AggripA : le bon sens

Le point de vue sur "l'agrippA" d'une amie médecin généraliste, praticienne "de terrain" :

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"Personnellement, je ne me vaccinerai pas et rechignerai à vacciner autrui.

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Le vaccin anti-grippe A n'arrivera qu'en novembre, il faut 2 injections pour développer une immunité compétente. Si l'épidémie a lieu avant, quel intérêt?

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Si elle est encore à venir en novembre, il y a des chances que le virus ait déjà muté (jamais un vaccin antigrippal n'a protégé personne sur la durée totale d'une épidémie grippale, car un virus de la grippe mute toujours au cours de son temps de propagation entre le début et la fin de l'épidémie).

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De plus il y aura aussi sur le terrain l'autre grippe celle de l'automne (et son vaccin unidose). Là-dessus, aucun pronostic ne peut être fait sur le comportement de ces 2 virus de la grippe en même temps (voire plus, puisqu'ils sont hautement mutagènes).

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Ca me gonflais déjà de vacciner dès octobre...

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Le vaccin antigrippal saisonnier n'empêche pas de la faire une fois que le virus a muté (et il le fait rapidement), et l'injection d'un vaccin peut aussi la provoquer, c'est fréquent. J'avertis toujours. Seules les personnes déterminées se font quand même vacciner. Les autres ne développent pas forcément la grippe, loin de là. Une bonne grippe ça déprime mais celles et ceux qui la décrochent se voient gratifiés d'un arrêt maladie, de petits soins (c'est tout un art de la guérison qu'il ne faudrait jamais négliger) et d'un retour à la vie appétissant.

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Quant au tamiflu, je ne vois pas pourquoi je l'utiliserais : je ne suis pas un nourrisson, ni un enfant de moins de onze mois, pas une femme enceinte (aux dernières nouvelles), n'ai pas de maladie respiratoire préexistante ni autre terrain immunodéprimé.

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La grippe n'est pas tueuse, elle complique ou peut se compliquer sur les terrains déjà cités, c'est la seule vigilance à avoir.

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Je peux seulement subir des pressions en tant que médecin pour me soigner avec l'antiviral (nous avons déjà accès au traitement gratuitement depuis un an pour nous et pour nos proches, je vois ça non seulement d'un point de vue commercial, mais aussi calculateur : nous pourrons et devrons travailler à sa prescription avec notre reconnaissante bénédiction médicale).

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Laissez-moi seule avec ce virus, je m'en occupe!

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Je préfère développer ma propre immunité. Ca paraît débile, car faire une grippe ne sert strictement à rien du point de vue de la mémoire immunitaire. Mais je préfère quand même tester mon corps et mon esprit à la lutte que de tester un médicament pour une grippe qui n'a pas encore fait sa preuve de malignité. Question d'écologie.Et de politique: je me verrai dans l'impossibilité d'être réquisitionnée par ce gouvernement. Ou encore, peut-être que je ne la/les ferai pas, tout simplement. J'ai déjà travaillé en période d'épidémie (sans être vaccinée), et je n'ai pas eu de grippe. Ne fais pas la grippe qui veut.

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Je ne sais pas plus que quiconque la réalité qui se présentera, je reste simplement en veilleuse. Je constate que ceux et celles qui ont eu l'aggripA ne s'en portent pas plus mal (et leur immunité reste encore valide).

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Je me suis sentie obligée de préciser ma position du fait d'un battage gouvernemental médiatique plus que poussif.

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J'apprécie de savoir qu'il y a dans ce pays des citoyens qui ne cèderont pas à l'hystérie de ces dirigeants-là. D'ailleurs pas mal de ces citoyens sont médecins aussi.

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Malheureusement, la panique est si pénible dans un travail déjà ingrat (les médecins généralistes, nous sommes le réceptacle de beaucoup de choses).

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Je soignerai parce que je le voudrai, et comme il me plaît : éclairée par une pensée indépendante d'intérêts commerciaux ou électoraux.

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C'est ainsi que je me soigne."

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Ainsi parle mon amie médecin

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