Billet de blog 30 oct. 2013

Kai Littmann
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Le «Forum Mondial de la Démocratie» – un titre trompeur ?

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Illustration 1
Un titre un peu pompeux... © Council of Europe

(Kai Littmann) – Pour la deuxième fois, la ville de Strasbourg organise, avec le Conseil de l’Europe et d’autres partenaires, le «Forum Mondial de la Démocratie». Après le «flopp» de la première édition de l’année dernière, les organisateurs ont réussi à préparer un programme certes intéressant, mais ils ont malheureusement commis les mêmes erreurs que lors de la première édition de cette manifestation. Dans les pays où la lutte pour la démocratie représente une lutte pour la vie ou la mort, on ne peut que rire jaune face aux exercices intellectuels du monde occidental à Strasbourg.

Cette année, la manifestation se décline autour de quatre sujets différents. Sujets 1 : «Alternatives pour la démocratie représentative ?», sujet 2 : «Vers une démocratie 2.0 ?», sujet 3: «Gouverner avec les citoyens» et sujet 4 : «Perspectives d’avenir». L’utilité de cette manifestation pour les pays du Printemps Arabe ou les pays en Asie ou ailleurs où on lutte pour obtenir des structures démocratiques, sera probablement nulle. Et on est en droit de se poser la question s’il en sera différent pour le monde occidental où la démocratie est actuellement mise à rude épreuve par des scandales de surveillance et des processus extrêmement anti-démocratiques.

Comme l’année dernière, il n’y aura pas de «fil rouge», il manque une finalité. Mais lorsque l’on se vante d’un titre pompeux comme «Forum Mondial de la Démocratie», on pourrait s’attendre à plus que de communiquer le nom de la ville de Strasbourg au niveau mondial – il faudrait que les participants travaillent de manière à obtenir un résultat tangible. Ce postulat avait été clairement formulé lors de la manifestation de clôture l’année dernière lorsque de nombreux participants des pays du Printemps Arabe ou de l’Europe de l’Est posaient la question sur ce qu’ils pourraient emporter avec eux dans leurs pays, quel message, quel soutien de l’UE, quel espoir, quels projets ? Mais au lieu d’écouter ces cris à l’aide des pays où le concept de la démocratie pourrait constituer une alternative à des systèmes totalitaires ou des dictatures, on a préféré opter pour un format où on discutera certes beaucoup, sans travailler sur un résultat concret. Avec un tel manque d’ambition, cette manifestation ne mérite pas sont formidable titre – car il ne s’agit pas de soutenir le développement démocratique dans le monde, mais il s’agit d’une manifestation permettant à la Ville de Strasbourg de justifier son titre auto-décerné de «Capitale des Droits de l’Homme». Ce qui doit être vécu par ceux qui risquent leur vie pour la démocratie dans leurs pays, comme du cynisme.

Le format très critiqué l’année dernière, avec un programme officiel et un programme «off», a, bien entendu, été maintenu. Pourquoi un «Forum Mondial de la Démocatie» devrait se soucier des attentes des citoyennes et citoyens ? Comprendre : Les personnalités discuteront entre elles et les citoyennes et citoyens resteront dans le «off» – ce qui est étrange pour des ateliers où l’on discutera pourquoi les jeunes aient de moins en moins envie d’aller voter. Peut être cette «fatigue politique» s’explique en partie par le fait que la «politique» se transforme de plus en plus en «comunication», tout en passant à côté des besoins, souhaits et soucis des gens, sans même les aperçevoir ?

Le manque d’ambition d’obtenir un résultat est particulièrement embêtant. Déjà l’année dernière, il aurait été facile de rédiger une «Déclaration Commune», de lancer un «Appel de Strasbourg», de créer des groupes de travail permanents, mais cela ne figurait pas sur le programme. Mais de toute manière, l’année dernière, pas grand monde à Strasbourg ne s’est intéressé à ce «Forum Mondial de la Démocratie». Si les représentants de la ville, de la région et d’autres institutions participaient encore à la séance d’ouverture (car l’orateur était le Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki Moon et on voulait être pris en photo avec lui), on ne les avait plus revu jusqu’à la séance de clôture à laquelle aucun représentant des institutions locales et régionales a participé. Au grand dam des participants de l’édition 2012, car leurs déclarations finales n’étaient donc même pas entendues.
Seuls les organisateurs sauront pourquoi ils ont tenu à répéter les mêmes erreurs qu’en 2012 et pourquoi ils insistent pour les commettre une deuxième fois. Si lors de la première édition, tout le monde convenait qu’il était normal de commettre des erreurs, il est difficile à comprendre pourquoi on n’a pas eu le courage d’assumer la dimension du titre de cette manifestation.
Ainsi, du 27 au 29 novembre, de nombreux ateliers intéressants seront organisés, il y aura beaucoup de discussions, il n’y aura aucun résultat et ceci engendrera une grande frustration auprès de ceux qui, dans leurs pays, aspirent à un soutien européen et mondial dans leur lutte pour la démocratie et qui pour l’instant, ne peuvent qu’en rêver. Dans ces conditions, un autre nom que «Forum Mondial de la Démocratie» aurait mieux rendu ce qui se passera fin novembre à Strasbourg…
Vous pourrez découvrir l’intégralité du programme en cliquant ICI.

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