Les défis du Forum social mondial 2009

Il ne fait aucun doute que l'Amazonie aura, lors du FSM à Belém, un écho tout particulier. Elle sera au centre du débat géopolitique contemporain provoqué par la crise planétaire. Cette région de près de 5 millions de km2 est plus grande que l'ensemble des pays de l'Union européenne.

Il ne fait aucun doute que l'Amazonie aura, lors du FSM à Belém, un écho tout particulier. Elle sera au centre du débat géopolitique contemporain provoqué par la crise planétaire. Cette région de près de 5 millions de km2 est plus grande que l'ensemble des pays de l'Union européenne. L'Amazonie constitue la plus grande frontière forestière au monde, intègre la plus importante réserve d'eau douce, autant d'éléments qui en font la représentante de la plus grande biodiversité de la planète. La socio-diversité environnementale et la socio-diversité culturelle cohabitent dans cet espace menacé par des politiques néolibérales agressives, qui tout au long des années sont devenues les principaux responsables de la dégradation environnementale, non seulement de l'Amazonie, mais de toute la planète.

 

La préservation des écosystèmes qui nourrissent la vie humaine, animale ou végétale est aussi fondamentale que la lutte contre les inégalités sociales et pour la redistribution des richesses. Si nous devions évaluer les modèles de développement préconisés par le système capitaliste durant tout le XXème siècle, nous nous apercevrions alors que ces derniers n'ont jamais pris en compte l'équilibre entre l'écologie, l'économie et la société. Il est vrai pourtant que la notion d'éco-développement apparue lors de la Conférence de Stockholm en 1972, centrée sur la satisfaction des besoins primaires des pays pauvres et considérés comme moins développés, préconisait la participation directe des populations impliquées et critiquait les modèles importés tels quels (ou imposés) des pays industrialisés. Cette conception pragmatique du développement et de ses contradictions, n'a pas résisté à la crise pétrolière ! Confrontée aux obstacles économiques et politiques, elle fut exclue des priorités du programme des Nations Unies. De cette façon, le développement a continué à être mesuré en termes de croissance économique, malgré la re-formulation dans les années 1980, du concept d'éco-développement en une notion de développement durable. Cette affirmation selon laquelle le développement ne doit pas être soumis à la croissance, mais la croissance au développement, ne sera qu'une simple question d'herméneutique. En dehors de l'impact dans les médias internationaux de la Commission Bruntland, le développement durable va s'intégrer au jargon diplomatique comme un concept rhétorique qui a merveilleusement fonctionné. Il a alors été utilisé autant par les entreprises transnationales, que par des gouvernements considérés comme conservateurs. Résultat d'un effet de mode, chacun l'interprète à sa façon et selon ses propres fins.

 

Lamentablement, le développement durable est devenu un instrument de gestion global et un emballage idéologique qui légitime un discours consensuel sur la dégradation environnementale de la planète. Mais il n'a eu aucun effet sur les règles du commerce international. Le marché continue à diriger le monde.

 

Pour se rendre compte de l'ambiguïté entre la rhétorique et la pratique, il suffit d'analyser l'aide publique au développement, provenant des pays du Nord aux pays pauvres, tout comme les relations de coopération avec les pays dits émergents. Les investissements sociaux et environnementaux sont chaque fois un peu plus réduits. La lutte contre la pauvreté et contre toutes autres formes d'exclusion n'est plus une priorité. Désormais, face à la crise financière, cette ambiguïté est plus évidente. La priorité actuelle est de sauver les banques commerciales et les entreprises spéculatives, co-responsables du chaos mondial. Les autres contradictions touchant la question du développement durable se trouvent dans les réponses politiques et économiques concernant par exemple les dites inventions scientifiques (OGM, le nucléaire...) et dans le propre fonctionnement des institutions multilatérales de l'ONU, liées à la question de gouvernance mondiale. Les agences multilatérales ont prescrit le manuel de la "bonne gouvernance" que reflétait le pouvoir hégémonique financier des détenteurs de capital, principalement américains mais aussi Européens. Elles ont prétendu administrer l'appareil d'État des pays du Sud, par le cœur du système du capitalisme mondial, réduisant à néant par là même le pouvoir des états comme entités de régulation. Les États de ce que l'on appelé le Sud, y compris les pays émergeants ont été clairement déconsidérés dans la scène internationale. (Voir http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/250109/la-place-de-l-amazonie-au-forum-social-mondial- )

 

Il suffit de lire les conclusions de l'IPCC ( Intergouvernemental Panel on Climate Change de l'ONU) pour se rendre compte du tableau catastrophique laissé par l'économie capitaliste et les adeptes de l'idéologie néolibérale. Il y a des siècles que le système capitaliste exploite de façon illimitée les ressources naturelles et les différents écosystèmes. Il y a même quelque chose d'insolite lorsque l'on constate les avancés concrètes des sommets de l'ONU, les politiques d'aide au développement des gouvernements du Nord et les pratiques de non-réciprocité dans les relations Nord/Sud. Aujourd'hui nous vivons dans une société avec des modèles économicistes, dits pragmatiques, où les valeurs comme celles de la solidarité, la justice sociale, l'égalité et la démocratie ont cessé d'être substantives pour devenir subordonnées et régulées par le marché.

 

Ce constat nous amène à parler des défis et des rapports de force auxquels sont confrontés les acteurs sociaux et la société civile organisée dans chaque pays, présents au FSM de Belém, afin de créer des stratégies d'actions communes pour approfondir et proposer un nouvel ordre mondial et tirer les conclusions de ce que serait un véritable développement.

 

Dans le cas brésilien, le véritable développement doit prendre en compte le patrimoine écologique et culturel existant dans chaque région brésilienne et qui constitue le patrimoine national. La croissance économique, ne peut être dissociée de la question sociale, des questions d'ordre politique, juridique, administratif, ni de la question environnementale. Tout interagit et forme un ensemble. C'est cette interaction qui donne une viabilité à la conception systémique du développement. Le développement intègre et non désintègre ! Le centre d'intérêt d'une action de développement évolue en fonction de la dimension humaine. Lorsque l'on pense de façon systémique, on ne sépare pas l'écologique du politique, du culturel, du social ou de l'économique. L'économie est au service du genre humain qui protège la biodiversité et la socio-diversité. Les écosystèmes font parties intégrantes de notre expérience. Pour cela nous ne devons pas sacrifier les générations futures.

 

L'importance absolue de ce FSM 2009 est également de démontrer que toute expression d'une force sociale est nécessaire pour enrichir le débat politique et contribuer à l'approfondissement des analyses scientifiques, socio-environnementales et culturelles, qui aideront à trouver des solutions pour un futur différent, pour qu'un autre monde soit possible.

 

 

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