De la démocratie en Thaïlande

Article publié en 2014

 

Un vent de folie s’est emparé de la Thaïlande. Comme décrite dans un récent article de JOSEPH CONFAVREUX, la droite la plus réactionnaire est descendue dans les rues de la capitale. Et le pays du sourire ne sourit plus.

 

A Bangkok, la droite tente de réitérer les manifestations de gauche qui y ont eu lieu avec succès, il y a 3 ans.

Seulement comme toujours, la droite n’aime pas argumenter. Habituée aux confort du pouvoir, elle n’en saisit pas l’intérêt. Elle a la légitimité de ceux qui possèdent l’argent et pensent que le système tourne parce que tel est leur bon plaisir. Elle ne comprend pas la légitimité historique, celle du nombre, la légitimité démocratique exprimée par les urnes. Alors elle utilise ses armes favorites pour affaiblir l’adversaire : L’Armée, la Presse et le Pouvoir Judiciaire.  Elle ne saisit jamais le sens de l’histoire, elle n’entend pas la chronique de sa mort annoncée. Pourtant celle-ci n’est pas inévitable. Si seulement elle se donnait la peine d’écouter et de partager…

La réalité est évidemment un peu plus complexe. Nul ne peut comprendre la révolution que connaît la Thaïlande aujourd’hui sans connaître les causes et les conséquences de celle qui a eu lieu en 1932. D’autres l’ont déjà décrit en  détail. Ce serait donc superflu de les répéter ici 

Ce qui reste intéressant, vu de France, c’est de regarder la démocratie au travail. Ici, on a un peu oublié que la Révolution Française n’a pas duré 5 ans comme nous le claironnent les livres d’histoire, mais plus d’un siècle de manifestations certes mais aussi et surtout de violences et son cortège de morts. Et l'abolition des privilèges n'est pas encore achevée...

Alors pour mieux comprendre la situation en Thaïlande, plutôt que d’un cours d’histoire, il suffit seulement d’un peu d’imagination et de transposer en France les causes des évènements qui secouent la Thaïlande :

  • Imaginons d’abord une oligarchie qui se situerait au-delà de la constitution. Il serait interdit de la nommer. Et bien que non élue, elle dirigerait le pays en toute impunité. Nul ne pourrait être nommé au gouvernement sans son aval. Le président de cette démocratie parlementaire aurait très bien pu avoir été un cadre de cette institution avant son élection.
  • Imaginons ensuite qu’une fois avoir voté contre un candidat et avoir fait élire son adversaire, les citoyens français voient ce président ainsi élu se mettre à appliquer, non son programme de campagne, mais la politique de son prédécesseur.
  • Imaginons aussi que toute la classe politique dans son ensemble soit corrompue
  • Imaginons par ailleurs que toute la presse soit la propriété de cette oligarchie.
  • Imaginons que le pouvoir judiciaire invalide des élections quand le résultat est contraire aux intérêts de cette oligarchie. Imaginons aussi que la justice ne soit pas la même pour chaque citoyen
  • Imaginons qu’en France, la police, au lieu de protéger le citoyen, ne soit utilisée que pour le surveiller et le contraindre et qu’elle puisse agir en toute impunité
  • Enfin, imaginons que le peuple français soit courageux, en ait assez de ces injustices et décide de ne plus marcher lors des manifestations mais de s’arrêter et de s’assoir devant les édifices où siègent ces autorités et de rester là jusqu’à ce que ces vautours s’en aillent et que la démocratie républicaine respectent enfin et leur votes et leurs impôts

Si vous êtes capables d’imaginer une telle absence de démocratie, alors vous serez capables de comprendre ce qui se passe en Thaïlande, sans pour autant avoir à suivre un long cours sur l’histoire de nos frères siamois…

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