L’éditeur et son catalogue

En 1969 Chris Marker réalise un film « les mots ont un sens », dans lequel il présente le travail réalisé aussi bien à la librairie « la joie de lire » que par la maison d'édition François Maspero. À cette occasion François Maspero explique ce qu'est pour lui le catalogue de l'éditeur.

En 1969 Chris Marker réalise un film « les mots ont un sens », dans lequel il présente le travail réalisé aussi bien à la librairie « la joie de lire » que par la maison d'édition François Maspero. À cette occasion François Maspero explique ce qu'est pour lui le catalogue de l'éditeur.
François Maspero : Un éditeur, ça se définit par son catalogue. Il y a le catalogue des livres qu'il a sortis, et puis il y a le catalogue, en tout cas pour moi beaucoup plus important, des livres qu'il n'a pas sortis. Et je suis très fier de voir qu'il y a un tas de bouquins que je n'ai pas sortis. Il y a un troisième catalogue qu'on pourrait faire, c'est celui des livres qu'on a fait paraître chez d'autres éditeurs, par sa seule existence : ça serait aussi très, très important. Je suis bien content de voir paraître un tas de livres qui n'auraient pas été publiés si je n'avais pas existé, parce que, tout simplement, des éditeurs les publient uniquement soit parce que j'ai lancé ce style de publications soit parce qu'ils ne veulent pas qu'ils soient publiés chez moi. Ça, c'est très chouette aussi. Et puis il y a des moments aussi, où ils n'ont pas besoin de nous pour publier...


Enfin... en 68, par exemple, cette ruée des éditeurs, ç'a été quelque chose d'absolument obscène, ils se sont tous rués sur les événements de Mai parce qu'ils ont vu qu'il y avait plusieurs centaines de milliers de personnes dans la rue et que ça pouvait faire plusieurs centaines de milliers d'acheteurs, alors ils se sont mis à publier, à publier, à publier comme des cochons. Et ça, c'est assez écœurant. Enfin, je dois dire que, nous, on n'a pas beaucoup sorti de livres sur Mai sauf surtout des livres sur les grèves, dans les usines, chez Renault-Cléon, à Flins ou même à Saclay. Ça, c'était important de les sortir...

Années 60 les responsables des éditions: de gauche à droite : Nils Andersson, Émile Copfermann, Jean-Philippe Talbo-Bernigaud, François Maspero et Dino Arvanitis. Photo de Fanchita Gonzalez Batlle.

 

« [...] Les Éditions Maspero, précisément parce qu'elles n'obéissaient aux ordres de personne, se sont fait coller des étiquettes par ceux qui trouvaient leur liberté suspecte. Traîtres au communisme pour les uns, trotskistes pour les pro-chinois et inversement, marchands de la révolution pour les situationnistes, ou platement tiers-mondistes. Toutes ces étiquettes sont aussi fausses que réductrices. La seule qui conviendrait, mais elle n'est pas idéologique, serait "dérangeante". »

Fanchita Gonzalez Batlle, entretien à La Femelle du Requin

 

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