En Thaïlande, la dictature s'installe

Article publié enn 2014

La dictature s’installe définitivement en Thaïlande. La junte militaire détient toujours la première ministre  légitimement élue, Yingluck Shinawatra. Aujourd’hui, les militaires s’apprêtent à arrêter 35 intellectuels parmi les plus influents dont des journalistes, des académiciens, d’anciens hommes politiques et même des policiers.

 


D’un autre coté, ils ont libéré dès vendredi Abhisit Vejjajiva, leader de l’opposition et chef du parti démocrate. Premier ministre de 2008 à 2011, Abhisit fait pourtant l’objet d’un mandat d’arrêt pour son rôle dans la répression d’une manifestation qui a fait 91 morts en 2010.

Commandant en chef des armées et leader de la de junte militaire, le Général Prayuth s’est auto-proclamé premier ministre. Il va lui être de plus en plus difficile de paraître neutre dans le conflit qui oppose le gouvernement légitimement élu, aujourd’hui aux arrêts, et l’opposition. Il n’est pas aidé non plus par la répartition géographique du conflit. Le gouvernement légitime est largement majoritaire dans le nord et l’est du pays ainsi que l’est de Bangkok. Les soutiens du parti démocrate et de l’opposition se trouvent dans le sud du pays et l’ouest de Bangkok. Certains ont déjà brandi la menace d’une scission du pays en deux.

L’armée est elle-même divisée. Si son élite penche pour les forces réactionnaires, l’essentiel de ses troupes est composée de thaïlandais du nord-est du pays, favorables au gouvernement légitimement élu.

Le Conseil National pour l’Ordre et la Paix, le nouveau nom officiel de la junte militaire, a abrogé la Constitution et dissous le Sénat, la seule entité qui comptait des membres élus démocratiquement. Il n’existe donc plus de cadre légal. Nous sommes entrés dans une dictature absolue. 18 directeurs de journaux ont été convoqués ce dimanche à 14 heures. Bien que The Nation ne soit pas dans cette liste, un de ces journalistes connus pour son opposition aux lois de lèse-majesté, Pravit Rojanaphruk, a lui aussi été convoqué ce dimanche à 22 heures.

Thaksin Shinawatra, qui reste l’homme politique le plus populaire du pays, a menacé de créer un gouvernement en exil. Le ministre de l’éducation, Chaturon Chaisang et le leader du parti majoritaire gouvernemental Pheua Thai, Charupong Ruangsuwan ont refusé de se rendre. A Bangkok même, des  centaines de thaïlandais bravent l’interdiction de se réunir publiquement à plus de 5 pour manifester en mase contre le coup d’état. Ils risquent jusqu’à 2 ans de prison. A Chiang Mai, dans le nord du pays, 3 manifestants ont d’ailleurs déjà été arrêtés.

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