ne lui échappe. Ce monde du Big Data, tel un apprenti-sorcier, n’a plus la réelle maîtrise de ce qu’il a enclenché.

A voir ce film et à entendre les intervenants, on est pris de doute, voire de peur. S’agit-il  de protéger nos libertés ou de contrôler toute nos existences? Peut-on encore se sentir libre, maître de ses décisions, quand tout ce que nous faisons est enregistré, mouliné puis écrasé lors du passage des infos numériques dans les grands câbles du big data qui reposent au fond des océans? La surveillance est planétaire, le contrôle permanent. 

La projection est suivie d’un débat avec le réalisateur, Alexandre Valenti, Jean-Marc Manach, journaliste d’investigation, et Agnès de Cornulier, représentante de l’association la quadrature du net. Alexandre Valenti a précisé que son but était de mettre en garde contre cette déferlante internaute numérique qui grignote de plus en plus la place réelle des libertés individuelles, et plus encore après les attentats de janvier. Pour Jean-Marc Manach, c’est la surveillance de masse qui pose le plus de problèmes, lorsque les méta - données peuvent être utilisées contre chacun de nous. Mais il précise que, même si la surveillance est de masse, seules quelques données vont ensuite être retenues et analysées. En France, il existe un cadre législatif d’encadrement, mais celui-ci, dans le contexte actuel, risque d’évoluer vers une surveillance accrue. Mais Agnès de Cornulier ne partage pas ce point de vue et lutte, dans le cadre de son association, contre toutes les atteintes aux libertés des usagers d’internet. Elle revendique une totale liberté, sans aucun contrôle. Un spectateur pense lui que le film donne une vision totalement pessimiste de l’informatique, alors que, grâce à elle, on peut, par exemple, sauver des vies humaines. Mais il lui est répondu que bien sûr, il a raison, mais ce n’était pas là le sujet ce soir.

Quoiqu’il en soit, force est de constater après ce film et ces échanges, que nous sommes de plus en plus contrôlés et que jour après jour, on grignote un peu plus sur nos plages de liberté. C’est pourquoi on pourrait considérer que le débat « liberté vs contrôle » est peut-être déjà dépassé. Mais, regardons de l’autre côté et disons nous que, grâce à ce monde numérique, et malgré les récents événements, d’autres tragédies plus graves encore ont pu être évitées. Le débat peut continuer.

Geneviève Baas

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