A Belem, climate justice now!

Le 29 janvier, c'est le jour d'une série de séminaires sur la "justice climatique", organisés par le reseau "Climate Justice Now!".

Le 29 janvier, c'est le jour d'une série de séminaires sur la "justice climatique", organisés par le reseau "Climate Justice Now!".

Un concept et une campagne qui se sont imposés à partir de la conférence de Bali préparatoire au sommet de l'ONU de Copenhague sur le climat, en décembre 2009. A Bali une coalition de mouvements sociaux et environnementalistes, les Amis de la Terre, Via Campesina, des coalitions de peuples indigènes, etc. a lancé un appel à la constitution d'une coalition en défense de la justice climatique.

 

L'objectif est de lier étroitement les questions environnementales et les questions sociales en s'appuyant sur plusieurs arguments. Tout d'abord le fait que devant l'ampleur des risques pour la planète mais aussi devant le poids des résistances et les difficultés à modifier les modèles de développement, seule une très forte mobilisation sociale pourra imposer les changements nécessaires. Le second argument porte sur une anticipation : à un certain le capitalisme sera obligé de se transformer rapidement sous la pression de l'épuisement des ressources pétrolières et des effets désastreux du changement de climat ; à ce moment là il est plus que probable que les classes dominantes cherchent à faire payer le coût de ces transformations aux salariés et à la population ; le seul moyen d'éviter cela est d'être les premiers à se mobiliser sur les questions environnementales et climatiques ! Un autre argument s'appuie sur les expériences historiques.

 

A chaque fois qu'un nouveau modèle énergétique s'est imposé, il s'est appuyé sur une transformation profonde des relations sociales et des outils de production : l'usine, au cœur du capitalisme industriel, s'est mis en place à la fin du XVIIIème siècle autour de la machine à vapeur et du charbon ; l'électricité a été un des moteur de l'introduction du taylorisme et le contrôle des champs pétrolifères a été, et est toujours, une préoccupation centrale pour la domination américaine sur des régions entières du monde.

 

Sur les questions climatiques, les négociations ont lieu sous l'égide de l'ONU mais avec une architecture complexe. Si le cadre intergouvernemental est déterminant en dernière analyse, il est sous la pression d'autres acteurs tels que le GIEC, le groupement des scientifiques lauréat du prix Nobel, le groupe des entreprises privées qui sont présentes à chaque étape de la négociation et les ONG environnementales regroupées dans le réseau CAN (Climate Action Network). L'émergence de la coalition "Climate Justice Now" (CJN) à côté de CAN s'explique par les réticences de ce réseau à intégrer de nouveaux partenaires ne venant pas du monde des organisations environnementalistes et donc jugées peu "compétentes" sur le sujet mais aussi par des différences d'approches qui renvoie aux différences de constitution de ces coalitions. Ainsi CAN a accepté dès le début les mécanismes de marché pour les compensations des émissions de gaz à effet de serre ou la défense des forêts primaires alors que le réseau CJN est critique sur le principe même de ces mécanismes.

 

Après Bali, différents mouvements ont travaillé à la consolidation de cette coalition à Posdam, la dernière conférence de préparation pour Copenhague, des coalitions se sont constituées dans différents pays, dont la France, cf. http://www.climatjustice.org/, et les forum sociaux sont aussi des moments privilégiés pour élargir les alliances et construire les stratégies pour les mois à venir. Cela a été le cas pendant le Forum social européen de Malmo, en septembre 2008 et c'est évidemment le cas à Belem.

 

A Belem, le 29 janvier, trois séminaires se sont suivis, regroupant chacun plus d'une centaine de personnes issues de tous les continents. Le premier a permis d'entendre des témoignages, comme celui d'un sénateur bolivien exposant les effets concrets du changement climatiques sur l'Altiplano où l'eau se raréfie rapidement, celui de Ruperto Aleroza, du mouvement des pêcheurs philippins en prise avec les grandes entreprises qui veulent développer les cultures pour les agrofuels dans les régions côtières ou Roma qui a exposé la situation des peuples indigènes en Inde.

 

Ensuite il y a eu des séminaires qui ont permis aux participants d'échanger sur la situation des différents pays et régions, puis retour en session plénière pour préparer les étapes suivantes et la mobilisation pour Copenhague !

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