Adieu, communauté de destin?

Pour la rédaction de notre partenaire allemand, The European, Julia Korbik note dans cet article que «L’amitié franco-allemande vit dans des images d’Epinal : Charles de Gaulle et Konrad Adenauer s'embrassant après la signature du Traité de l'Elysée ; Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, perdus dans une partie d’échecs commune ; François Mitterrand et Helmut Kohl, main dans la main dans le cimetière de Verdun ;

Pour la rédaction de notre partenaire allemand, The European, Julia Korbik note dans cet article que «L’amitié franco-allemande vit dans des images d’Epinal : Charles de Gaulle et Konrad Adenauer s'embrassant après la signature du Traité de l'Elysée ; Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, perdus dans une partie d’échecs commune ; François Mitterrand et Helmut Kohl, main dans la main dans le cimetière de Verdun ; Jacques Chirac et Gerhard Schröder, buvant de la bière à Dresde ; Nicolas Sarkozy qui reçoit un ours en peluche d’Angela Merkel pour sa fille tout juste née.

Ce que ces clichés de gestes harmonieux ne montrent pas, c'est que l’histoire des relations franco-allemandes est surtout un rapport de forces. Pouvoir de l'un sur l'autre ou énergie commune au sein de l’Union européenne. L'Union européenne se retrouvant aujourd'hui plongée dans une crise profonde, les forces en présence en sont du même coup bouleversées. Ce changement d'équation est surtout significatif pour la France et l’Allemagne qui, en tant que moteur de l'Europe, ont fait avancer l’intégration européenne dans de nombreux domaines.

  • L’Allemagne résiste à la crise, la France perd pied

Plutôt hésitante au début, très déterminée depuis 2011, l’Allemagne a finalement endossé le rôle de dirigeant qui lui était proposé entre autres, par les Etats-Unis. Si la France est encore et toujours son partenaire favori, c'est Berlin qui, sous la direction d’Angela Merkel, fixe le cap. La France semble aujourd’hui de moins en moins compétitive à l’échelle internationale. Les raisons en sont multiples : endettement public abyssal, dégradation de sa solvabilité et taux de chomâge des jeunes de 23%. Résultat ? L’ancienne grande puissance se retrouve à jouer le rôle du partenaire junior de l’Allemagne.

Ce retournement de situation doit troubler les Français, car lors de la signature du Traité de l'Elysée en 1963, les auspices leurs étaient bien plus favorables. A l'époque, le Général de Gaulle a souhaité mettre en place un mode de coopération intergouvernementale avec l'Allemagne, une décision ne faisant pas encore l'unanimité parmi les autres partenaires européens. La République fédérale, qui n’avait pas encore complètement récupéré sa souveraineté après la guerre, restait dépendante d’un partenaire fort. La France a forcé l’intégration de l’Allemagne dans l'Europe, gardant la main mise sur les règles du jeu.

C’en est fini désormais. La crise actuelle remet en question le projet de l’Union européenne dans son ensemble – et le tandem franco-allemand ne peut en rester indemme. Néanmoins, beaucoup plus que l’Allemagne, la France souffre d’un problème fondamental :  les deux pays dépendent non seulement l’un de l’autre, mais surtout de Bruxelles.

  • L'axe Paris-Berlin n’est pas encore une évidence

Jusqu’à l’irruption de la crise, les autres membres de l’UE ont pu compter sur le fameux compromis franco-allemand : car tout conflit d’intérêt entre l’Allemagne et la France représentait une menace à l’échelle européenne. Mais quand les deux pays réussissaient à se rapprocher, c'est l’Europe entière qui en profitait.

Ce rouage délicat du consensus est tombé en panne lorsque des questions de fonds concernant le fonctionnement économique et politique de l’UE ont été ouvertes. Si l’Allemagne utilise de plus en plus sa nouvelle force pour dominer l’Europe, la France elle recherche la confrontation : sa campagne en faveur de la croissance et de la solidarité heurte la politique d’austérité allemande, et ce, de manière irréconciliable. Le fait que Paris se mette au diapason des pays sud-européens fortement endettés est un signal fort pour les Etats du nord et particulièrement l'Allemagne, qui prônent des mesures d’austérité drastiques. La France a compris que dans une Europe mouvante, il lui faudra évoluer, si elle veut sortir de l’ombre de l’Allemagne. L’axe Paris-Berlin n’est pas encore une évidence. Un coup de cœur ou une «communauté de destin» encore moins.

Julia Korbik, pour la rédaction de The European

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